« AFFAIRE DIARY SOW » : ET SI ON ARRÊTAIT LA PERSÉCUTION ?

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CONTRIBUTION

En apprenant la disparition de Diary Sow, les Sénégalais – toutes strates confondues – se sont mobilisés dans un bel élan de solidarité, avec une seule et même préoccupation : retrouver la jeune femme saine et sauve.

Aujourd’hui que Diary a été retrouvée, la quête effrénée de scoops amène certains médias à la soumettre à une persécution insupportable qui frise le voyeurisme. On cherche à savoir si elle a le droit de continuer à bénéficier de sa bourse, on étale son état de santé sur la place publique, on va jusqu’à visiter sa chambre en résidence universitaire (son espace privé), etc.

Je rappelle que Diary Sow n’a que 20 ans, non pas pour dire qu’elle n’est pas responsable – car, par le passé, elle a prouvé le contraire – mais pour souligner qu’elle est encore jeune et a besoin de temps pour se forger une carapace face aux vicissitudes de la vie.

La surmédiatisation dont elle a fait l’objet ces deux dernières années, le décès brutal de son père, les programmes qui frisent le bourrage de la prépa, son ambition intellectuelle généreuse mais trop intense (effort d’allier cours et écriture), etc., se sont superposés pour constituer un fardeau difficile à porter, aussi bien physiquement que mentalement.

Si à cela on ajoute toute la pression médiatique en cours, n’importe qui devrait pouvoir comprendre que l’on fait un grand tort à Diary et à sa famille. J’en appelle au bon sens de tous. Rendons à cette jeune femme son intimité, sa soutoura. Elle a des gens qui ont la légitimité de s’occuper d’elle, le cas échéant.

En corollaire, toute cette expérience m’amène à poser la question de savoir à quand la fin du mythe des écoles préparatoires françaises. N’est-il pas grand temps de créer nos propres pôles d’excellence, de rang mondial, ici au Sénégal ou à l’échelle sous-régionale ? Notre pays a tout le potentiel pour cela. Un ingénieur en génie sorti de l’EPT, un médecin formé à la Fac de Médecine de l’UCAD, un ingénieur agronome diplômé de l’ENSA de Thiès, etc., n’ont aucun complexe devant leurs collègues du Nord. Bien souvent, la différence réside dans l’environnement de travail, que notre pays peut construire. L’essentiel est d’avoir la volonté politique d’y arriver et une claire perception des enjeux que constituent la formation, la recherche et l’innovation.

Que l’on se comprenne, l’idée n’est pas d’encourager la culture du vase-clos. Nous faisons partie de ceux qui pensent qu’il faut « aller chercher le savoir jusqu’en Chine ». En revanche, si l’on veut donner la primauté au développement endogène, nos enfants doivent pouvoir trouver ici, chez eux, des formations de haut niveau. Cela n’empêcherait pas la mobilité de nos cadres, car l’on a toujours besoin d’apprendre des expériences des autres, de faire du benchmarking.

En attendant, arrêtons de persécuter Diary en mettant fin à la médiatisation et en priant pour elle.

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