RAPPORT ANSTS : LA PROBLÉMATIQUE DES TERRES SALÉES AU SÉNÉGAL

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ENVIRONNEMENT

Des études datant du milieu du siècle dernier révélaient que près de 400 millions d’hectares soit 13% des terres arables de la planète sont affectés par la salinisation. Le monde perdait ainsi en moyenne 10 hectares de terres cultivables par minute dont 3 hectares à cause de la salinisation.

Aujourd’hui, en Afrique, près de 40 millions d’hectares sont concernés soit 10% des terres salées du monde et près de 2% de la superficie totale du continent, selon les résultats de la synthèse de l’étude de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS), portant sur la restauration et la valorisation des terres salées du Sénégal. Un rapport commandé en 2016 et remis au chef de l’Etat, au cours de la séance académique solennelle 2019 tenue ce mardi, 16 juillet, au Grand-Théâtre. La cérémonie s’est ouverte par une minute de silence en hommage au défunt président du Haut conseil des collectivités territoriales (HCCT) et secrétaire général du Parti socialiste (PS), Ousmane Tanor Dieng. Avant la présentation des conclusions par Dr Moussa Bakhayokho, le directeur de recherche et président de la Section sciences agricoles (SSSA).

Les régions sénégalaises les plus touchées

Concernant la situation au Sénégal, détaille-t-il, des visites de terrain conduites par l’ANSTS, montrent que « les régions du Sine Saloum, de Kaolack, de Fatick, de Ziguinchor et du Fleuve sont les plus affectées ». Des visites qui ont aussi permis de rédiger un document de référence sur l’état des lieux et les perspectives de valorisation et de restauration des terres salées du Sénégal. Allant plus loin dans l’inventaire, le vétérinaire océanographie/Biologie des pêches, il souligne « qu’au niveau national, la salinisation affecte un quart à un tiers des terres arables soit 950 mille à 1 million 267 mille hectares représentant près de 6% de la superficie totale du pays. C’est dire qu’elle prive près de 330 mille ménages ruraux de leur principal moyen d’existence. Et concourt à l’accroissement de l’exode rural et de l’émigration. »
La main de l’homme dans la propagation du phénomène

En outre, « elle engendre l’équivalent d’un manque à gagner d’environ 292 mille tonnes de mil sur le stock potentiel sur la sécurité alimentaire. La salinité est estimée à 9% dans les Niayes et à 20% dans le bassin arachidier. Elle fluctue entre 26 et 37% au Sénégal oriental. Et entre 36 et 53% en Casamance pour atteindre un maximum de 66% dans la région du Fleuve ». Dans le cas « particulier » de la région de Fatick, l’ANSTS qui a actualisé les données, fait observer que les sols salés y occupent 224 mille 441 hectares soit 33% de toutes les terres de la région et 58% des terres arables ». Une situation « qui est aggravée depuis quelques années par le fort développement de l’exploitation du sel dans cette région, une activité qui fait appel au pompage d’importantes quantités d’eau de mer vers les terres et renforçant la contamination de la nappe phréatique et le transfert de sel vers les zones de cultures et de formation végétale ». De surcroit, « les effets cumulatifs du changement climatique et des pratiques agricoles peu recommandables viennent accroître la vitesse et l’étendue de la salinisation. »

L’urgence d’agir pour inverser le processus

Un tableau qui montre, alerte-t-il, « l’ampleur de la salinisation des terres est préoccupante et les risques de son extension demeurent élevés si l’on sait que le phénomène contribue pour 26% dans la dégradation des sols ». « Il est donc plus que temps d’agir et d’agir plus vigoureusement mieux que par le passé pour inverser le processus », alerte Dr Bakhayokho. D’autant plus que « d’importants efforts ont déjà été consentis dans ce sens quand bien même les résultats restent mitigés ». Les projets ont concerné la confection de barrages anti-sel, l’aménagement de digues anti-sel, de digues de retenue, le reboisement, entre autres.

Toutefois, les résultats de l’examen effectué attestent que la problématique est « une préoccupation universelle » qui dépasse le cadre du Sénégal.
Après avoir reçu le rapport, le chef de l’Etat a, tout de suite, engagé son gouvernement, sur recommandation de l’ANSTS, « à examiner avec la plus grande attention et à appliquer avec la plus grande célérité » un « programme national multisectoriel et multidisciplinaire de lutte contre ce fléau des temps modernes ». Pour ce faire, il a exhorté « tous les acteurs à s’approprier les résultats (du rapport), qui intègrent différentes disciplines, thématiques et différents secteurs pour une prise en charge solidaire et efficace des enjeux. A terme, cette démarche devra contribuer à l’élaboration d’une politique cohérente qui accompagne la mise à l’échelle et la préservation des acquis. Et qui fournit, entre autres, des réponses durables aux problèmes récurrents des dégradations des terres, de baisse de leur fertilité et de réduction de la productivité. »

Ladite séance solennelle coïncidait, ce matin, avec le 20e anniversaire de l’ANSTS, l’académie qui entreprend des « réflexions profondes pour produire des avis pour apporter sa contribution scientifique au développement économique, social et culturel », rappelle Pr Doudou BA, le président de l’Académie. Laquelle a remis un autre rapport au président Macky Sall, relatif à la production des déchets solides et leur impact « négatif » sur les écosystèmes et la santé humaine.

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