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À L’OMBRE DES SITES D’ORPAILLAGE, LA PROSTITUTION ET LE TRAFIC DE MIGRANTS

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Dans le cadre de sa mission de sensibilisation, le Réseau développement et protection des droits des migrants (Reddem), avec l’appui de la Fondation Friedrich Ebert, a effectué une mission de 3 jours dans la région de Kédougou où il s’est enquis de la situation des ‘’travailleurs migrants’’ dans les sites d’orpaillage.

E. Ugochukwu est nigériane. Cette jeune dame est ‘’victime’’ de trafic de migrants. Elle a été acheminée à Kédougou par un réseau de trafiquants de migrants qui voulait faire d’elle une prostituée au niveau des sites d’orpaillage où le vieux métier est bien ancré. C’est une activité qui marche bien dans ces sites. Mais Ugochukwu, qui semble être bernée par ses convoyeurs, n’adhère pas à l’idée. Elle veut rentrer. Mais avant de retourner au bercail, elle doit rembourser la somme d’1 million 500 F CFA. C’est ce montant que ses convoyeurs lui ont fait dépenser avant de la faire venir au Sénégal. Elle doit le rembourser avant d’être libre de tout engagement. C’est sur ces entrefaites que E. Ugochukwu est entrée en contact avec l’ONG Sénégal, ‘’LA LUMIERE’’ pour une assistance.

Dans les sites d’orpaillagesl, elles sont nombreuses les filles étrangères, en majeure partie, des Nigérianes qui sont convoyées au Sénégal de la même manière que Ugochukwu. « C’est environ 1.500 filles nigérianes qui font de la prostitution dans les sites d’orpaillages entre les régions de Tambacounda et Kédougou », nous renseigne, le président des ressortissants nigérians, Francis Adedye.

5% de taux de prévalence au VIH chez les orpailleurs

La région de Kédougou est une zone d’attraction à cause de sa position géographie. Kédougou est frontalière avec le Mali la Guinée Conakry. La prostitution dans les sites d’orpaillage est une réalité. Le plus vieux métier au monde, n’étant pas interdit au Sénégal, les étrangères s’en donnent à cœur joie. C’est leur activité favorite. Ces filles arrivent en terre sénégalaise, avec l’aide de réseaux de proxénètes recruteurs. La prostitution a fait que le taux de prévalence du VIH est de 2% dans la région. Mais au niveau de la population des orpailleurs, ce taux a plus que doublé. Il est évalué à 5%.

Même s’il est difficile pour un journaliste d’identifier ces prostituées, tel n’est pas le cas, pour les responsables d’ONG humanitaire qui sont souvent sollicités lorsque ces ‘’travailleuses de sexe’’ ont des problèmes avec leurs convoyeurs (passeurs) ou leurs clients. C’est le cas de l’ONG La Lumière.

Dans un atelier d’échanges, tenu à Kédougou, samedi 27 novembre, 2021, avec les membres du Réseau développement et protection des droits des migrants (Reddem), les responsable de ‘’La Lumière’’ sont largement revenus sur la situation ces ‘’travailleurs migrants’’ dans les sites d’orpaillage de Kédougou. Selon son responsable administratif, Habib Bakhoum, si la prostitution a atteint ce niveau dans les sites d’orpaillage, c’est parce que : « la situation est devenue incontrôlable ».

Trafic de migrants

Au Sénégal, le délit de trafic de migrants, source principale de l’accroissement de la prostitution dans les sites d’orpaillages de Kédougou, est puni par la loi n°2005-06 du mai 2005. Cette loi stipule en son article 1er que : « Le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement, l’accueil de personnes par menace ou recours à la violence, enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou de situation de vulnérabilité ou par l’offre ou l’acceptation de paiement d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant l’autorité sur une autre, aux fins d’exploitation sexuelle, de travail ou de services forcés, d’esclavage ou de pratiques analogues à l’esclavage, de servitude est puni d’un emprisonnement de 5 à 10 ans et d’une amende de 5 à 20 millions de francs ». Elle poursuit en son alinéa 2 : « L’infraction est constituée lorsque le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil concerne un mineur, même si aucun des moyens énumérés à l’alinéa précédent n’est utilisé ».

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Mais, à en croire le président du tribunal de grande instance de Kédougou, Me Aline Diallo, il est rare d’ouvrir une audience, sans pour autant traiter un cas de trafic de migrants. « Le plus souvent ce sont des Nigérians », a-t-il révélé.
Au regard des dispositions de la loi indiquée, le délit de trafic de migrants est souvent établi. Parce que, d’après le président de la l’Association des ressortissants nigérians, M. Adedye, il y a pas mal de ses compatriotes qui sont convoyées au Sénégal sans pour autant savoir le vrai travail qu’elles vont exercer. « Ces réseaux de proxénètes, en grande partie dirigé par des hommes, sont au Sénégal. Ils ne travaillent pas. Ce sont eux qui emmènent les filles, ici, et les mettent sur le marché de la prostitution », a-t-il déploré. Mais, a-t-il reconnu, ces réseaux de trafics des travailleuses de sexes sont si huilés, qu’il est souvent difficile de mettre la main sur les responsables.

Le modus operandi pour ces réseaux consiste à aller dans des villages nigérians y recruter des filles vulnérables en leur promettant une situation meilleure au Sénégal. « Une fois les avoir convier du Nigéria, les filles vont faire escale à Cotonou. C’est dans la capitale béninoise que leurs recruteurs vont leur confectionner des documents (faux ?) administratifs avant qu’elles ne débarquent au Sénégal », indique Me Aline Diallo.

Reportage de Babacar FALL

2 décembre 2021


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