PENURIE D’EAU A TOUBA : Le business florissant et risqué de la soif

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MAGAL 2018

Malgré la mise en service de cinq forages, certains quartiers de Touba manquent d’eau. En plus de se faire rare, la qualité de l’eau y est dépréciée pour sa salinité. Cet état de fait est justement lié à l’origine d’un commerce florissant : celui d’une eau désaltérante appelée “Ndokh mou nekh”. Elle est puisée à de nombreux kilomètres de Touba-mosquée.

Elle est commercialisée par des charretiers à dos d’âne. En ces veilles de Magal, la bouteille de 20 litres est vendue à 200 FCfa. « Habituellement, le bidon coûte entre 150 et 175 Fcfa. Mais avec l’évènement, les charretiers ont augmenté le prix. De toute facon, on n’a pas le choix. Il faut bien qu’on boive, mais malheureusement, l’eau du robinet ne fait pas l’affaire », se lamente Khady, habitante de Darou… Marnane.

En achetant le bidon à 25 FCfa, les charretiers réalisent la grosse affaire avec un bénéfice qui dépasse de loin les 100%. Mouhamed Diané est l’un d’eux. Venu de la région de Kaolack (centre), il a pu se payer une charrette et un âne grâce à ce travail. « Nos affaires marchent très bien. Chaque jour je peux faire jusqu’à 3 500 FCfa de bénéfice après avoir effectué avec mes dépenses et géré la nourriture de l’animal. Cela me permet également d’aider mes parents », se réjouit-il. Mouhamed n’est pas le seul à faire ce travail, ils sont maintenant nombreux à s’y consacrer. Ces jeunes, dont la majorité vient comme lui du Saloum, y trouvent leur compte. Cigarette entre les lèvres, Moustapha Diané remplit ses bidons. « Chaque mois je peux économiser 60 000 FCfa, surtout avec le Magal. Au début il n’y avait que les jeunes sans formation, mais maintenant tout le monde s’y retrouve. Toutes les tranches d’âge sont représentées », révèle-t-il. Pour lui ce métier est une aubaine d’autant plus qu’il n’a pas de qualification professionnelle requise.

Rentable mais pénible

Néanmoins, ils trouvent le travail beaucoup trop dur. « Bientôt je vais me payer une moto-jakarta et changer de métier. Ce travail est trop difficile ; je préfère faire du transport bien que vendre de l’eau douce est plus rentable », lâche-t-il. En effet, ils puisent le liquide précieux à différents quartiers, mais tous très éloignés de Touba-Mosquée. Là où la qualité de l’eau est meilleure. Touba Oil est un quartier à la sortie de la ville de Touba.

Ici, la vente de cette eau de puits est un vrai business. Ousmane Ndiaye a investi près de deux millions F CFA pour creuser un puits de 35 mètres, s’acheter une moto-pompe et construire une sorte de château d’eau. Il vend le jerrican de 20 litres à 25 FCfa. « J’en ai fait mon métier. Je travaille dans ce secteur depuis 2011. Cela me permet d’entretenir mon verger, comme vous le voyez, j’ai des manguiers et des citronniers », dit-il.

Contrôle qualité pas forcément hygiénique

Pour veiller à la qualité, Ousmane a recouvert le puits d’un moustiquaire pour le préserver des animaux tels que les lézards. Chaque charrette est équipée d’un filtre en forme d’entonnoir. Un morceau de tissu est censé retenir les impuretés comme les algues. Pour Mouhamed Diané, il est de leur devoir de distributeur de faire de leur mieux avec les moyens du bord pour purifier l’eau. C’est la raison pour laquelle ils font passer l’eau par l’entonnoir. Mais cela ne suffit pas pour rassurer Maty Kane, vendeuse d’eau fraîche à la gare routière de Touba.

« Cela fait 10 ans que je suis ici, et je filtre toujours l’eau avant de la mettre en sachet », précise-t-elle. Chaque sachet d’eau est revendu à 25 FCfa, soit… le prix de la bouteille de 20 litres ! De quoi se faire une marge très confortable.
Coté client, les préoccupations sont presque inexistantes. Assane Diop est vulcanisateur dans le même garage. « Je préfére cette eau à celle des sachets de 50 Fcfa parce que c’est plus économique. C’est aussi simple que cela », s’explique-t-il. L’essentiel est ainsi devenu d’étancher sa soif à un moindre prix et un goût jugé meilleur…

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