FOULARDS OU RAMEAUX : LES FIDÈLES NE PARLENT PAS LE MÊME LANGAGE

news-details
RELIGION

Abbé William Sagna, vicaire à la paroisse Sainte-Thérèse de Grand-Dakar, avait vu juste. « Cela ne se fera pas du tic au tac parce qu’il y a des gens habitués aux rameaux et qui ne comprennent pas pourquoi on laisse ces branches pour prendre les foulards », avait-il prédit dans un entretien accordé à Emedia.sn. Le constant est fait que la mesure prise par l’Eglise catholique consistant à substituer les foulards ou rameaux n’a pas été bien suivie par les fidèles. « Cela n’a pas de sens si on enlève les rameaux. Le Dimanche des Rameaux n’existera plus. Le Mercredi des Cendres non plus. Avec quoi aurons-nous des cendres. Ils n’ont pas compris ce que le Pape a dit », peste un récalcitrant rencontré vers 08 heures à la Paroisse des Saints Martyrs de l’Ouganda.

Paroissienne des Martyrs, Marie Louise Varella, elle, se conforme à la recommandation de l’Eglise. « J’ai choisi le foulard parce que c’est une recommandation des Evêques et ça a tout son sens dans cette Afrique qui devient désertique, ce Sénégal où le désert avance à grands pas. Ça rejoint aussi la liturgie (rites). Parce que dans la liturgie, le Christ a été accueilli et par les rameaux et par les pagnes. »

Sur la question, les fidèles, eux-mêmes, sont divisés. La preuve par cette petite dispute entre deux paroissiennes, l’une avec son rameau et l’autre avec son foulard. La première réprimande sa copine : « Nous chrétiens, avons tendance à négliger les paroles de nos supérieurs. Laisser les gens couper et utiliser les rameaux, c’est participer à la destruction de l’environnement purement et simplement. Bien avant, une circulaire est sortie pour dire de ne pas couper les rameaux, on doit participer à cette lutte contre la désertification. Il y a de jolis foulards en vente que tu peux acheter à 500 F CFA, cela ne coûte rien du tout. La prochaine fois, il faudra insister pour que les gens ne vendent pas les rameaux devant les Eglises. »

En jean, cette vendeuse de foulard, ne dit pas le contraire : « C’est une décision de l’Archevêque et je trouve que c’est très bien. Le Pape François en avait parlé une année, prônant la protection de l’environnement. »

Autre paroissienne, autre choix. Louise Sarr, en ensemble wax et mèches attachés en queue de cheval, décrit le rameau comme « le symbole » de la célébration du Dimanche des Rameaux. « Ça nous rappelle dans l’Eglise catholique quand Jésus passait comment les populations étalaient des pagnes et d’autres mettaient des rameaux, narre-t-elle, la voix tremblante. C’est très important pour nous. On le vit aujourd’hui avec la foi. Ça a toujours été ainsi. Parce que dans la Bible, c’était des rameaux et des pagnes qu’on étalait quand Jésus passait sur son âne. Le Rameau, c’est quelque chose de symbolique. »

En attendant l’application de la mesure, les vendeurs se frottent les mains. Comme Jacques Toussaint Mbengue. Cet habitant du Camp pénal se rend tous les ans, à cette période, dans la forêt de Mboro pour se procurer les branches qu’il vend aux fidèles entre 100 et 200 F CFA, l’unité. Bien qu’il soit au courant des restrictions de l’Eglise, il compte bien revenir l’année prochaine pour en proposer. « Les fidèles achètent les rameaux », motive le jeune homme. La preuve, l’interview a été interrompue par une jeune femme. En robe mauve et bien coiffée, celle-ci voulait se procurer son rameau avant d’entrer dans la paroisse.

Au-delà du débat sur le choix ou non des rameaux, les fidèles chrétiens vivent le Dimanche des Rameaux, qui précède la Semaine Sainte conduisant vers Pâques, comme « un moment d’introspection ». C’est le cas de Marie Louise Varella. « C’est un moment où on se remet entièrement entre les mains du Christ, qui est dans ce chemin de sacrifice pour nous tous. »

Vous pouvez réagir à cet article