ACCAPAREMENT DU LITTORAL : « IL FAUT FAIRE ATTENTION À NE PAS EXCÉDER LES POPULATIONS »

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LR DU TEMPS

L’accaparement du littoral au Sénégal passé au peigne fin dans Lr du temps de ce dimanche, 14 juin, sur iRadio et Itv. Pour en parler, le journaliste Alassane Samba Diop a reçu Rosnert Ludovic Alissoutin, juriste et expert foncier, et Hady BA, enseignant-chercheur spécialisé en Sciences cognitives. Les deux invités s’accordent à dire qu’on assiste à une véritable "catastrophe". Et qu’il faut "rectifier vite le tir".

Alors que les termes sont clairs, rappelle d’emblée le spécialiste : "Le littoral est en bordure de mer, et ce territoire fait partie du Domaine public maritime (DPM). Par conséquent, il est insusceptible d’appropriation privée. Pourquoi ? Parce qu’il est laissé au public, c’est ça le principe. Mais cette (question) n’est pas absolue. Parce qu’il y a de plus en plus ce qu’on appelle la gestion privative du domaine public. Il n’est pas illégal que l’État en prenne une partie, la confie à un privé qui l’exploite à son profit et celui de l’État. Donc, il payera des redevances mais on demande à ce que les installations soient légères et démontables. Ce terme-là aussi il va évoluer. Car, l’esprit c’est quoi ? A chaque fois que l’État a besoin de ces terres, vous partez très rapidement parce que vous avez la possibilité de démonter tout. Mais aujourd’hui, est-ce qu’on est pas à un niveau où on ne peut pas même casser un bâtiment parce que les gens sont à un niveau technologique où ils peuvent en trois jours enlever un immeuble."

D’autant plus qu’indique-t-il, "confier" ce DPM, qui est par excellence domaine public "naturel" à des privés "et empêcher des populations riveraines d’accéder à la mer, c’est inacceptable moralement."

Aujourd’hui, le constat est fait sur le littoral, avec les hôtels, on est loin des constructions artificielles. Là, "l’incohérence de l’État’’ est pointé du doigt, "Qu’on fasse des hôtels sur la mer, ce n’est pas mauvais mais comment on le fait ? Est-ce qu’il y a concertation avec les populations ? Est-ce qu’il y a prise en charge de l’Environnement pour maîtriser les risques ? Est-ce qu’on s’est dit on va construire des hôtels mais on ne va pas en mettre partout ? Voilà une superficie à ne pas dépasser ? Mais ce qui se passe à Dakar, c’est trop", charge Alissoutin. Qui embraie : "En dehors des hôtels, il y a des privés (qui ont les pieds dans l’eau, ne respectant) pas les cent mètres de distance. Ce n’est pas normal."

Hady BA va plus loin : "Le problème, ce n’est pas la loi mais les pratiques. C’est surtout le fait que nul ne prend ses responsabilités. Quand on confie à un préfet la possibilité de délivrer des permis de construire, cela ne me pose pas problème. Parce que, quand en dernier recours il faut que cela soit fait quand le maire n’a pas voulu on ne l’a pas fait. Le problème plus fondamental est le suivant : Est-ce que l’administration est au service des personnes qui, ponctuellement, sont au pouvoir ? Ou est-ce que l’administration est au service de l’État et de la République ?".
En conclusion, l’alerte est ainsi lancée, "faire attention à ne pas excéder le peuple sénégalais".

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