ABDOUL WAHAB SALL : « UNE FRONTIÈRE HERMÉTIQUE À 100% N’EXISTE PAS »

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JURY DU DIMANCHE

Faisant le bilan mensuel depuis l’apparition du premier cas de Covid-19 au Sénégal, 2 mars-2 avril 2020, le Directeur du Centre sénégalais des opérations d’urgences sanitaires (COUS), Dr Abdoulaye Bousso, révélait 40% de cas importés et 4% de cas communautaires sur les patients sous traitement. Ce, malgré la fermeture des frontières du Sénégal depuis le 20 mars dernier.


« Toutes les frontières du monde sont poreuses »

Issu de la police des frontières avant d’être promu Directeur de la sécurité publique, le commissaire divisionnaire de classe exceptionnelle Abdoul Wahab Sall ne manque pas d’arguments, abordant le niveau d’implication de la police nationale dans la fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes, imposée par le virus de Covid-19, dans le Jury du dimanche (JDD), émission de Mamoudou Ibra Kane, ce 5 avril, sur iRadio, et Itv.

Interpellé sur le nombre important de cas importés, il répond : « On ne peut pas imputer cela à la police des frontières. Je me rappelle quand j’étais le Directeur de la police des frontières, j’avais l’habitude de dire que le vocabulaire commun à toutes les polices des frontières du monde, c’est le caractère poreux. Toutes les frontières du monde sont poreuses. Vous avez l’exemple des Etats-Unis où le président avait voulu mettre un mur. Pourquoi ? Parce qu’il y avait des échappées des Mexicains qui, de l’autre côté de la frontière, tentaient de rejoindre illégalement les Etats-Unis. Une frontière hermétique à 100%, ça n’existe pas. Pour le cas du Sénégal, je dirai que des efforts substantiels ont été faits. D’abord, en matière d’équipements. Vous avez aujourd’hui des unités fluviales, qui patrouillent le long de la frontière que ce soit la police ou la gendarmerie. Vous avez des Brigades. Malheureusement les frontières sont tellement loin que les gens ne se rendent pas compte de l’action qui est faite mais il y a une action quotidienne de patrouilles. Je dirai qu’on fait un excellent travail. Ce n’est pas pour rien aujourd’hui quand même que le Sénégal n’est pas atteint par la menace terroriste. Ça quand même, il faut le saluer. »

Aussi, souligne-t-il : « L’action n’est pas opérationnelle seulement, il y a aussi le renseignement. Ce système est allié aux patrouilles et à la modernisation des équipements notamment des postes. Par exemple, à Karang, vous avez le même dispositif qu’à l’aéroport, par rapport à la surveillance des entrées et des sorties, sans compter le renforcement des capacités humaines. »

Le cas des Sénégalais de l’extérieur

Le cas des Sénégalais de l’extérieur qui regagnent le bercail se pose avec acuité. Sur ce point, affirme Sall, « Vélingara a été le seul cas répertorié, et cela a été géré par les services de sécurité en relation avec les services sanitaires. »

Poursuivant, le policier insiste : « Il n’y a pas une protection à 100% d’une frontière terrestre. Les frontières terrestres sont extrêmement difficiles à surveiller surtout avec la libre circulation des personnes et des biens, liée à l’impératif lié à la pandémie. C’est la grande question au-delà même de la pandémie : impératif sécuritaire et libre circulation des personnes et des biens. C’est une problématique qui se pose dans tous les espaces communautaires (espace Shengen, CEDEAO, etc.). Il faut un équilibre et je crois que c’est en fonction des circonstances. Le principe de libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO n’a pas empêché le Sénégal, dans un contexte de menace sécuritaire de prendre des mesures supplémentaires de sécurité. Je vous parlais tout à l’heure de la modernisation du système de contrôle, aujourd’hui quelle que soit sa nationalité, tout voyageur est répertorié à l’entrée, et s’il figure dans des listes de référence, par exemple s’il est recherché par Interpol, il est tout de suite bloqué à la frontière. »

A Vélingara, 7 Sénégalais, interceptés à la frontière en provenance du Libéria, ont été testés positifs au coronavirus. Kolda devient ainsi la 8e région touchée après Dakar, Diourbel, Thiès, Saint-Louis, Fatick, Ziguinchor, et Tambacounda.

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