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SOULEYMANE BACHIR DIAGNE : "LES MILITAIRES NE SONT PAS LA SOLUTION"

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Alors que la sous-région ouest-africaine a été le théâtre de trois putschs (deux au Mali, un en Guinée), ces derniers mois, et que certaines élites semblent s’en réjouir, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne rame à contre-courant. “Les militaires ne sont pas la solution, ils font partie du problème, considère-t-il dans un entretien accordé à Jeune Afrique. La conséquence, c’est que nous sommes confrontés à une crise de l’intégration ouest-africaine, qui était pourtant en bonne voie. En Guinée, comme au Mali, la solution aurait dû passer par les institutions, par la voie démocratique’’. Poursuivant, l’écrivain note que ces prises de pouvoir par les militaires “sont d’autant plus problématiques que, dans un cas comme dans l’autre, on ne sait pas quand le pouvoir sera effectivement remis aux civils. Au Mali, beaucoup de questions se posent quant au respect du calendrier, qui prévoyait des élections en février prochain. Et en Guinée, la situation est encore floue’’.

Sur la question du troisième mandat qui a cristallisé les tensions en Côte d’Ivoire, en Guinée et demeurent une source d’incertitudes pour le Sénégal, Souleymane Bachir Diagne semble séduit par l’idée défendue par le chef d’État libérien, George Weah : “La solution pourrait être celle que préconise le président libérien George Weah : il plaide pour que la Cedeao se porte garant de la limitation du nombre de mandats. Ajouter des critères de convergence démocratiques aux critères de convergence économique est indispensable”.

Toutefois, Souleymane Bachir Diagne appelle à faire un distingo entre le troisième mandat d’Alpha Condé et celui d’Alassane Ouattara. ’’Dans le cas du président ivoirien, ses partisans expliquent qu’il a pu briguer un troisième mandat parce que la Constitution le lui permettait, puisque la réforme adoptée en 2020 n’est pas rétroactive, souligne-t-il. On peut trouver l’explication paradoxale, mais elle a le mérite de mettre la Constitution au cœur du débat. Dans le cas d’Alpha Condé, c’est le contraire : il a décidé de faire une réforme constitutionnelle via un référendum. Cela a été un passage en force, dans le but non avoué de briguer un troisième mandat, même si personne n’était dupe’’.

Babacar FALL

18 septembre 2021