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L’ÉTERNEL RETOUR DU CONCRET

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Tensions dans les universités. Flambée des prix des denrées. Grève des enseignants et professeurs. Colère des professionnels de la Santé. Lamentations des retraités. Grogne des transporteurs… Un rapide résumé des manchettes de journaux, ces dernières semaines. Comme un air de déjà-vu ! L’actualité au Sénégal se déroule telle une ritournelle, les mêmes évènements se répétant tel un leitmotiv musical au fil des années. Tel Sisyphe, les gouvernants successifs semblent fatalement condamnés à recommencer les mêmes tâches pour les mêmes résultats. Les problèmes sont ajournés, faute de solutions définitives. L’État parvient, certes, parfois à trouver un consensus avec les corps concernés, mais c‘est souvent l’éclaircie avant la reprise des intempéries.

Lénine avait une géniale formule pour résumer ce phénomène auquel sont souvent confrontés, il faut le reconnaître, bien des États : “l’éternel retour du concret”. En gros, malgré les discours, les promesses et les initiatives plus ou moins réussies, la réalité finit toujours par s’imposer et se rappeler au bon souvenir des gouvernants. Laissant cette impression que la politique demeure impuissante à apporter des réponses concrètes aux revendications de toutes sortes.

Prenons le cas de l’Université sénégalaise. Cela fait maintenant deux décennies que l’Enseignement supérieur, malgré les investissements, traîne des maux qui apparaissent de plus en plus incurables. Effectifs pléthoriques ; calendrier anarchique ; mouvements d’humeur réguliers du corps professoral ; la lancinante problématique des bourses ; la politisation à outrance dans les campus sociaux, la qualité insuffisante des repas qu’on y sert ; sans oublier cette insupportable culture de la violence que certains étudiants ont érigée en rituel de protestation.

Ministres et recteurs, parfois pleins de bonne volonté à défaut de créativité, multiplient les initiatives pour inverser la pente, mais peinent à dissiper le malaise et le mal être qui règne dans ces temples du savoir.

Résultat des courses, l’Université sénégalaise est devenue une gigantesque machine à broyer des jeunes talents. Beaucoup d’excellents lycéens peinent à exploiter leur potentiel dans un système où la masse prend le dessus sur le développement individuel. De fait, beaucoup de jeunes intègrent l’Université publique à reculons, faute de moyens pour rejoindre les grandes écoles de commerce, ou s’expatrier vers les Universités internationales.

Les scènes de guérilla qui se déroulent, depuis maintenant une semaine à l’Université de Bambey, et la contagion qui se répand dans les autres structures, doit être une occasion de prendre l’ensemble des problèmes qui minent le secteur de l’enseignement supérieur à bras le corps.

Pas les mesurettes et les routinières directives présidentielles invitant le ministère d’un secteur en difficulté à proposer un énième plan de sortie de crise (cf : le communiqué du Conseil des ministres). Mais de réelles initiatives en mode fast-track où des mesures courageuses, difficiles et innovantes seront déployées pour assainir le secteur.

Par Adama Ndiaye
Chronique parue dans BÈS BI

15 décembre 2021


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