BÉBÉ MORT DANS UN EFFRONDEMENT : LE FILM DE L’HORREUR

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MÉDINA

Abdoulaye Barry, un bébé de 2 ans, a succombé des suites de l’effondrement d’une dalle d’un immeuble situé à la Rue 41 X 30, à la Médina. Renseignement pris sur place, le bâtiment R+2 en question fait partie des 120 menaçant ruine répertoriés par les services de Bamba Fall, le maire du populeux quartier de Dakar. Le drame s’est produit hier nuit, vers les coups de 01 heure du matin.

"A la date du 17 août, le Sous-préfet de Dakar-Plateau, nous avait adressé une correspondance nous demandant la cartographie des bâtiments menaçant ruine à la Médina. A la date du 26, j’avais moi-même déposé ça sous bordereau à la Sous-préfecture. Nous avons répertorié 120 bâtiments menaçants à la Médina", explique Pape Amadou SY, le Directeur des services techniques de la commune de la Médina - Agent de voirie.

Toutefois, il s’empresse d’ajouter : "mais il y a un fait marquant, quand on répertorie, le plus souvent, on s’oppose au refus catégorique des locataires de donner le nom des propriétaires des maisons. Parce que ce bâtiment, sur le dossier adressé à la Sous-préfecture, n°48, il s’agit d’un bâtiment non identifié. Au niveau de la Mairie, nous avons fait notre rôle. Parce que nous avons, comme stipulé par le Sous-préfet, déposé sous bordereau, la cartographie des bâtiments menaçant ruine."

Se dédouanant, le contrôleur accuse les autorités administratives : "les Mairies n’ont pas les moyens pour démolir les bâtiments. A notre niveau, ce que nous pouvons, c’est établir un arrêté de péril, prescrivant l’évacuation immédiate de l’immeuble. Document qui a été remis au représentant du propriétaire un certain monsieur Kane." Hier, les sapeurs-pompiers de la protection civile ont procédé à l’évacuation du bâtiment. "Mais des locataires ne voulaient pas sortir de l’immeuble. Avec nos agents, on les a fait sortir, et j’ai moi-même scellé le bâtiment", confie SY.

Toutefois, dans ce dossier, le scellé tardant à se faire, le pire est advenu, emportant un bébé.

Chez les familles délogées, trouvées installées sur une natte, en face des lieux du drame, le désarroi est à son comble car ne sachant plus à quel saint se vouer. Parmi elles, Mariama Barry, 19 ans, la maman éplorée, une Guinéenne d’origine, qui a toujours vécu au Sénégal. Elle est assise adossée au mur de la maison en face, indifférente aux mouvements alentours. Les traits tirés, ses voisines ont dû presque la secouer pour qu’elle réagisse à nos sollicitations.

Elle rembobine le film de l’horreur, d’une voix presque éteinte : "le drame est arrivé, vers une heure du matin, quand j’avais commencé à ranger mon étal devant la maison. Au début, je pensais que c’était un malotru qui nous jetait des pierres. C’est sur ces entrefaites que je me suis décalée afin de voir ce qui se passait. Ne voyant rien du tout, j’ai dit à mon grand-frère de ramener mon fils qui dormait sur une natte à ses côtés, dans la chambre. C’est là que le pire s’est produit. Avec mon grand-frère, malgré ses blessures, on a conduit le petit à Abass Ndoa. De là-bas, on nous a renvoyés à Fann. Là, on m’a dit de rentrer mais je ne savais pas qu’il était mort. Ils me l’ont caché. Mon grand-frère est resté parce qu’il était blessé. Mon mari est actuellement à l’hôpital. C’était un petit très adorable. Tout le quartier était tombé sous son charme. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit."

"C’était un petit garçon très adorable. Tout le quartier était sous son charme"

Poursuivant, elle ajoute : "on vivait dans cette maison parce qu’on n’avait pas trop le choix, bien qu’on soit à l’étroit et qu’il fasse très chaud. On payait 60 mille F CFA, la chambre. Avant de venir ici, on habitait dans une maison sise à la Rue 37. Le bâtiment était bien entretenu mais un beau jour, le propriétaire nous a sommés de quitter, arguant qu’il voulait réfectionner le bâtiment. Mais on n’est pas fous, on a compris qu’il voulait nous chasser pour augmenter le loyer. C’est ainsi que nous nous sommes rabattus sur ce bâtiment. C’était il y a un an. Depuis lors, les gens n’ont eu de cesse de nous avertir du danger mais on n’avait vraiment pas le choix. On payait 60 mille F CFA, sans compter les 9 mille F CFA défalqué pour l’électricité, et 8 mille 500 F CFA, pour l’eau alors qu’on ne disposait du liquide précieux que tard dans la nuit, entre 03 et 04 heures du matin. Même en période de froid, on crevait de chaud à l’intérieur. On négociait avec monsieur Kane, son représentant mais le propriétaire est un certain Abdoulaye BA ou Diallo, je ne m’en rappelle plus. Mais il empruntait un ton menaçant avec nous. "Quiconque ne peut pas payer, n’a qu’à sortir de ma maison", nous menaçait-il. On a passé la nuit sur cette natte, sans fermer l’œil. On ne sait pas où aller".

Des blessés dont l’oncle du bébé

Ibrahima Barry, le grand frère en question, dormant à poings fermés sur un petit matelas posé à côté, présente des blessures au niveau du bras et un pansement sur le crâne.

L’enquête suit son cours. L’adjoint au Sous-préfet, le commissaire de la police du 4e arrondissement de la Médina, et le fameux représentant du propriétaire sont attendus sur place. Monsieur Kane, qui est annoncé à l’hôpital, devra décanter la situation des locataires, qui réclament la restitution de leurs deux mois de caution pour se reloger.

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