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ADIEU, LA « PLUME D’OR » !

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Comment parler de cet homme au professionnalisme en bandoulière, reconnu par tous, singulièrement par ses pairs, comme une virtuose de l’écriture ? Comment parler de cet homme au regard pétillant de malice et d’intelligence, qui savait se servir de sa belle plume comme d’un puissant levier, pour traquer les injustices, d’où qu’elles viennent ?

Cet homme, Soro Samba Diop, de son vrai nom, était le frère du journaliste Alassane samba Diop, directeur de I radio. Il vient de tirer sa révérence dans la nuit du 23 au 24 septembre 2022, à la suite d’un tragique accident de la circulation à Dakar. Il a fait les beaux jours de la presse écrite sénégalaise du temps où il pilotait le desk politique du journal « Le Quotidien », avant d’occuper dans la dernière période les fonctions de conseiller en communication du ministère des Forces armées.

Il était considéré comme une des plumes les plus talentueuses et les plus prometteuses de sa génération. Belles et limpides, les chroniques de Soro, étaient particulièrement appréciées par les lecteurs. Elles constituaient une source de richesse prodigieuse d’information, par la pertinence et la densité intellectuelle des sujets traités. Dans le passé, il m’arrivait de conserver soigneusement les textes de Soro, car ils constituaient pour moi une mine inépuisable d’informations. On ne se lassait jamais de lire Soro, on prenait du plaisir à « déguster » ses textes, à les « savourer », à les « croquer » tellement l’écriture était simple et profonde, agréable et d’une exquise beauté. Je me suis toujours interrogé sur la façon dont il parvenait à concilier les tâches d’écriture et celles de gestion d’un desk-politique.

La bonne connaissance que Soro avait des genres littéraires et la solide formation philosophique qu’il avait reçue à l’Ucad, faisaient qu’il était particulièrement à l’aise dans le maniement des concepts et des figures de style. Aussi bien sur les questions politiques de l’heure, ou sur celles touchant les grands débats idéologiques ou théoriques, ou même sur des sujets portant sur des « faits divers », la réflexion de Soro était toujours élevée, dense et éclairante.

Je me souviens d’un texte que Soro avait publié il y a quelques années dans l’organe du groupe Avenir Communication de Madiambal Diagne et qui avait pour titre : « Ces petites brochettes succulentes… ».

Un jour, au cours d’une conversation, je le taquinai en lui posant une question : « Soro, que sont devenues les brochettes succulentes que nous avions l’habitude de déguster ensemble… ? ». Aussitôt, il m’interrompit, et éclata de rire. Un rire amical, sympathique, joyeux et chaleureux dont lui seul avait le secret. Visiblement heureux et surpris par ma question qui réveillait en lui beaucoup de souvenirs, il me bombarda à son tour de questions : « Est-ce que ces brochettes existent-elles toujours ? As-tu gardé ce texte que je n’ai plus dans mes archives, mais que j’aimerais retrouver ? »,etc.

En fait, ce dont il s’agissait, c’étaient les « dibi haoussa » qui étaient commercialisés à l’époque sur l’avenue Jean- Jaurès, entre 16 et 21 heures. C’était très apprécié à l’époque par beaucoup de Sénégalais. Leur mode de préparation était très différent du « dibi sénégalais ». C’était de la viande découpée en de petits morceaux, et bien assaisonnée avec une poudre composée de plusieurs épices. Ces brochettes avaient une saveur particulière, un goût délicieux, savoureux, « succulent », pour reprendre l’expression de Soro.

D’avoir réussi à transformer un simple fait banal, très ordinaire, en chef-d’œuvre esthétique à travers l’écriture, constitue une illustration saisissante du fait que Soro était non seulement un journaliste brillant et talentueux, mais aussi un poète éminent à la plume belle et séduisante.

C’est sans doute la raison pour laquelle le président du Club Sénégal Emergent (CSE), Youssou Diallo, ami de longue date de Soro Diop depuis les bancs de l’université, l’avait surnommé « la plume d’or du CSE ».

Soro avait une capacité extraordinaire de conceptualisation. C’est parce qu’il faisait toujours preuve de soucis pédagogique, qu’on pouvait le lire sans s’ennuyer. Il savait traduire des concepts abstraits, dans un langage simple et accessible.

Mais Soro Diop n’était pas seulement que cela, c’est-à-dire un faisceau de qualités intellectuelles. Ce monument de l’écriture était d’abord et avant tout un modèle de générosité, un homme jovial et courtois qui avait le sens profond de l’amitié, disons de l’humain tout court. Il avait mis son savoir et sa vaste culture encyclopédique au service du Comité scientifique dont il était l’élément moteur et le phare lumineux qui éclairait le chemin de l’action du Club Sénégal Emergent (CSE).

Soro Diop, combattant infatigable, a lutté toute sa vie durant, contre l’injustice, l’arbitraire, l’obscurantisme. Sa plume a constamment croisé le fer avec tous ceux qui prônent l’intolérance, la promotion des anti-valeurs. Sa dernière contribution, publiée juste une semaine avant son rappel à Dieu, intitulée : « Contre la pensée unique, univoque et équivoque » constitue un sévère avertissement contre ceux qui cherchent coûte que coûte à utiliser la stratégie de la terreur intellectuelle pour faire instaurer la pensée unique.

En définitive, Soro a braqué ses puissants coups de projecteur pour débusquer, extirper et jeter par-dessus bord tous ceux qui cherchent à se couvrir du manteau de la tartufferie politique et sociale, pour faire passer leur funeste projet antidémocratique.

Soro Diop, assurément a rempli sa mission sur terre. Il a lutté jusqu’à son dernier souffle. Il a mérité sa première décoration de « plume d’or du CSE » que le président Youssou Diallo lui avait décernée. Il remporte maintenant, à titre posthume, un second trophée qui fait de lui une « double plume d’or ». Du fond de sa tombe, il va célébrer et fêter avec joie cette décoration dont il est l’artisan du mérite.

« Les morts vivent tant qu’on les aime » dit l’adage. Nous qui avons connu et aimé Soro, son souvenir restera éternellement gravé dans nos mémoires. Qu’Allah, le Tout Puissant l’accueille dans Son Paradis Eternel, et que la terre lui soit légère.

Ousmane BADIANE
Membre du Club Sénégal Émergent

1er octobre 2022


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