RETOUR SUR LE PROCÈS DES 25 HOMOS, VERDICT LE 6 NOVEMBRE

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PALAIS DE JUSTICE DAKAR

Têtes bien coiffées, vêtus de vêtements féminins, 25 homosexuels ont été arrêtés à la cité Keur Gorgui alors qu’ils célébraient un anniversaire et le mariage entre Matar Diaw et Yakhya Ndiaye. Après leur inculpation et leur placement sous mandat de dépôt pour acte contre nature, les 25 jeunes ont comparu, ce vendredi, à la barre du tribunal des flagrants délits de Dakar.

Leurs coiffures ont été transformées en boule à zéro. Ils ont été tous rasés. Ils étaient tous habillés en tee-shirt et jean, troquant ainsi les vêtements féminins qu’ils avaient porté au moment de leur arrestation.

"NOUS AVIONS DIT AU BAILLEUR QU’ON ORGANISAIT UN DAHIRA"

Devant le prétoire, les prévenus ont battu en brèche les faits qui leur sont imputés à l’exception de Matar Diaw. Qui, à la barre, a avoué qu’il devait se marier avec Yakhya Ndiaye. Ainsi, c’est le couple qui a invité tous les autres. Mais, beaucoup d’entre les prévenus ont soutenu qu’ils ne sont pas homosexuel. A les en croire, ils étaient à l’appartement pour célébrer un anniversaire et ils n’avaient même pas vu la banderole " Heureux ménage" accroché au mur.

Mais, ce n’est pas ce que soutien Matar Ndiaye qui dit avoir invité les autres parce qu’il connaissait leurs orientations sexuelles. Car, dit-il, ils se reconnaissent tous. Mieux, il a indiqué que quand il louait l’appartement, il a fait savoir à son bailleur que c’était pour organiser un "dahira’ (cérémonie religieuse).

Lors de l’interrogatoire, la présidente du tribunal les a demandés si parmi eux, certains avaient des copines, ils ont tous levé la main y compris le couple qui devait sceller son union. Tout comme, Mouhamed Diop, Ahmed Mbaye, Meissa Mboup et Alassane Diallo qui, à l’enquête préliminaire et devant le parquet, avait reconnu leurs penchants homosexuels. Ils ont ainsi dit au juge qu’ils sont « de vrais mecs ». Ce qui n’a pas empêché d’arracher quelques sourires à la présidente du tribunal qui, visiblement, ne croyait pas ce qu’ils disaient. Un des prévenus a même insisté en disant qu’il est marié et père d’un enfant. Et, ajoute-t-il, c’est sa femme qui lui apporte à manger depuis qu’il est en prison.


10 PRÉSERVATIFS, 32 LUBRIFIANTS, 9 TESTS VIH ET UNE BOUTEILLE DE CHAMPAGNE

Dans son réquisitoire, le maitre des poursuites souligne que les faits ne souffrent d’aucune contestation. Il en veut pour preuve les objets qui ont été retrouvés dans l’appartement. Lesquels sont deux bagues, 32 lubrifiants, 9 tests VIH Sida, 10 préservatifs, une bouteille de champagne, une boite à maquillage. Il s’y ajoute les images à caractère pornographiques qui ont été découverts dans leurs téléphones portables. Poursuivant son réquisitoire, le procureur révèle que certains parmi les prévenus étaient torses nues au moment de leurs interpellations. En sus, Matar Diaw a reconnu qu’il y a eu des accouplements entre eux avant l’intervention des éléments de la police de Dieuppeul. Donc, pour le ministère public, tous les prévenus ont posé des actes allant dans des alliances contre nature.

Les avocats de la défense ont plaidé la relaxe pure et simple des prévenus. Car, selon eux il n’y a pas de preuves attestant que les prévenus s’adonnaient à des actes contre nature. Selon Me Ndèye Anta Mbaye, l’accusation serait pertinente s’il évoquait des textes. « Pénalement, on ne peut pas dire qu’il y a acte contre nature. On ne peut élargir des notions, élargir des faits pour pouvoir donner une leçon de morale à un groupe de personnes. C’est une constance qu’ils célébraient un anniversaire », a-t-elle plaidé. Abondant dans le même sens, Me Abdoul Daff indique qu’il n’y a pas de disposition légale qui condamne une personne qui se dit être homosexuel. « L’homosexualité n’est pas condamnée au Sénégal et, il n’y a pas de preuves attestant qu’ils ont posé un acte contre nature », a soutenu l’avocat qui, à l’instar de ses confrères, sollicite la relaxe.

Même Ousmane Thiam a embouché la même trompette. Selon lui, la détention de lubrifiant ou de préservatif ne constitue pas une infraction. Si tel était le cas, renchérit-il, tous les pharmaciens seraient arrêtés parce qu’ils en détiennent dans leurs officines. Pour l’avocat, il n’y a pas un élément légal, au Sénégal, interdisant l’homosexualité. Donc, dit-il, on ne pas se baser sur les apparences efféminées des prévenus, entrer en voie de condamnation. L’affaire est mise en délibéré pour jugement qui sera rendu le 6 novembre 2020.

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