ABDOU FALL TREMPE SA PLUME POUR LA PROMOTION DES LANGUES NATIONALES

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EDUCATION - RÉFORMES

Ancien ministre de la Santé et non moins éducateur et formateur, Abdou Fall fait le plaidoyer des langues nationales. Selon lui, leur apprentissage donne des performances beaucoup plus significatives aux élèves que l’apprentissage exclusif dans une langue étrangère ne pourrait assurer.

Vous êtes formateur, éducateur, mais également ancien ministre de la santé du Sénégal. Aujourd’hui, vous écrivez pour faire le plaidoyer des langues nationales. Quelles sont les motivations sur lesquelles reposent ce choix ?

D’abord dans le contexte de la semaine de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales, j’ai pensé qu’il était important que le débat sur les langues soit réinscrit dans l’agenda du débat public national. Ensuite, nous sommes dans un contexte de promotion d’une nouvelle politique, économique et sociale à travers le Plan Sénégal Emergent. Et l’acte II pose un point fondamental : l’exigence d’une véritable révolution éducationnelle pour que l’école puisse améliorer ses rendements et renforcer ses options dans les différentes filières. Nous voulons une école qui prépare à des métiers et nous voulons aussi une école qui prépare aux sciences et aux techniques. Également, nous voulons une école qui fait les meilleures performances dans les résultats scolaires. Et, l’expérience a montré que le recours aux langues nationales comme langue d’apprentissage de base est une des conditions majeures pour améliorer les rendements du système éducatif, autant en termes de taux de réussite qu’en termes de l’employabilité des jeunes au sortir de leur formation.

L’idée est que les langues nationales cohabitent avec les langues étrangères ?

Absolument ! Aujourd’hui, le Sénégal compte 25 langues officiellement recensées sur lesquelles les 22 ont été codifiées. Donc, nous pensons que ce sont des langues qu’on a suffisamment travaillées sur le plan scientifique, du point de vue de l’orthographe, de la séparation des mots, de la grammaire pour qu’elles puissent être utilisées comme langues d’enseignement. Et, le Sénégal dans le système éducatif, depuis l’époque du président Senghor, a développé plusieurs expériences de classes expérimentales dans les langues nationales. L’apprentissage dans les langues nationales donne des capacités, des performances beaucoup plus importantes à nos élèves que l’apprentissage exclusif dans une langue étrangère.

Pourquoi depuis lors, on n’a pas appliqué cela dans le système éducatif sénégalais ? Qu’est-ce qui justifie les résistances ?

Le problème qui se pose c’est la question que j’ai soulevée de façon fondamentale dans le texte que j’ai produit. L’Afrique a la particularité, au moment de notre accession à l’indépendance, d’être l’un des rares continents où les langues locales n’étaient pas écrites, contrairement aux autres pays comme la Chine, l’Inde... Toutes ces Nations avaient une écriture avant l’arrivée des colons qui ont importé leurs langues. Nous ne l’avions pas. Et toute la politique de promotion culturelle et sociale est passée par les langues étrangères en particulier l’Arabe et le Français. C’est pourquoi, au niveau du citoyen, il y a, a priori, des résistances à comprendre qu’on veuille presque utiliser leurs enfants comme cobayes. Et c’est cette façon de mal poser le problème qui justifie beaucoup de résistance qu’on a de la peine à surmonter. C’est pourquoi, il est essentiel qu’on ait ce débat national pour convaincre les communautés de manière à ce que l’Etat soit à l’aise pour faire faire le saut dans notre système éducatif et dans notre administration.

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