Ousmane Sonko, La fabrication d’un monstre (réel ?)

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Commentaire

« Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. »


Charles Péguy, Notre Jeunesse

De mémoire, jamais un homme politique n’a autant cristallisé l’opinion à la veille d’une présidentielle qu’Ousmane Sonko. Le leader du PASTEF est devenue la personnalité la plus clivante de l’échiquier politique sénégalais. Et les noms d’oiseau volent contre sa personne : salafiste, takfiriste, islamiste, terroriste… Demain sans doute à notre réveil, l’on nous dira que Sonko a été gardien de camp de concentration, ou vendeur d’esclaves, voire un ogre, sinon un adepte de l’anthropophagie et pourquoi pas un vampire. Mais à qui profite cette campagne d’intoxication, puisque c’est de cela qu’il s’agit, sinon à Ousmane Sonko lui-même, que l’on dresse comme l’épouvantail du « système », le mot magique qu’emploient ses groupies qui pullulent sur les réseaux sociaux. « Tout ce qui est excessif devient insignifiant », relevait Talleyrand. Et à force de diaboliser Ousmane Sonko par le prisme d’arguments farfelus, ses adversaires ne font que renforcer sa posture victimaire et le placer devant l’opinion comme la seule alternative réelle au pouvoir en place.

Cette tactique contre Sonko ressemble, d’ailleurs beaucoup à s’y méprendre, à celle usée par les partis traditionnels contre Jean Marie puis Marine Le Pen en France, Matteo Salvini en Italie, Donald Trump aux Etats-Unis ou Jair Bolsonaro au Brésil. Tactique contre productive dans la mesure où leur diabolisation n’a contribué qu’à alimenter leur succès dans les urnes. Jugeons Ousmane Sonko sur ses actes, ses prises de position publique et les hommes qui l’entourent. Ne lui faisons pas le procès du crime d’arrière pensée.

Ousmane Sonko est, et nous le concédons à ses adversaires les plus virulents, un personnage inquiétant. C’est un démagogue qui propose des solutions simplistes au problème des Sénégalais. Lorsqu’il y eut une série de meurtres dan le pays, il n’avait pas hésité à évoquer le rétablissement de la peine de mort comme solution, alors que la pratique nous a montré que ce châtiment extrême n’a jamais été la panacée pour réduire la criminalité. Outre cette démagogie insupportable, Ousmane Sonko a le discours d’un populiste authentique.

Tous les maux du peuple sénégalais sont dus, à l’entendre, à leurs élites et à ceux qu’il appelle la « lumpenburguésia », terme utilisé par les marxistes pour dresser certaines classes sociales comme des ennemis, des suspects. Avec une violence inédite, il vient même d’expliquer sans sourciller que tous « les présidents de la République » de l’histoire du Sénégal mériteraient d’être « fusillés » pour le mal qu’ils ont fait au peuple. Certes nos dirigeants n’ont pas toujours brillé, c’est le moins que l’on puisse dire, par leur sens de l’intérêt général et leur capacité à prendre les bonnes mesures pour faire décoller le Sénégal, mais un homme politique digne de ce nom devrait aussi rappeler le peuple à ses responsabilités individuelles dans la réussite ou l’échec et ne pas le flatter en lui trouvant sans cesse des bouc-émissaires.

Autre bouc émissaire de nos malheurs plus de cinq décennies après l’indépendance, si l’on suit bien Sonko, c’est la France. À ce propos, il est navrant de voir qu’un homme qui aspire à diriger le Sénégal s’acoquine avec les hurluberlus de l’association « France Dégage ». Guy Marius Sagne, leader de ce mouvement, est un personnage ineffable, monomaniaque, à la Francophobie obsessionnelle.

L’on nous susurre que cet ami du grotesque Kémi Seba, adepte de théories fumeuses et complotistes, qui fut partie prenante de l’opposition ridicule à la venue de Rihanna au Sénégal, aurait l’oreille de Sonko. Après le meurtre horrible de la regrettée Mariama Sagna, ce gauchiste 2.0, qui mène la révolution sur Facebook comme Desmoulins la menait devant la Bastille, a osé un rapprochement nauséabond entre la tragédie de cette dame et « l’ascension » de son leader. Pauvre Sénégal. Voici les hommes qui entendent prendre ton destin en main.

À la lumière de tout cela, il apparaît clairement qu’Ousmane Sonko mérite d’être critiqué et combattu. Pas par l’insulte, la calomnie ou la diabolisation mais par les idées. En politique, l’expérience nous a montré qu’il faut toujours se méfier des rédempteurs, de ces personnes qui croient porter le bien en eux. Cette quête du bien a été le terreau des pires totalitarismes. Car ne l’oublions jamais, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

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