GAMBIE - L’AUDITOIRE DÉNONCE UN "BLACKOUT MÉDIATIQUE"

news-details
FERMETURE DE RADIOS PRIVÉES

En Gambie, la fermeture se prolonge pour deux stations de radio privées accusées « d’incitation à la violence et au soulèvement ». En marge des émeutes du 26 dernier, le gouvernement avait décidé de tout bonnement fermer les deux radios et de placer en détention provisoire les directeurs. Entre-temps, ils ont recouvré la liberté mais c’est le statu quo pour les canaux d’informations. Le syndicat de journalistes gambiens mène actuellement des négociations avec le gouvernement pour la réouverture des stations. En attendant qu’elles aboutissent, les auditeurs sont désemparés. Notre correspondant à Banjul s’est rendu à Brikama, à une trentaine de kilomètres de Banjul, siège de l’une des radios fermées.

BRIKAMA - C’est un calme plat qui règne à Home digital FM, la principale radio de la région. Nous sommes en fin de matinée, quatre policiers montent la garde. A l’intérieur de la cour, des matelas posés en vrac, la porte de la radio est minutieusement cadenassée. Pas l’ombre d’un journaliste ici. On nous intime l’ordre de ne prendre aucune image. Le directeur de la radio qui nous avait donné rendez-vous sur les lieux se ravise à la dernière minute. Simple volte-face ou peur de s’exprimer ? Nous ne saurons la cause. A quelques mètres de la radio, sur le marché, nous trouvons un homme à la moustache grise, écouteurs aux oreilles. Home Digital FM c’est sa radio, alors il n’en peut plus de ce blackout médiatique.

Auditoire laissé pour compte

« C’est une radio qui nous rend beaucoup service. On y aborde une thématique aussi riche que variée, se souvient-il. Depuis sa fermeture, nous sommes sevrés d’informations et coupé littéralement du monde, c’était notre seul canal d’info », se désole ce quinquagénaire.

Mouhamed Thiam, jeune trentenaire, sac en bandoulière est, lui, révolté du sort réservé à cette radio. Selon lui, l’Etat est en train de violer un principe fondamental de la constitution : le droit à l’information. « C’est une radio qui éveille les consciences. C’est grâce à elle que nous suivons l’actualité de notre pays, s’est-t-il rappelé. L’auditoire est le seul grand perdant dans cette affaire. Nous sommes les laissés pour compte. Prenons mon cas par exemple c’était la seule radio que j’écoute en fin de journée. Vivement la fin du statu quo », a-t-il exhorté.

Atteinte à la liberté d’expression

Aruna Sawaneh, masque à la bouche pour se protéger de la poussière et du vent qui souffle sur cette ville-carrefour, est un Gambien vivant en Angleterre. Il estime que c’est une atteinte à la liberté d’expression et la fermeture n’est pas la solution. Il fallait plus de tact quitte à traduire en justice le rédacteur en chef, s’il y a abus.

« Cette fermeture est très injuste. Museler la presse n’a jamais été la solution. C’est un mauvais signal pour la démocratie et la bonne gouvernance. Fermer une maison de presse est une forme louche de gérer un pays », suspecte-t-il l’air très courroucé.

Les auditeurs ne demandent qu’une seule chose aujourd’hui : c’est la réouverture de cette radio d’informations générales qui émet principalement en langue mandingue, la langue la plus parlée dans la région.

Vous pouvez réagir à cet article