VIDÉO & PHOTOS - IMMERSION DANS L’ARMÉE DE L’AIR : À HAUTEUR D’HOMMES

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Lutte contre la Covid-19

Il est 7 heures, à la base aérienne capitaine Mame Andalla Paul Sorry Cissé, à Ouakam. À la devanture de ce camp qui s’étend à perte de vue, un miliaire est au contrôle. Il filtre les entrées avec rigueur et intransigeance. Il faut se munir d’un document d’identité pour franchir le portail.

Covid-19 oblige, le respect des mesures barrières est de rigueur : port du masque obligatoire, prise de température, lavage des mains. « Nous veillons à ce que toutes les personnes qui viennent ici respectent les mesures préconisées par les autorités sanitaires afin d’éviter la propagation du virus », justifie le commandant Ousmane Ngom, chef du Groupement opérationnel de l’armée de l’air.

La porte principale franchie, ce qui frappe le premier le visiteur, c’est la propreté impeccable de la base. L’endroit est bien entretenu et bien aménagé. Les gazouillis des oiseaux hauts perchés sur les arbres font penser qu’on est dans un village quelconque.

UN PARRAIN MORT AVEC LES HONNEURS

À quelques mètres de l’entrée, on tombe sur une stèle en la mémoire du défunt parrain des lieux, décédé le 1 août 1981 dans des circonstances tragiques. En effet, ce jour-là, lors d’un héliportage d’assaut de nuit, son appareil est abattu. Mame Andalla Paul Sorry Cissé trouve la mort. Auparavant, il a contribué à la réussite de la première intervention en Gambie en commandant lui-même les hélicoptères qui ont participé à l’héliportage, en octobre 1980. Le 31 juillet 1981, après avoir donné les ordres nécessaires à la mise en œuvre de son escadron, il est encore une fois parti à la tête des hélicoptères de manœuvre, de liaison et d’observation exécutant des missions sous le feu nourri des rebelles.

En effet, le premier groupement opérationnel de l’armée de l’air est issu des cendres du Groupement aérien sénégalais (GAS). Le premier groupement opérationnel de l’armée de l’air a pour mission de mettre en œuvre les aéronefs (avions et hélicoptères) mais aussi d’exécuter l’ensemble des missions aériennes qui sont confiées à l’armée de l’air. Leur mission principale est de contribuer à la défense de l’intégrité de l’espace aérien. Mais, à côté de cette mission purement militaire, il y a des missions de développement socio-économique.

« C’est dans ce cadre que nous avons eu à mener, dans le cadre de la lutte contre la pandémie, des missions de types évacuation sanitaire à l’intérieur comme à l’extérieur du Sénégal, confie le commandant Ngom. Nous effectuons également des missions de contrôle aux frontières avec nos aéronefs. Pour effectuer ces missions, on s’appuie sur du personnel et sur des moyens aériens et infrastructurels. »

SECRET DÉFENSE

Pour effectuer ses missions, l’armée de l’air s’appuie sur une flotte composée notamment d’aéronefs Casa 235, qui sont des avions de transport tactique, mais aussi des King air 200. On n’aura pas plus de détails sur le nombre d’appareil : secret défense.

La richesse de l’armée de l’air c’est aussi la qualité de ses ressources humaines. « C’est du personnel bien entrainé, bien formé, motivé et responsable, à qui on confie des missions qui sont hautement stratégiques », acquiesce le chef du Groupement opérationnel de l’armée de l’air.

Pour voler, il faut des appareils, il faut des hommes, mais il faut également des procédures bien ficelées. C’est capital pour l’armée de l’air sénégalaise, qui défie le ciel de jour comme de nuit, depuis et vers les endroits les plus improbables. « L’ensemble des unités disposent de documents, soit des manuels d’exploitation soit des manuels d’emploi tactiques, qui nous permettent de faire le travail en minimisant le risque », indique le commandant Ousmane Ngom.

Il ajoute : « À tout moment, nous avons un équipage d’alerte pour pouvoir faire la mission qui nous est demandée. Cela augmente notre disponibilité mais l’important est qu’on cherche à être résilient pour pouvoir faire les missions. Á l’instar des autres corps, l’armée de l’air a pris toutes les dispositions nécessaires pour apporter sa contribution dans la lutte contre la Covid-19. »
Dans ce cadre, le King Air 200, dont la vocation première est le transport, peut être réaménagé pour pouvoir remplir d’autres fonctions comme des missions d’évacuation sanitaire, de surveillance et de reconnaissance. C’était le cas lorsqu’il fallait veiller au respect de la fermeture des frontières sénégalaises en pleine pandémie.

SENS DU DÉTAIL

Pilote du King Air 200, le capitaine Momar Khary Ndiaye rappelle : « On a eu à effectuer des missions au niveau de la zone militaire numéro 4 à Tambacounda où cet avion a été déployé en même temps qu’une vingtaine de personnes pour appuyer les commandements territoriaux des zones militaires numéro 2, numéro 4 et numéro 5 dans le cadre de la fermeture des frontières. Ce, pour s’assurer que l’interdiction ou la fermeture des frontières est effective et qu’il n’y ait pas des possibilités de pouvoir entrer au niveau du Sénégal au moment où l’Etat d’urgence était en vigueur. »

Les équipages de l’armée de l’air sénégalaise n’ont pas chômé : rien que durant un séjour en zone numéro 4, le capitaine Ndiaye et ses collègues, un autre pilote, un observateur et un photographe aérien, ont effectué ensemble 22 heures de vol.

Les missions, signale le militaire pilote, sont l’aboutissement d’une étude minutieuse portant sur leur faisabilité (étudier la météo, consulter les notices, calculer les performances de l’avion), les zones à couvrir, les risques encourus et les conditions de sécurité à respecter.

