ALIOUNE TINE : « LA MORT DE DÉBY EST SUSPECTE ET POURRAIT ÊTRE UN COUP D’ÉTAT »

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JURY DU DIMANCHE

Président en exercice depuis 30 ans, Idriss Déby, réélu pour un sixième mandat avec 79,32 % des suffrages exprimés lors de la présidentielle du 11 avril, a été tué le 20 avril dernier. « Sa mort est tragique et c’est une mort suspecte. Les gens demandent qu’une enquête soit ouverte », a d’emblée déclaré Alioune Tine, interpellé, devant le Jury du dimanche sur cette triste nouvelle. Cependant, il a indiqué qu’il sera très difficile de dire à l’heure actuelle en quoi la mort est suspecte mais, signale-t-il, il y a des paradoxes. Il explique : « Vous savez la guerre, c’est une façon de faire la politique. Et ici, nous avons deux choses : on nous a annoncé qu’il a gagné les élections avec près de 80% et le lendemain on nous dit qu’il a été tué dans le cadre d’une guerre civile. C’est ça le paradoxe. C’est cela qui mérite réflexion ».

Deby et le Tchad étaient pratiquement les garants de la sécurité au Sahel et sur le bassin du lac Tchad. Aujourd’hui, ce sont les gens du G5 Sahel et de la France qui sont garants de la sécurité du Tchad. « Aujourd’hui, il a fallu la mort de Deby pour qu’on rappelle les 1200 soldats qui étaient dans la zone de lutte pour sécuriser le Tchad. C’est un coup d’Etat. Ils ont dissous le parlement et le gouvernement. Ils ont instauré le couvre-feu et ont fermé les frontières. Ils ont pris le pouvoir à la place du président de l’Assemblée nationale. L’Union Africaine est presque morte à cause des présidents », énumère-t-il pour le regretter.

« Cette disparition de Deby est un échec sécuritaire »

Pour lui, il n’y a qu’une enquête indépendante internationale qui peut aider à faire jaillir la vérité sur la mort de Idriss Deby. « Si la mort d’un homme devient une espèce de menace pour son pays ou pour toute la région, cela veut dire qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas et qu’il faut changer. Et le fait de miser sur le taux sécuritaire est un échec. Il faut prendre acte. On est dans le désarroi. Que va devenir le G5 Sahel sans Deby. Cette disparition de Deby est un échec sécuritaire dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. En réalité, on ne peut pas compter sur une force étrangère pour sous-traiter sa propre sécurité. Et l’Afrique sous-traite sa sécurité et il faut y mettre un terme », dénonce Alioune Tine, ajoutant que « La réflexion consiste à voir quelles sont les stratégies pour la sécurité régionale par rapport aux menaces actuelles et quelles sont les réponses africaines. L’Afrique n’a pas la main sur le Sahel et ces problèmes de sécurité ne sont jamais évoqués par les partis politiques ».

« Il faut faire de grandes assises pour repenser les transitions démocratiques »

S’agissant des conséquences de la mort de Idriss Deby dans la lutte contre le terrorisme, il souligne que « c’est une vulnérabilité globale et c’est une vulnérabilité au Tchad parce que l’armée est divisée au Tchad. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est faire de grandes assises pour repenser les transitions démocratiques et repenser les Etats. On ne peut pas avancer si on ne procède pas à une réflexion globale. C’est Macron le patron du G5 Sahel. Sur le plan de la sécurité, diplomatique et la recherche des moyens c’est important ».

Par ailleurs, il a été interpellé sur la demande de mise en liberté provisoire sollicitée par Hissène Habré, l’ancien président Tchadien condamné à la peine de travaux forcés à perpétuité et qui a été rejeté par le juge d’application des peines. Alioune Tine d’indiquer : « Je n’envisage pas de mettre Hissène Habré en liberté définitivement. Je parle du détenu qui a 78 ans qui a les maladies de son âge, lui accorder une demande de mise en liberté provisoire est une question humanitaire. Il a demandé 6 mois, je pense que ce n’est pas demandé la lune. Je suis en phase avec les victimes pour qu’elles aient les indemnités mais j’estime qu’il a des droits et il faut les respecter ».

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