CINÉMA SÉNÉGALAIS : LA GRANDE ÉQUATION DU FINANCEMENT

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ARTS ET CULTURE

Le Groupe E Media INVEST est au cœur de la 72e édition du Festival de Cannes. La particularité de la présente édition constitue la participation du film Atlantique, un chef d’oeuvre franco sénégalais, co-produit par Oumar Sall, Directeur de Cinekap et Mati Diop, est en compétition pour la Palme d’Or. La récompense suprême décernée par le jury officiel du Festival de Cannes, accordée au meilleur film de la sélection officielle, élu parmi ceux en compétition.

Sur iRadio, l’édition spéciale consacrée à l’événement, ce jeudi, a réuni Cheikh Ngaïdo Bâ, cinéaste, par ailleurs président de la Commission Culture, Sport, Tourisme et Artisanat du Conseil économiques social et environnemental (CESE), et Aboubacar Demba Cissokho, journaliste spécialisé en Culture et critique de Cinéma. Leurs échanges ont été très houleux notamment sur le financement du cinéma sénégalais. Le constat est fait que le montage financier des films pose problème.

« Je n’ai cessé de le dire, il n’y a pas de productions africaines produites par les Africains, déplore Cheikh Ngaïdo Bâ. Aujourd’hui, on parle d’Atlantique à plus de 90 % de financement européen. Il faut inverser la tendance (pour) arriver à financer nos film, au moins à 60 % chez nous. Tant que nous n’aurons pas la côte président de la Commission culture et sport part la plus importante du montage financier avant d’aller chercher ailleurs, nous ne pourrons pas parler de productions africaines. Sinon, c’est l’arbre qui cache la forêt. »

« On ne finance pas notre cinéma, renchérit Aboubacar Demba Cissokho. D’abord, on ne met pas l’argent qu’il faut. Ce n’est seulement de la responsabilité des pouvoirs publics, la responsabilité des professionnels aussi est engagée parce qu’il y a eu un moment où on a eu de l’argent public dans le cinéma. On a épongé certaines dettes due aux cinéastes il y a trois (3) ans seulement parce que les gens prenaient l’argent et ne faisaient pas de films. Il y a des films inachevés qui ont englouti des millions de subventions. La responsabilité des cinéastes est également engagée. »

« La gestion du FOPICA pose problème », selon Aboubacar Demba Cissokho

Aussi, regrette le journaliste, voté en 2002, ce n’est qu’en 2013-2014 que le Fonds de Promotion de l’Industrie Cinématographique et Audiovisuelle (FOPICA) a été alimenté à hauteur d’un (1) milliard F CFA pour la première fois. Aujourd’hui, ça a permis d’avoir quelques subventions pour certains films. Il y en a qui n’ont malheureusement pas fait leurs productions. Là aussi, les bénéficiaires n’arrivent pas à trouver le complément parce que l’Etat vous donne une partie. »

Aboubacar Demba Cissokho ajoute : « Aujourd’hui, on constate que la gestion du FOPICA pose problème. D’abord, parce que ce n’est pas suffisant. Ensuite, il y a un conflit d’intérêt dans la composition du comité de gestion, où certains membres sont juges et parties (producteur, tu as un film qui doit être sélectionné). Enfin, les instructions du chef de l’Etat pour la subvention du FOPICA, en 2016, n’ont pas été suivies. »

Cheikh Ngaïdo Bâ s’empresse de rectifier : « Le FOPICA ne fonctionne plus depuis le 15 mai 2016. Quand le président nous a reçus, nous venions d’avoir le deuxième Etalon du Yennenga. Le président a demandé ce qu’il faut fair’. On lui a dit qu’il fallait mettre le deuxième milliard parce que les films sont faits pour être diffusés et nous souhaitions des salles de cinéma et, qu’avant 2019, il y ait au moins six (6) salles dans les régions. Pour ce faire, il faut mettre 1 milliard de plus. Il l’a mis. L’argent a été ponctionné parce que le FOPICA a été dévoyé de sa mission première qui est un comité de gestion. Maintenant, le FOPICA est devenu un petit service de la Direction de la cinématographie, qui, elle-même, est obsolète parce qu’aujourd’hui tous les pays de l’UEMO ont créé leur centre national de cinématographie, sauf le Sénégal. » Le cinéaste ne manque pas de préciser qu’il « n’a jamais présenté de projet pour éviter le conflit d’intérêt. » « Le seul producteur qui est là-bas et qui en a présenté, c’est Ndiouga Mahtar Bâ, qui a eu deux (2) projets », souligne-t-il.

Comment régler le problème de financement ?

Aujourd’hui, ils recommandent de « redynamiser les accords de coproductions entre pays africains surtout, entre autres solutions. « Des redevances et des taxes peuvent être prélevées pour financer le cinéma. La dotation publique de deux (2) milliards, c’est un coup d’épée dans l’eau », énonce Aboubacar Demba Cissokho. Cheikh Ngaïdo Bâ , qui prend l’exemple de la Cathédrale Notre-Dame-de-Paris, indique que « c’est le mécénat culturel qui a récolté un milliard d’euros (après l’incendie). Cette loi peut jouer un rôle important dans le financement des industries culturelles. »

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