« LA RESTITUTION DES OEUVRES AFRICAINES NE SERA PAS SIMPLE »

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CHRISTIANE TAUBIRA À SAINT-LOUIS

« La restitution des œuvres africaines n’est ni acquise, ni simple ». Tel est l’avis de Christiane Taubira. L’ancienne Garde des Sceaux française est à Saint-Louis dans le cadre de la remise de diplômes à des étudiants appartenant à une promotion qui porte son nom.

« Après la parole du président Emmanuel Macron, l’épisode suivant, c’est de voir l’attitude des pouvoirs publics des différents pays africains, conseille-t-elle, dans un entretien accordé au journal Le Soleil. Certains doivent être prêts à considérer la restitution pure et simple. D’autres envisagent la signature de conventions qui permettent la circulation des œuvres, etc. Mais il y a une étape à franchir, c’est-à-dire ce que le président va faire du rapport. »

D’autant qu’en France, indique l’écrivain, « il y a des gens qui protestent en hurlant : ’’On va vider nos musées !’’. Cela ne va pas être simple car il faudra changer la loi. En France, un règlement dit que les collections des musées sont inaliénables. Ce sera une bataille. Ce sera ni acquis ni simple car tout le monde ne trouve pas cela normal y compris parmi les chercheurs. Certains disent que dans leur rapport, ils ne tiennent pas compte du fait que certaines œuvres ont été vendues, ils ont reçu de l’argent et que cela appartient à la France. Il faut clarifier cela. »

Une affaire qui concerne deux parties, ajoute Christiane Taubira : « La France qui a proféré une parole, posé un acte en confiant à deux intellectuels (Bénédicte Savoy, historienne de l’art, et Felwine Sarr, écrivain et professeur d’économie) le soin de produire un rapport. Il y a l’autre partie qui est plurielle. Ce sont les pays dont ces œuvres sont originaires, pratiquement la totalité du continent (africain). »
Selon elle, les anciennes puissances coloniales sont également concernées puisque « dans les musées anglais, on trouve des œuvres qui viennent des colonies. »

« En tant que députée, confie-t-elle, par ailleurs, avant d’être Garde des Sceaux, j’ai eu à m’opposer en m’appuyant sur la loi 2001 qui faisait de la Traite négrière et l’esclavage un crime contre l’humanité, à des ventes aux enchères d’œuvres culturelles, d’archives aussi. A l’époque, j’avais demandé à l’Etat français de faire en sorte que des musées et institutions publiques se portent acquéreurs pour éviter la dispersion ou que des tiers fortunés mettent les œuvres dans leur collection ».

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