UN BERCEAU, TÉMOIN DE LA SOUFFRANCE DE KHADIM NDIAYE

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REPORTAGE AUX MARISTES

Après avoir passé trois jours à l’Hôpital général de Grand-Yoff (HOGGY) à lutter pour sa survie, Khadim Ndiaye a finalement rendu l’âme ce mercredi et a été enterré au cimetière musulman de Yoff. L’équipe d’Emedia.sn s’est rendue sur les lieux du drame.

Un calme plat fait loi aux Maristes. Nous sommes sur les lieux du drame. C’est ici, dans la nuit du samedi au dimanche, que Khadim Ndiaye a eu rendez-vous avec la mort après y avoir tant de fois célébré la vie. Sans vouloir s’engager à des révélations dans un contexte chargé avec sans doute une enquête en cours, ses voisins confirment la description faite par ses amis et parents des HLM. Du couple, le boutiquier du coin dit qu’il était réservé et sans problèmes. Effacé. « C’est un couple calme, sans problèmes, même sa femme est une personne calme de nature. »

Cette maison ne se distingue des autres du quartier que par le décor macabre laissé par les traces des flammes qui ont consumé la chambre du couple Ndiaye dont la fenêtre donne sur la rue. Du sable en grande quantité se mêle aux grilles en aluminium de la fenêtre, laissant croire que les voisins ont sans doute tenté, dans un élan désespéré, de sauver Khadim Ndiaye ou de lui offrir une issue. Quand l’on s’approche, les restes du lit consumé et la suie toute noire qui s’est formée sur le mur extérieur font froid dans le dos.

De plus près encore, le cadre est insoutenable. Avec les traces de flammes un peu partout, la chambre a viré au noir, même la peinture, complètement décapée par endroits, n’a pas été épargnée. Des habits, un sac à dos, un gobelet ou ce qui reste d’un ventilateur suffisent à témoigner de la violence du feu qui n’a épargné qu’un berceau bleu et quelques habits déposés dessus. C’était peut-être celui qui devait accueillir la fille du défunt, née mardi, la veille de son décès. Le berceau ne sera finalement que le seul témoin de la grande souffrance de Khadim Ndiaye.

Parti sans crier gare, à la fleur de l’âge, dans des conditions dramatiques

L’atmosphère est lourde aux HLM 4. C’est là que se trouve la maison mortuaire. Khadim Ndiaye, qui aurait été aspergé d’essence avant d’être brûlé par son épouse, a été inhumé au cimetière musulman de Yoff en fin d’après-midi, ce mercredi 7 novembre 2018, trois jours après les faits. Parents, amis et voisins, sont venus nombreux assister à la prière mortuaire, à la mosquée « Imam Sarr » des HLM. 

Foulards à la tête, visages crispés, des femmes, parmi elles, certaines, membres de la famille du défunt, sont prostrées à quelques encablures de là sans savoir quoi dire tant le drame semble les avoir prises de haut. Devant la mosquée, des groupes d’hommes sont formés. Certains discutent à voix basse, tandis que d’autres sont occupés à égrener leurs chapelets. Aux environs de 18h20, un cortège dans lequel se trouvait l’ambulance qui a servi de corbillard déchire l’atmosphère par son gyrophare. Une hystérie collective s’est aussitôt installée.

Après la prière mortuaire, la délégation prend la direction du cimetière de Yoff où il sera inhumé, sous les cris stridents de la mère et des sœurs de Khadim Ndiaye. Elles sont inconsolables. La tristesse est visible dans chaque parcelle de visage et les témoignages qui se suivent font verser de chaudes larmes. Les Xassaïd et la lecture du Coran soulagent certains.

Puis, place aux sermons. Le premier à prendre la parole est l’Imam du quartier. Il a essayé, tant bien que mal de calmer la foule. Mais, en de pareilles circonstances, l’exercice est plus difficile que d’habitude. C’est un jeune (37 ans) père de famille, qui est parti sans crier gare, à la fleur de l’âge, dans des conditions dramatiques. Le contraste est frappant : Khadim Ndiaye a vécu dans le plus grand des calmes, mais sa mort a secoué le pays entier.

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