LE MÉCANISME SÉCURITAIRE DE LA RUÉE VERS L’AFRIQUE

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ALIOUNE NDIAYE

L’absence de Trump au sommet sur la Paix qui s’est tenu, hier, dimanche 11 novembre, à Paris, n’a pas surpris Alioune Ndiaye, enseignant à l’Ecole de politique appliquée à l’Université de Sherbrooke au Canada. D’autant que, motive l’invité de la matinale ’’Dakar direct’’ d’Iradio, de ce lundi 12 novembre, « l’agenda de Trump, c’est aujourd’hui de montrer que sa principale préoccupation, c’est les Etats-Unis. »

Donc, décrypte-t-il, « c’est un rejet du multilatéralisme sur lequel s’est inscrit pendant longtemps la politique étrangère américaine. Le fait de se concentrer sur une célébration américano-américaine où le monde veut réfléchir justement sur les conséquences de ces guerres-là pour pouvoir faire revivre le multilatéralisme de lutte contre les fléaux de sécurité. Pour Trump, cela participe justement d’une volonté de montrer à son électorat nationaliste américain que son intérêt, sa préoccupation, c’est America first (Amérique d’abord). »

Une position aux « conséquences considérables sur les relations internationales », à en croire l’auteur-chercheur en relations internationales dans la mesure où, relève-t-il, « l’une des principales théories qui s’est développée dans ce cadre-ci, c’est ce qu’on appelle la théorie de la stabilité hégémonique. »
Il ajoute : « Si le système international connait une certaine stabilité, c’est parce qu’il y a une puissance hégémonique qui accepte de jouer le rôle justement pour stabiliser ce système-là. Aujourd’hui, si les Etats –Unis se retirent, on peut comprendre comment l’avenir de toutes les initiatives multilatérales en matière de sécurité peuvent être menacées et en même temps, cela annonce une vague de replis des différents Etats autour d’intérêts stratégiques commerciaux. Et, de ce point de vue, on espère que l’Afrique saura elle-aussi mettre en avant ses relations. »

Le mécanisme sécuritaire pour une ruée vers l’Afrique ?

« En matière de relations internationales, déplore Alioune Ndiaye, l’Afrique est plus souvent objet que sujet. Souvent la réponse de nos chefs d’Etat ne se pose même pas en termes de oui ou de non dès l’instant qu’on appelle, ils vont tous y aller. Souvent, il y a une petite pression qui va sur certains autres aspects qu’ils négocient. »

Selon lui, il urge que « l’agenda de la sécurité (soit) posé en Afrique par les Africains et pour les Africains parce que tout simplement nous avons des enjeux et des problèmes qui nous concernent. »

Il explique : « On va chez les autres, évidemment, il y a un intérêt à y aller mais nos préoccupations sécuritaires ne sont pas mises en avant et au-delà même, on peut se demander est-ce qu’il n’y a pas une volonté de redéploiement en Afrique par la sécurité. On voit de plus en plus des acteurs qui n’étaient pas du tout intéressés s’installer. »

Citant l’exemple de la Chine, l’enseignant indique que ce pays « qui ne disposait pas de bases en Afrique, est aujourd’hui à Djibouti et, l’Allemagne de plus en plus présente au Mali et autres. Il y a comme une sorte de ruée vers l’Afrique qui s’est faite vers les 17e et 18e siècles pour des considérations économiques mais là, cette ruée se fait par le mécanisme sécuritaire. Et de ce point de vue, il faut qu’on réfléchisse par nous et pour nous, pour que ce qui s’est passé dans le passé, ne se répète pas. »

Pour ce faire, prône Alioune Ndiaye, « il faut régler le problème de la volonté politique, que nos leaders politiques comprennent que le pouvoir qui leur est donné ce n’est qu’un moyen pour agir. » En plus de « mobiliser les chercheurs africains qui ont une connaissance profonde des aspects sécuritaires pour qu’ils nous donnent un capital de connaissances. Lequel va être mis dans le cadre de nos dispositifs sécuritaires. »

La connaissance devra être accompagnée « de moyens », appuie-t-il, soutenant qu’il faut « qu’une taxe obligatoire soit prélevée des revenus sur les ressources naturelles dont l’Afrique dispose pour les mettre dans un organisme indépendant qui va s’occuper des questions sécuritaires parce que la question des moyens est capitale ».

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