Capitaine Bissenty Laurant Gomis est le commandant de l’escadron de chasse du 1er groupement opérationnel. Il fait office de chef des opérations. Physique athlétique, la taille moyenne, teint clair, le sérieux et la sérénité se lisent sur son visage. Bien à l’aise dans son uniforme qui met en valeur ses biceps, il est prêt à décoller à tout moment.

De concert avec les différents commandants d’escadron (chasse, transport, hélicoptère), il veille au respect et au bon déroulement des activités aériennes. Lesquelles peuvent être des missions opérationnelles, des missions extérieures, des missions d’entrainement pour le maintien des compétences des équipages et des missions logistiques.

Capitaine Gomis signale que la préparation des missions aériennes de l’armée revêt une importance capitale. Il dit : « Cette phase va, plus ou moins, nous orienter sur le choix de la route à suivre pour le vol mais également le choix de l’altitude. Le but c’est de voler en toute sécurité tout en essayant, autant que faire se peut, d’éviter les zones orageuses, celles à fortes turbulences. Pour les performances de l’avion, ce sera en fonction de la météo du jour. Et il s’agira globalement de calculer les longueurs de pistes qu’il faudra pour le décollage et pour l’atterrissage également, calculer la charge maximale à emporter dans l’avion. Et enfin on va déposer un plan de vol. Il faut remplir le formulaire, l’indicatif de l’avion ; les équipements de survie, le nombre de personnes à bord. »

COVID 19, ÉVACUATIONS SANITAIRES, SURVEILLANCE

Les informations recueillies par l’équipage sont mises à la disposition du commandement, qui les exploite selon les besoins. Souvent, surtout dans le cadre de la surveillance des frontières durant l’état d’urgence, les éléments de l’armée de l’air communiquent avec les troupes au sol pour leur permettre, au besoin, d’aller intervenir ou de mener certaines autres activités.

Dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, les missions logistiques types évacuation sanitaire et de surveillance étaient fréquentes. Elles sont déclenchées depuis l’Etat-major général des armées. Elles sont transmises à la division des opérations qui, elle, active le chef de corps du premier groupement opération de l’armée de l’air.

« Arrivée au niveau des opérations, le chef des opérations désigne le commandant d’escadron qui va affilier la mission à l’équipage, renseigne le capitaine Gomis, qui distingue les missions déjà contenues dans le plan de charges et les ‘’inopinées’’. Pour l’évacuation sanitaire, cela dépend de l’urgence. On peut avoir deux niveaux. Un premier niveau qui est d’une très grande urgence. C’est-à-dire, dans les deux heures lorsque la mission est déclenchée, l’avion doit être en l’air. L’autre cas qui n’est pas tellement urgent, c’est dans les 24 heures que l’avion doit être en l’air. »

INSPECTION GLOBALE

La Casa 235 fait partie de la flotte de l’armée de l’air sénégalaise. C’est un avion qui peut effectuer un spectre très large de missions comme des missions classiques de transport de personnel ou de fret. Mais également des missions à caractère tactique dans le cadre de la projection rapide des forces en zone opérationnelle. Et, au-delà de ces missions, c’est un avion qui peut être configuré de manière à pouvoir faire des missions d’évacuation sanitaire en ayant dans la cabine des malades à des positions couchées ou assises, et l’équipe médicale.

« Pour nous, en tant que membre de l’équipage de conduite, cela ne change en rien notre manière de préparer la mission, prévient le lieutenant Mamadou Ndiaye, pilote du Casa 235. Sauf que si jamais le patient est sensible à l’aérotransport, c’est-à-dire s’il présente des symptômes qui peuvent s’aggraver avec une augmentation de l’altitude, il faut que l’on prenne cela en compte et, au besoin, adapter notre altitude. Pour cela, nous serons en collaboration avec le médecin qui sera à bord de l’avion. »

L’adjudant-chef Mouhamadou Moustapha Maguette Diouf occupe la fonction de mécanicien navigant, un métier qui n’est pas très connu. L’homme déborde d’énergie. Sérère bon teint, il n’a rien à envier aux mastodontes de l’arène. Mais sa grande taille et son intelligence sont des atouts qui lui permettent d’exercer son métier, sans problème.

En effet, le mécanicien navigant est le représentant technique du commandant de bord mais aussi son conseiller technique. Il est pourvu de connaissances très poussées sur tout le système de l’aéronef. Ce qui va lui permettre, à tout moment, de juger si l’appareil peut faire la mission, s’il est configuré en conséquence. En cas d’incident ou d’accident, il est capable aussi de donner un bilan technique au commandant de bord pour qu’il puisse prendre une décision qui va pouvoir préserver la sécurité et l’exécution de la mission.

Avant le décollage de l’avion, le mécanicien navigant fait le tour de l’avion. On appelle cette précaution inspection au sol. Les trois membres de l’équipage doivent obligatoirement la faire. Il s’agit de faire une inspection physique de tout ce qui est système de l’aéronef, les ailes, le moteur, les freins d’atterrissage, de vérifier la pression des roues, de regarder s’il n’y a pas de fuite évidente, s’il n’y a pas de défaut évident.

« D’autres inspections sont faites durant la mise en route, avant la mise en route et dès fois pendant le vol, souligne l’adjudant-chef Diouf. Au roulage, on fera certains tests moteurs et quand il y a certaines anomalies, cela peut nous conduire à faire d’autres inspections. Une fois qu’on atterrit, on aura des inspections après vol. Tous les trois membres de l’équipage feront encore une inspection pour dire qu’il n’y a rien à signaler. »

Comme quoi dans l’armée de l’air, on attache grand prix à la sureté.

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