« AFFAIRE CIGOGNE BLEUE : CRISE SOCIÉTALE ET INVITE AU PARDON » Par Imam KANTE

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Contribution

Suite au décès d’un de leur bébé à la crèche « Cigogne bleue », les parents ont cru bon de porter plainte pour « négligences » et « violences », « à la mémoire de leur enfant » selon les termes mentionnés dans la presse. Après avoir présenté nos condoléances aux parents éplorés, nous ne pouvons que respecter leur choix de saisir la justice à ce sujet. Toutefois, et en toute humilité, nous invitons les parents éplorés à pardonner et à retirer leur plainte pour les raisons qui vont suivre.

En effet, si des parents décident de confier leur bébé de 10 mois aux soins d’une crèche, c’est qu’ils ne sont pas disponibles à cette fin et sollicitent les services de ce genre de structure : c’est une demande sociale qui renseigne sur les évolutions de notre société. Dès lors, le personnel qui délivre ce service très délicat aux enfants et notamment aux bébés, mérite notre respect, notre empathie et notre solidarité. Ce type de services est très prenant, délicat et noble. Il a un coût mais pas de valeur marchande même si le système capitaliste nous « oblige » de plus en plus à tout voir sous le prisme de la marchandise.

Il ne faut pas oublier que ces structures et le personnel qui y travaille ont pour missions de s’occuper de personnes humaines à un stade délicat de leur développement physique, psycho-affectif et autres. C’est connu, dans nos pays, souvent les structures ne sont pas bien équipées et le personnel pas suffisamment formé aux normes qui sont exigées ailleurs où on est plus regardant sur les services sociaux de base et notamment les services aux personnes. Sous ce rapport, des accidents évitables sous d’autres cieux ne le sont pas sous les nôtres.

Nous devons tous et toutes assumer cette vulnérabilité et ces faiblesses structurelles de nos services sociaux. Cela implique de ne pas basculer dans la fuite en avant quand un accident survient au sens de trouver quelques personnes sui seraient les seuls responsables des dysfonctionnements en cause.

Il ne faut pas non plus se voiler la face au sens où même dans les structures les mieux équipées au monde avec le personnel le mieux formé, des accidents peuvent survenir et surviennent. Il n y a pas de services délivré avec zéro risques. Dans nos pays, le manque ou l’insuffisance d’équipements adéquats, les manques en termes de formation du personnel, la surcharge de travail, etc., sont des facteurs aggravants pour les risques d’accident.

Accepter cela tout en se mobilisant pour que cela aille mieux est déjà une attitude déterminante pour avoir une lecture lucide et humble du genre de drame qui est arrivé à ce bébé de 10 mois à la crèche « La cigogne bleue ».

Est-il utile de signaler que personne n’est à l’abri d’erreurs et que tout le monde peut commettre des négligences dont par ailleurs, seule une enquête en bonne et due forme peut établir la nature, les cause, l’ampleur ainsi que les personnes à qui les imputer directement ou indirectement. Il peut arriver et il est arrivé qu’un parent, le père ou la mère commette une erreur ou soit auteur d’une négligence qui coûte la vie à son propre enfant ou provoque des blessures et autres traumatismes graves sur sa personne ! Toutes choses qui militent en faveur de l’indulgence, de l’humilité et de la compassion à l’égard du personnel qui s’occupe de ce service très délicat qui concerne les enfants et les bébés.

Même en cas d’accident grave ou mortel, faut-il oublier que le personnel de ces crèches et d’autres structures qui délivrent des services aux enfants finissent par développer une relation psycho-affective avec ces enfants et bébés plus forte que celle qui existe entre ces derniers et leurs parents biologiques ou de tutelle ?

Faut-il oublier que c’est dans ce qu’on fait tous les jours et notamment son activité professionnelle que l’on est exposé à des risques et des erreurs que l’on peut être l’auteur de négligences qui peuvent avoir des conséquences plus ou moins graves ?

Comme tout le monde, le personnel en cause dans ce triste accident qui a coûté la vie à un bébé de 10 mois a droit à l’erreur même si ces erreurs ne sont pas de même nature que celles afférentes à des objets et des moyens, car touchant à la vie humaine, nous sommes d’accord.

On peut donc comprendre et respecter la souffrance des parents éplorés au cas où des erreurs et négligences notoires seraient établies de façon irréfutable en rapport avec le décès de leur enfant. Mais faut-il aller en justice pour ce genre d’accident, ne faudrait-il pas privilégier le dialogue et le pardon à la place du tribunal, même si la mode est en train d’imposer la judiciarisation à tout va de nous malentendus, conflits et autres désaccords ?

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