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ALIOU CISSÉ SE LA JOUE OFFENSIF

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En déplacement à l’hôtel des envoyés spéciaux de la presse sénégalaise à Bafoussam, Aliou Cissé a enlevé les gants pour répondre aux différentes critiques qui accompagnent le premier tour très poussif de son équipe. Sans la langue de bois habituelle qui caractérise ses sorties médiatiques, le sélectionneur national a abordé tous les sujets en mode offensif. Morceaux choisis.

PHASE DE POULES : « Cette Can se joue au mental »
« Quand vous voyez aujourd’hui, le Malawi est là, les Comores aussi. Moi personnellement, cela ne m’étonne pas. Parce que les débuts de Can, ces équipes arrivent avec beaucoup de fraîcheur physique et de motivation. Mais, je sais qu’au fur et à mesure de la compétition, on va voir les grandes équipes monter en régime. C’est ce que nous voulons faire. En 2019, on a connu ces périodes avec notre défaite contre l’Algérie en poule. On a su avoir le mental fort. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore perdu de match. Mais, quand on est le Sénégal, les gens attendent qu’on fasse beaucoup mieux que ça. Nous devons faire beaucoup mieux que ça. Nous sommes prêts à (le) faire. Il nous faudra mentalement être très costauds, très forts.

Mais surtout garder cette sérénité qui est importante, qui fait qu’en un moment donné les joueurs pourront se libérer et qu’ils ne seront pas tétanisés par l’enjeu. Rester concentrés parce qu’ils ont le niveau pour aller loin dans cette compétition. C’est une Can qui se joue au mental. Il suffit de voir l’Algérie, qui s’est procurée beaucoup d’occasions sur le premier match mais n’a pas su les concrétiser et cela a impacté la suite de sa compétition. Aujourd’hui, sincèrement, on a vu peu d’équipes, mêmes les favorites, jouer à leur meilleur niveau. L’équipe la plus prête mentalement, qui parviendra à effacer les doutes qui vont s’installer, c’est cette équipe-là qui sera capable d’aller loin. J’espère que mon équipe en fera partie. »

LE CAP-VERT, EN HUITIÈMES : « Une équipe qui nous convient »
« C’est une équipe qu’on connaît. Peut-être ces six dernières années, on a joué contre eux trois ou quatre fois. Récemment, on les a rencontrés à domicile en match amical (victoire 2-0, en juin 2021 à Thiès). C’est une équipe qui joue à cinq derrière, trois au milieu et deux devant. On les avait battus chez nous. On sait que le contexte est différent. Nous allons vers un 8ème de finale qui sera très disputé.

En réalité, l’objectif est de gagner et continuer à avancer dans la compétition. Nous sommes conscients de ces genres de match. Les quatre matchs qui nous restent sont très importants. Nous savons que techniquement, c’est une équipe qui est au-dessus de la moyenne. Une équipe joueuse qui ne jette pas le ballon et ça peut nous convenir. Entre le Cap-Vert et le Sénégal, ce n’est jamais facile. Ce sont deux pays voisins. Nous le préparons de la meilleure des façons, avec beaucoup de sérénité. On a quatre à cinq jours pour bien préparer le match. »

LACUNES DANS L’ANIMATION OFFENSIVE ET DEVANT LE BUT : « Ça pose problème »
« C’est vrai que marquer un but sur penalty en trois matchs avec toutes les qualités offensives que nous avons, ça pose un peu problème. Mais dans le football, il est plus facile de défendre que d’attaquer. Marquer un but, ce n’est pas évident surtout en Afrique. Aujourd’hui, nos joueurs sont surveillés, ils savent qu’il y aura toujours un marquage serré. Il nous manque vraiment cette efficacité. On y travaille. Quand vous voyez que Krépin Diatta et Ismaïla Sarr, qui s’occupaient de cette animation ne sont pas là, on perd cette percussion devant. Les adversaires sont très à côté de Sadio Mané. Il a des prises à deux, à trois, parfois à quatre. Il faut que d’autres joueurs prennent leurs responsabilités. Devant le but également, quand vous avez l’occasion de tuer le match, il faut le faire. Tant que vous ne marquez pas, l’adversaire peut vous emmener en prolongations et aux tirs au but. Il nous faut retrouver cette confiance qui faisait notre force. Mais je n’ai pas de doute là-dessus. On va retrouver cette efficacité. Mais ce que je retiens depuis le début de cette campagne, c’est que défensivement, nous sommes très forts. Dans le jeu, on a beaucoup à dire. Nous savons que nous devons progresser. Je vous assure que nous allons progresser. Nous travaillons tous les jours pour avoir les meilleures animations. On a cette motivation, nous avons les joueurs qu’il faut. Donc, il va falloir que la confiance revienne. Je suis le premier à ne pas être satisfait du jeu. »

