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A QUAND LES RÉPARATIONS POUR L’AFRIQUE ?

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Après deux semaines d’âpres négociations prolongées d’une journée, la 26ème édition de la conférence climat de l’ONU s’est achevée le 13 novembre 2021. Intitulées le « pacte de Glasgow sur le climat », les décisions adoptées par les 200 Etats négociants à la COP26 sont en deçà des attentes et se résument pour l’Afrique, en une interrogation : « A quand les réparations ? »

Sur l’ambition, les Etats n’ont pas réussi à impulser et à mobiliser pour le long terme la dynamique qui pourrait ramener et contenir le réchauffement planétaire à 1,5°C tel que préconisé par les scientifiques du GIEC et l’accord de Paris.

Même la préconisation relative à la révision des CDN dès 2022 en lieu et place de 2026, initialement prévue, et qui pourrait être considérée comme une avancée, est subordonnée aux « circonstances nationales ». Un prétexte que pourrait invoquer un Etat pour se soustraire à cet engagement.

En refusant notamment de rehausser ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre. Concrètement, le pacte de Glasgow mène l’humanité vers un réchauffement planétaire de 2,7°C.

Pour l’Afrique, cela signifie moins de rendement agricole, plus de sécheresses, plus d’inondations, plus de déplacement des populations internes et externes.
Sur la carotte qui incite l’Afrique à participer aux négociations climat, notamment les financements censés permettre aux pays africains à mieux s’adapter et à atténuer les effets néfastes du dérèglement climatique, l’engagement politique de 100 milliards de dollars par an pris en 2015 par les pays développés, contre une demande initiale comprise entre 750 et 1000 milliards de dollars par an exprimée par le groupe africain des négociateur-trices.s, n’ont pas été au rendez-vous de la COP26. Pire, 85% de ces financements qui sont abusivement comptabilisés au titre de financement climat par la France, sont pour certains de l’étiquetage d’anciens financements liés à l’aide publique au développement, et pour d’autres, des prêts qui réduisent davantage les capacités de développement des pays africains qui ont déjà beaucoup de difficultés à s’adapter aux conséquences du dérèglement climatique dont ils ne sont pas responsables.

Sur les financements liés aux pertes et préjudices, les pays développés dont l’Union Européenne et les États-Unis d’Amérique étaient les porte-paroles, ont torpillé l’initiative de financement des pertes et dommages proposée par le groupe africain des négociateur-trice-s (G77 + « Chine ») visant à permettre aux pays africains et aux États insulaires à juguler les dommages irréversibles du dérèglement climatique.
Au motif de l’allégation trompeuse selon laquelle celles-ci sont déjà financièrement prises en charge dans le cadre de l’aide humanitaire apportée aux pays sinistrés.

C’est une injustice climatique que les 10 millions d’euros promis par l’Ecosse, la Wallonie et l’Allemagne ne pourraient réparer. Cette injustice va occasionner des déplacements massifs des populations, dans un contexte européen de montée des extrêmes et de la xénophobie.

En effet, on ne saurait demander à une personne qui a perdu son habitat et son activité génératrice de revenus (agriculture, pêche, élevage) suite à une inondation, un séisme, un ouragan ou une sécheresse, de rester dans une zone sinistrée. Et pourtant, une partie de ces financements pourrait contribuer à l’accueil et à la réinstallation dans des conditions dignes de ces personnes fortement issues de l’Afrique subsaharienne, selon un rapport de l’ONU en date du 19 octobre 2021 qui met en évidence la vulnérabilité disproportionnée de l’Afrique. Le rapport souligne que le changement climatique a contribué à aggraver l’insécurité alimentaire, la pauvreté et les déplacements de population sur le continent l’an dernier. Et de ce fait, il indique que plus de 100 millions d’africains sont menacés par le réchauffement climatique d’ici à 2030.

Sur le marché carbone, les règles d’application de ce mécanisme plusieurs fois renvoyées lors de la COP24 et de la COP25 ont enfin été adoptées. Comme craint, elles autorisent une entité émettrice de gaz à effet de serre, à acheter des crédits carbones auprès d’une entité moins pollueuse, afin de continuer ses activités destructrices de la nature. Notamment l’exploration et l’exploitation des énergies fossiles.

Ces règles permettent en outre à une entité de verdir ses activités économiques, en compensant la pollution que génèrent ses activités, par le développement d’un projet bas ou pas du tout carbone. Sans pour autant contribuer au bilan global de réduction du réchauffement planétaire, dans la mesure où dans le même temps, ses activités polluantes continuent de générer des gaz à effet de serre.

Le permis de polluer a finalement été institutionnalisé, comme le souhaitaient les pays développés pour perpétuer le « business as usual ».

Le pacte de Glasgow sur le climat a entériné le fait que les pays développés n’envisagent pas de changer le modèle de développement basé sur l’exploration et la production des énergies fossiles qui a occasionné les dérèglements climatiques, et qui cantonne l’Afrique au rôle de « vache à traire » les ressources naturelles pour alimenter ce système, sans bénéfices pour ses populations.

Ibrahim MBAMOKO
Secrétaire Exécutif de l’Ong CarreGeo& Environnement, convié à la COP26 Glasgow 2021.

16 novembre 2021