2,5 TONNES DE COCAÏNE SAISIES EN 4 MOIS : LE SÉNÉGAL VICTIME DE SA POSITION

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TRAFIC DE DROGUE

Le Sénégal est devenu un haut lieu de transit de la cocaïne. Le pays est devenu une cible des narco-trafiquants. Lesquels font fi des services compétents en matière de lutte contre le trafic international de drogue et autres forces de défense et de sécurité mis en place par l’Etat pour déterminer la provenance réelle de la drogue. Qu’est-ce qui justifie la recrudescence des saisies de grande quantité de drogue dure à Dakar ? Emedia.sn a posé la question à des acteurs de premier plan.

Ce jeudi 31 octobre 2019, au lendemain de l’annonce d’une saisie d’une cinquantaine de kilos de cocaïne, évaluée à 3 milliards F CFA, l’on annonce une autre, encore beaucoup plus importante. Et donc, beaucoup plus inquiétante. La marine nationale a mis sur la main 1260 kg de cocaïne lors d’une patrouille exécutée dans le cadre de l’action de l’Etat en mer par le patrouilleur « Fouladou ». Au cours de cette opération, 5 personnes ont été arrêtées et deux bateaux arraisonnés. Deux jours avant, c’est-à-dire le 29 novembre 2019, 43 plaquettes de cocaïne d’un kilo chacune ont été saisies par les soldats de l’Economie. Cette quantité a été trouvée dans un véhicule de marque « Kia Sorento » au parc de Dakar terminal, appelé « Parc Maguèye ».

« Si la drogue échappe au Sénégal, on peut faire le dispatching vers l’Europe »

De juin dernier à ce jour, les saisies de cocaïne sur le territoire sénégalais ont pris une montée vertigineuse, inquiétante. Après une saisie de 72 kilos de cocaïne à Gouloumbou, les Douanes sénégalaises ont mis sur la main, en deux jours, sur un cumul de 1038 kilogrammes de cocaïne, estimés à 250 milliards de francs CFA, découverts au Port autonome de Dakar. Puis, une autre prise de 4 kilos, un mois plus tard. Au total, ce sont, au moins, 2,417 tonnes de cocaïne, qui ont été saisies au Sénégal !

Avocat au barreau de Dakar, Me Moussa Sarr, explique la poussée vertigineuse de la drogue dure par la position géographique du Sénégal qui peut être une condition qui favorise le choix de Dakar comme plaque tournante de la drogue. Le Sénégal, rappelle-t-il, est la partie la plus avancée à l’ouest du continent. Du coup, indique l’avocat, « si la drogue échappe au Sénégal, on peut faire un dispatching vers l’Europe ».

« Il y a une forte production et les trafiquants vont tout tenter pour la faire passer »

La thèse de la robe noire est confortée par le lieutenant-colonel Alpha Touré Diallo, chef du bureau des relations publiques et de communication de la Direction générale des Douanes. Selon lui, si le Sénégal est une zone de transit de la drogue, c’est lié à sa position géographique. « Le Sénégal est un point de passage des produits qui quittent l’Amérique latine et qui doivent aller un peu partout dans le monde », détaille-t-il. Toutefois, il précise que le Sénégal n’est pas le seul pays ciblé par les narcotrafiquants.

D’après lui, les saisies records de cocaïne qui ont été faites dernièrement un peu partout dans le monde renseignent qu’il y a une forte production qui a été faite. Et, avertit-il, les trafiquants vont tout faire pour essayer de la faire passer. Quelle stratégie faudrait-il alors mettre en place pour leur barrer la route ? À cette interrogation, le lieutenant-colonel, Alpha Touré Diallo répond que le dispositif de surveillance évolue.

« Ce n’est pas, soutient-il, un dispositif qui doit être statique parce que les trafiquants de drogue ont aussi leur stratégie. Ils réfléchissent en fonction de la zone où ils veulent faire passer leur marchandise. Ils planifient leurs actions. On ne peut pas tout contrôler. Il faut se concentrer sur les zones où il y a les risques de fraudes. Il faut surveiller les flux, faire des critères de ciblages sur les personnes qui se déplacent, sur les moyens douanier.

Les moyens d’un seul Etat ne pourront jamais suffire

En plus, il indique que les Douanes sénégalaises adoptent la surveillance par des unités de subdivision. Il y a des brigades terrestres, des brigades navales, des brigades fluviales et maritimes. « On est présent en mer, sur terre et au niveau des cours d’eaux comme le fleuve. Donc nous essayons de faire les ajustements qu’il faut en termes de renforcement de personnel, de renforcement de capacité et également en termes de remodelage de la cartographie du trafic », explique-t-il. Mieux, il rassure que l’Etat a fait des efforts énormes en termes de recrutements et de moyens. Mais, avoue-t-il : « Si on s’en réfère à l’ampleur de ce marché noir, on peut se rencontrer que les moyens ne pourront jamais suffire ».

Baisse de la garde

Me Moussa Sarr pense, à son tour, que la lutte contre la drogue n’est pas une lutte qu’un Etat seul peut mener. A son avis, le plus important, c’est d’agir en masse. Et, pour ça, il faudrait que tous les pays du monde renforcent les mécanismes de lutte pour permettre de mieux anticiper avant que la drogue n’arrive. Dans le même sillage, il pense qu’il faut surtout sensibiliser les populations sur les méfaits de la drogue. « Depuis quelques années, il n’y a plus de campagne de lutte contre la drogue. On a l’impression qu’on a baissé la garde en termes de sensibilisation », regrette-t-il avant d’ajouter : « Il faut un traitement préventif de la lutte contre le trafic de la drogue. » Reste à savoir, pour une telle quantité de drogue saisie, combien de tonnes ont fini par passer par les mailles des filets...

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