SINGHATEH, ANCIENNE FIGURE DE PROUE DE LA JUNTE MILITAIRE ENTENDU DEVANT LA COMMISSION RÉCONCILIATION

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GAMBIE

Son retour dans le pays était scruté depuis plusieurs jours. Edward Singhateh, ancien membre de la junte militaire qui a pris le pouvoir en Gambie, en 1994, a été entendu pendant deux jours, mercredi et jeudi devant la Commission vérité, réconciliation et réparations. Une audition qui a tenu en haleine tout un pays, en atteste le taux d’audience sur différents supports en direct. L’ancien capitaine reconverti dans la diplomatie a avoué, plutôt, une responsabilité collective de plusieurs crimes dont il est accusé et a tenté de minimiser son rôle au point d’agacer les enquêteurs de la Commission.

L’audition d’Edward Singhateh était très attendue. Actuellement basée à Lagos où il travaille comme consultant au siège de la CEDEAO, ce membre de la junte militaire qui a pris le pouvoir en Gambie en 1994, est revenu volontiers pour dit-il "apporter sa part de vérité". Mise parfaite, éloquent, l’air débonnaire, cet ancien soldat devenu avocat et travaillant dans la diplomatie sait manier la langue anglaise pour convaincre.

Contrairement à son ancien camarade putschiste, Sanna Sabally, entendu il y a quelques mois, qui était plus direct dans son récit, Singhateh a donné du fil à retordre à l’avocat général Ensa FALL pourtant réputé pour sa pugnacité. La seule fois où il reconnait avoir tiré, c’était une seule fois, et sa victime a survécu. Cette réaction a suscité l’ire de l’avocat décelant la manœuvre. Plusieurs fois confronté, s’il n’a pas nié il a tout simplement minimisé son rôle dans un style dont il est le seul à détenir le secret. S’attardant sur certains détails, il a été à maintes reprises rappelé à l’ordre par l’avocat général de la Commission.

Confrontation

Bon nombre d’observateurs ont vu dans cette audition, un duel d’avocats, une opposition de styles. Cité dans plusieurs crimes commis au lendemain du putsch de 1994, notamment l’exécution d’une dizaine de mutins la même année, ce métis britanno-gambien a avoué une responsabilité plutôt collective. Parfois n’hésitant pas à prétexter l’oubli, les faits ayant eu lieu il y a un quart de siècle.

Agacé par sa façon de répondre, l’avocat général lui lance alors "êtes-vous prêt à participer aux sessions de réconciliation ? Volontiers rétorque-t-il".
Singhateh est attendu lundi prochain encore pour son troisième jour d’audition où il devra répondre de plusieurs autres sujets brûlants.

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