ROKIA TRAORÉ LIBÉRÉE SOUS CONTRÔLE JUDICIAIRE

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FRANCE

La justice française s’est prononcée pour remettre l’artiste à la Belgique, où elle risque cinq ans de prison dans une affaire d’« enlèvement d’enfant » qu’elle conteste.

Ecrou no 456567 va pouvoir sortir de prison. Et c’est une première victoire pour Rokia Traoré. Mercredi 25 mars, la cour d’appel de Paris a accepté la requête de son avocat, Me Kenneth Feliho, de remettre en liberté pour raisons médicales la Franco-Malienne qui avait débuté une grève de la faim depuis son incarcération, le 10 mars. Son emprisonnement constituait également un risque pour sa santé dans la crise sanitaire que le pays traverse.

Affaiblie, l’artiste va quitter sa cellule de Fleury-Mérogis (Essonne), mais sous contrôle judiciaire avec l’interdiction de quitter le territoire. Elle restera à Paris. Car, dans le même temps, la justice française s’est prononcée pour l’extradition de la chanteuse vers la Belgique, où elle risque cinq ans de prison. « Nous allons désormais nous battre en utilisant toutes les voies de recours », explique Me Kenneth Feliho. Il annonce se pourvoir en cassation concernant la décision d’extradition.

« Protéger » sa fille

Le 10 mars, l’artiste de 46 ans, nommée en 2016 ambassadrice de bonne volonté du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), a été arrêtée lors de son escale à Paris, puis incarcérée : elle venait de quitter le Mali pour se rendre à Bruxelles, afin de répondre « librement » à une convocation en appel de la justice belge. En effet, Rokia Traoré est sous le coup de deux mandats d’arrêt européens pour « enlèvement, séquestration et prise d’otage ». L’artiste ne veut pas remettre sa fille de 5 ans à son père, de nationalité belge, duquel elle est séparée, même si un jugement de 2019 l’y contraint. Pourquoi un tel refus ?

Le tribunal de première instance de Bruxelles avait décidé de confier « la garde exclusive » de l’enfant à son père : une décision que la chanteuse a contestée « dès le départ », d’après Me Kenneth Feliho, du barreau de Bruxelles, puisqu’elle avait interjeté appel du jugement de première instance.

Dans une lettre ouverte rendue publique par son avocat, l’artiste explique résider au Mali avec ses deux enfants depuis 2015, y être depuis enregistrée au consulat de France à Bamako « en tant que Malienne de nationalité française », et assure que son fils de 14 ans fréquente « sans interruption depuis septembre 2016 » le Lycée français de Bamako. Selon elle, « la France ne peut nier » qu’il est impossible qu’elle ait eu « un domicile à Bruxelles duquel [elle aurait] enlevé [sa] fille de 4 ans subitement en 2019 », écrit-elle : « Il est évident que je ne peux avoir vécu sur deux continents en même temps. Il n’y a aucune trace de scolarisation de mes enfants en Belgique entre 2015 et 2019. »

Rokia Traoré ajoute qu’elle a refusé de se plier à la décision belge pour « protéger » sa fille : elle a déposé une plainte contre son ex-compagnon en Belgique, en France et au Mali, pour « attouchement sexuel » sur l’enfant. D’ailleurs, la chanteuse assure que la justicie malienne lui a accordé la garde exclusive par un jugement contradictoire.

Son avocat, appuyé par Me Kominé Bocoum, un confrère qui représente l’Etat malien, s’insurge contre le fait que cette non-présentation d’enfant ait été transformée en un chef d’accusation incluant « séquestration, prise d’otage et enlèvement » pour permettre l’émission d’un mandat d’arrêt international. De plus, il réfute la compétence de la Belgique, alors même qu’une décision de justice a été rendue « au Mali, pays souverain », constatant « la violation de plusieurs conventions internationales et traités qui prévoient qu’en matière de garde d’enfant, ce sont les juridictions du lieu de résidence de l’enfant qui sont compétentes pour statuer sur sa garde et sur toutes les mesures prises dans son intérêt supérieur ».

Forme de racisme

Ce n’est pas tout : l’artiste a été arrêtée alors qu’elle était munie d’un passeport diplomatique malien. « Le juge qui a ordonné ma mise en détention à la prison de Fleury-Mérogis m’a affirmé qu’une immunité diplomatique malienne ne serait pas valable en Europe […] Le policier à l’aéroport de Roissy m’avait indiqué que l’avocat général lui avait dit n’avoir “rien à faire de mon immunité diplomatique” », explique dans sa lettre Rokia Traoré, qui voit dans cette affaire une forme de racisme. Le gouvernement malien, via son porte-parole Yaya Sangaré, a assuré suivre « avec attention la situation judiciaire de Mme Rokiatou Traoré », qui « bénéficie de l’assistance des autorités maliennes depuis plusieurs mois ».

Des personnalités se sont depuis mobilisées pour critiquer son arrestation, à l’instar de l’ancienne garde des sceaux française Christiane Taubira. Une pétition en ligne exigeant sa libération a recueilli plus de 30 000 signatures. Au Mali, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a demandé, à son tour, sa remise en liberté et à « la justice belge à privilégier l’intérêt supérieur de l’enfant de 5 ans ainsi exposée, innocemment et à son corps défendant, à un probable traumatisme, conséquence d’un duel judiciaire opposant ses parents ».

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