Touba, entre ferveur et extase

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Magal 2018

Dimanche 28 août, la clameur des hkasaïdes (éloges et enseignements de l’islam) déchire l’atmosphère fiévreuse de Touba, littéralement prise d’assaut par les pèlerins, les talibés, les admirateurs, venus renouveler leur foi et leur serment de fidélité à l’occasion de la 124ème édition du départ en exil, le 10 août 1895, de Mouhamadou Bamba MBACKE au Gabon.

En ce jour de pénitence mais aussi de célébration épanouie, le Magal se démultiplie. Partout. Nichée au cœur d’un pâté de maisonnées au sol admirablement tamisé, la Grande Mosquée frappe les esprits et fouette les imaginations tant par sa grandeur polycentrée que par sa puissance d’évocation.

Figure plane à plusieurs angles, la Grande Mosquée de Touba est un des hauts lieux visités à flots continus par les innombrables pèlerins qui ont rallié la ville religieuse.

Ici, ferveur et extase s’apprécient à tous les coins de rues remplies de fidèles allant et venant malgré la chaleur d’étuve qui règne.

A proprement parler, le Magal se célèbre partout dans Touba dès lors que le recueillement et la probité environnent les lieux de sacralité : la Grande Mosquée, les Mausolées des défunts Khalifes qui, assurément, constituent l’attraction permanente des pèlerins affluant de partout.

Le Coran est psalmodié par des voix baryton puissamment relayées par des hauts parleurs crachant à tue-tête des sonorités à la Gloire de Bamba.

Le décor général s’enrichit de la présence massive des jeunes qui consolident les acquis et renouvellent par effet générationnel les enseignements du guide des Mourides. Les enfants gambillent partout dans la ville.

Autre curiosité extatique : l’époustouflant ballet des « Baye Fall » dont les déhanchements saccadés émerveillent. Leurs folles envolées enfièvrent les foyers religieux. Reconnaissables à leurs accoutrements bariolés, leur chevelure abondante et les gestes synchronisés, ils donnent, par moment, des symphonies magistralement orchestrées qui rythment les processions des visiteurs.

En arpentant le vieux Carré de Touba on est saisi par une émotion indicible tant les lieux sont maintenus tels quels autrement dit « à l’ancienne » comme pour rappeler l’aube du Mouridisme, le sacrifice consenti, la promesse du message rédempteur de Sérigne Touba et l’impératif de sauvegarder de cet héritage : des patios aux fontaines fleuries, les livres empilés dont les cordons d’attache et la fine poussière déposée authentifient la profondeur du savoir et l’actualité des professions des continuateurs de l’immense œuvre du Bâtisseur.

Le passé réchauffe les cœurs, vivifie les âmes et entretient la foi, en dépit des peines, des endurances et des épreuves de vie. L’écho d’une époque, le départ en exil notamment, et les savoureuses narrations qui en sont faites de nos jours amplifient le combat de Cheikh Ahmadou Bamba MBACKE mené avec foi et intelligence et témérité.

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