« 98% des albinos sont analphabètes et illettrés », (Association)

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EDUCATION ET SANTE

98% des albinos n’ont pas accès à l’éducation ni à la santé encore moins à la formation. La révélation est faite par Mouhamadou Bamba Diop, le président de l’Association nationale des albinos du Sénégal. Il met les autorités étatiques sur le banc des accusés. Il intervenait lors du panel de l’exposition « Des femmes extraordinaires en Afrique de l’Ouest », organisée par Osiwa, en partenariat avec le Musée de la femme Henriette Bathily, ce mardi, 16 avril. « Nous avons un obstacle au Sénégal, le non-accompagnement de l’Etat dans sa globalité. Quand on parle de 98% d’albinos analphabètes et illettrés au Sénégal, c’est un problème parce que le ministère de l’Education nationale a failli à sa vocation, dit-il. Quand un enseignant vous dit ’’qu’il ne peut rien faire quand avec 90 enfants dans la classe, un albinos ne peut pas voir le tableau parce qu’il a des problèmes de vision, il ne peut pas participer à des activités sportives parce qu’il ne peut pas s’exposer plus de 30 minutes au soleil. »

Sans la crème solaire, l’albinos est vulnérable. « Aussi, déplore-t-il, dans beaucoup de pays, le produit est subventionné comme au Kenya où l’Etat débourse plus de 150 millions de dollars chaque année dans son budget pour la prise en charge des albinos. Au Sénégal, l’Etat débourse 500 mille F CFA seulement par an. Tout en sachant qu’une boîte de crème solaire coûte 45 mille F CFA. Quand on estime la population albinos a près de 10 000 individus, c’est un obstacle auquel les albinos sont confrontés. »

L’association, regrette par ailleurs son président, organise chaque année des consultations gratuites car « nous n’avons pas accès à la santé. » Ecœurée par la passivité de l’Etat, Maah Koudia Keïta, la présidente de l’association ’’Care albinos’’ et une des ambassadrices de l’exposition, indique que l’action sociale a eu à lui envoyer des cas pour qu’elle puisse accompagner ces personnes atteintes d’albinisme.

« Des citoyens à part entière »

Autre panéliste, Dr Abdoul Aziz Kassé dénonce une « marginalisation extraordinaire » des albinos. D’autant plus que le cancérologue indique qu’il faut 3,5 millions de F CFA pour traiter le cancer de la peau dont souffrent beaucoup d’albinos.

Selon lui, la sensibilisation doit être menée pour mieux connaître la maladie. Surtout que renseigne le spécialiste : « Si tous les jours, tous les albinos de ce pays porter un chapeau, s’ils étaient couverts, ils n’auront plus de cancer de la peau. Si, en plus, il était possible pour l’ensemble de ces albinos d’avoir des crèmes écrans. » « Les albinos sont des citoyens à part entière qui ont tous les droits », scande-t-il.

Stigmatisés lors des élections

Au-delà, les albinos sont victimes des « pouvoirs magiques » qu’on leur prête, regrette Bamba Diop. C’est pourquoi à l’approche d’élections, ils se font enlever et sacrifier par des politiciens sur instruction de leurs marabouts qui leur promettent de leur fabriquer des potions magiques à partir de membres d’albinos pour qu’ils gagnent l’élection. Accusés de sorcellerie, d’autres albinos sont « enterrés » dès leur naissance par leurs parents. C’est une des réalités qui expliquent que nombre de parents préfèrent garder leurs enfants albinos à la maison et ne pas les envoyer à l’école. »

Aujourd’hui, les panélistes plaident pour l’application du plan stratégique 2016-2021 notamment la « sensibilisation de masse » auprès des décideurs, des citoyens pour « une discrimination positive » des albinos. L’autre objectif fixé, selon Bamba Diop, est d’avoir un dermatologue dans chaque région pour cette population.

L’albinisme est une maladie héréditaire transmise de génération en génération, par des parents porteurs, tous les deux, du gène. Cette exposition est « un des volets » de la campagne d’Osiwa lancée en 2016, décrétée année africaine des droits humains par l’Union africaine (Ua), rappelle Khaita Sylla, représentante de l’organisation au panel. Dans le cadre du déroulement de leurs activités, Osiwa a nommé cinq (5) ambassadrices dont Maah Keïta, bassiste du groupe Takeifa et présidente de l’association ’’Care albinos’’.

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