POURQUOI LA TURQUIE A DÉCIDÉ D’OUVRIR AUX MIGRANTS SA FRONTIÈRE AVEC L’EUROPE

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INTERNATIONAL

La Turquie a annoncé l’ouverture de ses frontières avec l’Union européenne après la mort de plusieurs de ses soldats dans "une escalade militaire" dans le nord-ouest de la Syrie.

La Turquie a mis sa menace à exécution. Le pays n’empêchera plus les migrants qui essaient de se rendre en Europe de franchir la frontière, a assuré ce vendredi 28 février à l’AFP un haut responsable turc. La décision d’"ouvrir les portes" a été prise lors d’un conseil de sécurité extraordinaire présidé par le chef de l’État Recep Tayyip Erdogan dans la nuit de jeudi 27 à vendredi 28 février.

Cette réunion a été convoquée après la mort d’au moins 33 militaires turcs dans la région d’Idleb dans des frappes aériennes attribuées par Ankara au régime syrien de Bachar el-Assad soutenu militairement par la Russie. Ces frappes portent le bilan humain à 53 morts parmi les forces turques depuis début février.

L’UE appelle la Turquie à respecter ses engagements

Ces derniers mois, Ankara avait réclamé l’appui des Occidentaux - avec un appel à l’Otan dont elle est membre - et menacé à plusieurs reprises d’ouvrir les frontières aux migrants si l’Union européenne n’apportait pas davantage d’aide pour faire face à la catastrophe humanitaire à Idleb, où près d’un million de personnes ont fui les bombardements du régime de Damas et de son allié russe, se réfugiant pour la plupart près de la frontière turque.

L’Union européenne a appelé à la mi-journée Ankara à respecter le pacte migratoire conclu en mars 2016. Celui-ci prévoit notamment en échange d’une aide financière, le renvoi systématique des migrants vers la Turquie, et des mesures de la part d’Ankara pour éviter que de nouvelles routes migratoires ne s’ouvrent au départ de son territoire vers l’UE. Ce pacte a fait chuter drastiquement le nombre de passages vers la Grèce même si Athènes et l’Union européenne ont noté une hausse des arrivées ces derniers mois.

300 migrants à la frontière grecque

Selon les médias turcs, des groupes de migrants se dirigeaient vendredi matin en direction de la frontière avec la Grèce dans l’ouest de la Turquie. L’agence de presse DHA a ainsi rapporté qu’environ 300 migrants syriens, irakiens ou encore iraniens étaient arrivés dans la province d’Edirne, à la frontière grecque, comme vous pouvez le voir dans notre vidéo ci-dessus.

Dans le passé, la Turquie a plusieurs fois menacé d’"ouvrir les portes" de l’Europe aux migrants, les observateurs y voyant une manière de faire pression sur les pays de l’Union européenne encore traumatisés par la crise migratoire de l’été 2015. Plusieurs centaines de milliers de personnes, fuyant en majorité les conflits au Proche-Orient, s’étaient alors rendues en Europe en transitant par la Turquie.

Athènes renforce ses patrouilles

"Nous accueillons déjà près de quatre millions de réfugiés et n’avons pas les moyens ni les ressources d’autoriser l’entrée sur notre territoire à un million de personnes supplémentaires", a déclaré vendredi le directeur de la communication de la présidence turque, Fahrettin Altun.

La Grèce a annoncé vendredi avoir renforcé ses patrouilles à la frontière avec la Turquie, après l’annonce par cette dernière qu’elle n’empêcherait plus les migrants de se rendre en Europe.

Selon une source policière grecque, le nombre de patrouille a été doublé et un appel à la mobilisation générale a été passé en interne. "Tout est sous contrôle, il n’y a pas de raison de s’inquiéter", a toutefois assuré cette source.

"Urgence à agir" pour Marine Le Pen

Marine Le Pen a estimé vendredi qu’il y avait "urgence à réagir". "Quelles décisions Emmanuel Macron compte prendre pour éviter à la France les conséquences catastrophiques de la trahison d’Erdogan ? L’ouverture des frontières aux migrants va créer un afflux aussi ingérable que dangereux. Il y a URGENCE à réagir !", a tweeté la présidente du Rassemblement national.

"Et pourquoi un tel afflux de réfugiés syriens, sinon parce que VOS amis Poutine et Assad rasent leurs villes, leurs maisons, leurs écoles, leurs hôpitaux", lui a répondu, également sur Twitter, l’eurodéputé soutenu par le PS Raphaël Glucksmann.

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