LES SOUCIS OUBLIÉS, MONTÉE EN RÉGIME ASSURÉE ? : « Ce ne sont pas des prétextes »
« C’est vrai qu’on termine mieux les matchs qu’on ne les commence et cela s’est vérifié lors des deux derniers matchs de groupes. On démarre mal, mais on termine bien. Contre le Malawi, c’était équilibré en première période. En deuxième mi-temps, on a vu une équipe du Sénégal qui est montée en régime. Mais cela ne m’étonne pas, parce que les joueurs ne sont pas au même niveau sur le plan physique. Il y a eu cette maladie (Covid-19) et ce manque de préparation. On n’a pu aller à Kigali pour des raisons que vous connaissez. En plus, depuis le 27 décembre jusqu’à la veille du match contre le Malawi, je n’avais pas à ma disposition la totalité de mon groupe. Sont revenus : Nampalys Mendy, Kalidou Koulibaly, Édouard Mendy… Pour être honnête, je ne m’attendais pas à un Koulibaly des grands soirs, parce que le Covid, pour les gens qui l’ont eu, savent pertinemment que ça use le corps et c’est difficile de le faire évacuer. J’ai entendu certains dire que maintenant que le Sénégal a récupéré tout son effectif, on va voir contre le Malawi, comment cela va se passer. Mais, les gens qui connaissent le football et la préparation physique, savent que ces garçons-là ne pouvaient pas être directement à 100 %. Nous avons espoir que ces quatre joueurs là avec notre préparateur physique, avec nos médecins, nous arriverons à hisser un tout petit peu leur niveau pour que d’ici les quarts de finale, qu’ils soient à leur meilleur niveau. Mais ce ne sont pas encore des excuses. On n’avait pas le choix. Il fallait les faire jouer contre le Malawi pour mieux préparer les huitièmes de finale. Tous ceux qui ont joué au football savent que ce ne sont pas des prétextes, mais des données réelles, vérifiables qui ont perturbé notre début de compétition et savent aussi que les joueurs concernés ne pouvaient pas venir et être directement au top physiquement dès le premier match. Maintenant, j’espère qu’on va monter en puissance, avec le temps qu’on a eu avant les huitièmes de finale, mais ce n’est pas pour autant que c’est garanti. Rien n’est garanti, les corps ne réagissent pas tous de la même façon. Avec mon staff, on travaille pour que les joueurs se libèrent. Pour la suite, il faut jouer avec beaucoup plus de sérénité et de tranquillité. »

RISQUES PRIS AVEC ISMAILA SARR : « Aucun complexe vis-à-vis de Liverpool ou Watford »
« On ne jouera jamais avec la santé des joueurs. Si on l’a convoqué, c’est parce qu’on a espoir qu’il nous revienne dans les meilleures conditions. Nous n’avons aucun complexe vis-à-vis des staffs des clubs, que ce soit Liverpool ou Watford. Nous avons des médecins et des kinés qualifiés au même titre que leurs médecins ou kinés et moi je m’en réfère à ce que me dit mon staff médical. À ce niveau, les sensations du joueur sont aussi importantes. Je suis en étroite collaboration avec le kiné qui s’occupe de lui à Barcelone. On nous envoie tous les jours les vidéos du garçon. Sa préparation et rééducation sont en train de progresser. Quand il va quitter l’Espagne pour venir, c’est pour être directement intégré dans le groupe, être opérationnel. On est vraiment optimiste le concernant car sa préparation se déroule très bien. »

MENACES SUR SON POSTE DE SÉLECTIONNEUR : « Mon avenir ne me préoccupe pas »
« Je suis en pleine compétition. Quand vous êtes sélectionneur d’une équipe comme le Sénégal, vous aurez toujours des gens qui viendront vous donner des leçons, qui viendront vous dire qu’ils connaissent mieux votre métier, vous dire comment faire votre travail et parler de votre avenir. Cela intéresse ces gens qui en parlent. Moi, mon avenir ne me préoccupe pas. Seul Dieu sait en réalité. Je suis quelqu’un qui travaille pour son pays, qui aime son pays. J’ai aussi une histoire avec cette équipe nationale du Sénégal. Je ne suis pas un cheveu qui est tombée dans la soupe. Je suis dans ce football depuis 1999. Je l’aime, je continue à le faire. L’après Can, honnêtement, je n’y pense pas. Ce à quoi je pense, c’est le match contre le Cap-Vert. C’est sur ça que je suis concentré. Pour le reste, on fera le point après. »

De nos envoyés spéciaux à Bafoussam

22 janvier 2022


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