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ALIOU CISSÉ, SEUL CONTRE TOUS

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Toutes proportions gardées, Aliou Cissé a de nombreuses similitudes avec Didier Deschamps, sélectionneur de l’équipe de France. Les deux ont évolué sur le terrain dans des positions similaires, et brillaient plus par leur engagement, leur abnégation, que par leur virtuosité technique. Ils étaient des leaders sur le terrain et ont porté comme joueurs le brassard de capitaine de leurs sélections respectives. Mais là où la ressemblance devient fascinante c’est que tous les deux ont participé sur le terrain ou désormais sur le banc aux grands moments de gloire de leurs sélections. Deschamps a gagné la coupe du monde avec la France comme joueur et entraîneur. Aliou Cissé a joué deux finales de CAN, été de l’aventure sénégalaise aux Jeux Olympiques (une première), et participé aux deux seules phases finales de coupe du monde du Sénégal. La grande différence entre les deux, qui est de taille tout de même, est que l’armoire à trophées de Deschamps est bien garnie alors que Cissé multiplie les places d’honneur. Ce qui à l’échelle sénégalaise n’est pas si mal, puisque personne ne peut se targuer d’avoir fait mieux que lui.

Sous sa conduite, d’ailleurs, le Sénégal vient d’inscrire son nom dans les annales de l’histoire avec un record de longévité sur le plan du leadership continental.

Pourtant, sept années après sa prise de fonction, on ne peut pas dire que l’ancien joueur du PSG bénéficie d’un immense crédit auprès des fans, de ses anciens coéquipiers en sélection, et de tout ce que le Sénégal compte de consultants assermentés en football. En résumé, Aliou Cissé récolte peu de louanges pour ses états de service globalement satisfaisants mais subit les pires avanies à la moindre contre-performance, en témoigne la curée qui s’est abattue sur lui après le match nul à domicile contre la modeste équipe d’Eswatini. Quand ça marche c’est grâce aux joueurs, quand la machine est rouillée la faute lui en incombe à 100%. Tel est le sort d’un homme qui subit depuis 2015 un procès en légitimité et voit constamment l’épée de Damoclès d’un licenciement planer au-dessus de sa tête.

Alors que le Sénégal débute cette après-midi sa campagne camerounaise, Aliou Cissé se voit assigné une tâche sans équivoque : gagner ou dégager. Le ministre des Sports, Matar Ba, le lui a affectueusement fait savoir, il y a quelques mois, en pleine négociation sur la prolongation de son contrat. Henri Camara, Kalidou Fadiga et El Hadj Diouf lui ont rafraîchi la mémoire, très récemment, sans oublier l’inénarrable Cheikh Tidiane Gomis, qui a fait du Cissé-bashing son fonds de commerce.

Après tout, Aliou Cissé n’a pas le droit de perdre ! Le Président de la République lui-même l’a dit : “Nous sommes les meilleurs techniquement et tactiquement. On veut la coupe ou rien”. Tout se passe comme si Sadio Mané, Kalidou Koulibaly et Cie sont les équivalents de la Dream Team américaine de basket qui écrasait tout sur son passage lors des Jeux olympiques de 1992, ou du Brésil de la coupe du monde 1970, pour rester dans le football.

Ne nous voyons-nous pas un peu trop beaux ?

Cette équipe du Sénégal peut nourrir l’ambition légitime de remporter la CAN, mais elle ne donne pas la sensation d’écraser la concurrence, aussi talentueuses que soient ses individualités. Par ailleurs l’histoire du football regorge de grandes générations de joueurs à n’avoir connu que la disette :le Ghana des années 90, la Côte d’Ivoire de Drogba, le Sénégal de Bocandé ou de Diouf, l’actuelle Belgique, les Pays-Bas toutes générations confondues (hormis le sacre européen de 1988).

Dès lors l’ultimatum fixé à Aliou Cissé traduit un gros déficit de culture sportive et apparaît, disons-le, comme un chantage injuste. On n’a pas le souvenir d’une telle mise en demeure dans l’histoire récente du sport.

Aliou Cissé est loin d’être un coach parfait, le jeu produit par l’équipe nationale est généralement très ennuyeux, mais il n’a rien fait pour mériter d’avoir constamment un couteau sous la gorge. Bien au contraire, son bilan éloquent devrait lui valoir un minimum de considération, de surcroît lorsque l’on se remémore l’état dans lequel était l’équipe nationale avant sa prise de fonction.

Par Adama NDIAYE

10 janvier 2022


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