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ALORS ON DANSE ?

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La gouvernance du football mondial aura rarement été aussi ébranlée de toutes parts qu’en cette année 2021. Entre fronts ouverts ici et ailleurs, conflits larvés ou guerre froide entre dirigeants aux ego démesurés, on se serait cru dans un ring hors contrôle de la Wwc. De la mascarade consensuelle à la tête de la Caf au duel de gladiateurs entre géants d’Europe et l’Uefa à propos de la Superligue en passant par les joutes verbales à fleurets mouchetés entre Ronaldo, Messi et Mbappé et les dirigeants respectifs de la Juve, du Barça et du Psg, les itératifs débats à propos des discriminations au sujet du Ballon d’Or… 2021 nous a servi une cuvée mémorable.

Et là tu te dis que c’est fini car pire que ça ce serait la mort. Quand tu crois enfin que tu t’en sors, quand y en a plus… et ben y en a encore !

Hier donc, la grande Union européenne des associations de football (Uefa), si souvent présentée en modèle d’organisation, en premier de la Classe Foot qui a tellement d’attributs à faire valoir qu’il défie le maître Fifa, s’est couverte de ridicule en mondovision. Dans un exercice d’exhibition que maîtrisait parfaitement son ex-Secrétaire général Gianni Infantino, désormais passé capitaine d’une autre équipe rivale, la cérémonie de tirage au sort des huitièmes de finale de la prestigieuse Champion’s League a été un grand flop marqué par un mémorable big fail : Au moins trois erreurs manifestes ont été relevées. La boule de Manchester United a été tirée face à Villarreal alors que les deux clubs sortent du même groupe. Celle de Liverpool s’est retrouvée dans le même pot que celle de l’Atlético Madrid alors que ces deux clubs sont également issus du même groupe. Et enfin, la boule de Manchester United était absente du pot de l’Atlético.

À croire que tout était au point pour réaliser la légende des boules chaudes chargées d’orienter les tirages en faveur de X ou Y club ou d’offrir aux diffuseurs un duel vendeur entre Messi et Ronaldo, fussent-ils sur une pente descendante après plus d’une décennie au sommet. Puis, l’institution dirigée par Aleksander Ceferin a fini par se faire violence pour reprendre intégralement le processus après que la première clameur est venue du pays d’origine du football pour se propager sur toutes les pages de la toile et se terminer au tribunal impitoyable des réseaux sociaux.

Pour Florentino Perez, l’occasion est bien trop belle de clouer au pilori Ceferin, l’ennemi haut perché à la tête de l’Uefa, contre lequel il a mené un combat sanglant au verdict reporté sine die. Faut croire que les tirages au sort de la Ligue des Champions profitent toujours au Real Madrid - ou du moins, à son président - même quand tout donne l’impression du contraire et qu’on passe du Benfica au Psg comme challenger, Perez est un gladiateur qui sait faire feu de tout bois. Il faut donc aller au-delà du « Benfica, tirage facile » pour lire la position du Real Madrid – ou du moins, celle de son président - refusant d’être intégré dans la reprise du tirage. En conflit ouvert contre Ceferin et son Uefa qu’il a récemment attaqués en justice, en obtenant gain de cause, l’imposant président du très imposant club madrilène sait qu’en politique, toutes les armes sont conventionnelles pour peu qu’elles permettent de porter un coup à l’ennemi.

Et nous autres du continent africain, de la confédération la plus raillée de toute l’étendue de la planète foot ? Notre position face à ce spectacle n’a pas littéralement changé. Nous nous sommes contentés du statut de spectateurs devant l’éternel, même à moins de 26 jours de notre équation à multiples inconnues qui devra se résoudre au pays d’un légendaire et extravagant Samuel Eto’o, nouveau patron du football camerounais. Ce qu’il n’a jamais cessé d’être, au moins dans sa tête. Nous avons donc donné un écho plus large au tirage des autres, en avons parlé beaucoup plus qu’on a parlé du tirage de la Can et beaucoup plus qu’on parlera de celui des barrages de la Coupe du monde bizarrement prévu en pleine… Coupe d’Afrique ! Et nul besoin de mentionner l’équivalent dont nous ignorons l’existence : la Ligue des Champions de la Caf. Mieux ou pire, quand on parle de ce spectacle des autres, on évoque moins la toute petite part que nous en avons : Edouard Mendy de Chelsea qui retourne en France pour affronter Lille dans les deux étapes, Sadio Mané qui aurait dû retourner à Salzbourg où il s’est forgé avant que le replay du tirage ne l’envoie à Milan pour défier l’Inter, ou le stratosphérique Salah ou encore l’incroyable Haller, meilleur buteur du tournoi…

Mais on ne va pas, pour autant, faire la fine bouche : que n’aurait-on pas entendu si cette grossièreté de Nyon portait la signature de la Caf ! Pour une fois que le camouflet ne provient pas de nous autres mauvais élèves de la Classe Foot, pour une fois que la bévue n’est pas l’œuvre du cancre de service, pour une fois que le bouc-émissaire désigné est étranger au crime, savourons…

Alors on danse !

Par Babacar Ndaw FAYE

14 décembre 2021


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