image

AMNESTY INTERNATIONAL NOTE LE SÉNEGAL ET LE MALI

image

Après deux semaines de mission au Sénégal et au Mali, la Secrétaire générale d’Amnesty Internationale (AI) et sa délégation se sont posées, vendredi 28 octobre à Dakar pour dresser un bilan face à la presse.

Dans une salle de l’hôtel le Djoloff, Agnès Callamard, la Secrétaire générale d’Amnesty International (A.I), Seydi Gassama le directeur exécutif de la section d’Amnesty International Sénégal et Samira Daoud la directrice d’Amnesty International en Afrique de l’Ouest et du centre ont animé une conférence de presse au cours de laquelle ils ont fait le bilan de la tournée de la délégation au Sénégal et au Mali. Et ce bilan n’est pas très rassurant. Entre l’impunité concernant de graves violations commises contre les populations civiles dans les conflits et le rétrécissement de l’espace civique et des libertés individuelles, “deux phénomènes particulièrement inquiétante”, précise la Secrétaire générale de l’AI, la note n’est pas très encourageante pour ces deux pays.

Le cas du Sénégal, mauvais élève, doit mieux faire...

Lors de son séjour au Sénégal, la délégation a rencontré le Premier ministre accompagné d’une délégation de ministres pour discuter, entre autres, des restrictions des espaces de libertés, de la loi de 1978, de l’impunité sur des exactions commises pendant les manifestions. Résultat des courses, la délégation du gouvernement n’a pas semblé très réceptive aux recommandations de AI. En effet, la secrétaire générale précise “nous n’avons malheureusement pas eu toutes les assurances.”

Sur les restrictions des espaces de liberté, A.I justifie son diagnostic par plusieurs éléments. Il y a d’abord, la loi de 1978 permettant aux préfets de pouvoir interdire les manifestations pour des raisons de trouble à l’ordre public. Sur ce, Amnesty demande à ce que la loi “ne soit pas interprétée de manière restrictive”. Ensuite, il y a le refus du gouvernement d’appliquer la décision de la Cour de Justice de la CEDEAO sur l’arrêté Ousmane Ngom. Cet arrêté interdit les manifestations politiques dans le quartier de Dakar Plateau (siège des institutions comme le Palais et l’assemblée). Ce refus “contribue (…) à affaiblir les institutions régionales de justice et des droits humains, comme la Cour de justice de la CEDEAO”, constate Mme Callamard.

Sur l’impunité des exactions commises pendant les manifestions, A.I constate que les enquêtes ouvertes sur les violences lors des manifestations meurtrières de mars 2021 “n’ont toujours pas donné lieu à des inculpations. À ce jour “aucune famille de victime ne nous a dit qu’elle a été contactée”, assure M. Gassama. La justice explique cela par le fait que les individus arrêtés à l’époque ont été libérés pour apaiser l’opinion. Mais, “pour Amnesty, la vérité sur les faits et la justice pour les familles des victimes ne doivent faire l’objet d’aucun arrangement”, martèle Mme Callamard. L’utilisation sans conséquence de la force par les forces de l’ordre pendant les manifestions politiques doit cesser, recommande le mouvement de défense des droits de l’Homme.

Entre autres choses, il a été évoqué la protection de l’enfance avec le besoin de “relancer le processus de discussion sur le code de l’enfance et les problématiques de déclaration à l’état-civil rencontrées dans les zones reculer du pays, “tous les sénégalais doivent avoir les mêmes droits”.

Amnesty annonce avoir lancé une campagne globale intitulée “Touches pas à nos manif” dont le Sénégal est l’une des principales cibles pour lutter contre les restrictions de l’espace de liberté.

Le Mali, élève moyen, peut mieux faire...

Au Mali, la problématique principale que regrette la délégation d’Amnesty International est les crimes sans coupables ni jugement. En effet, à cause de la crise que traverse le pays depuis 10 ans maintenant, il s’est installé dans le pays une insécurité qui a fait “des milliers de morts, 400 000 personnes déplacées - des centaines de villages attaqués et vidés de toute population, des communautés entières décimées, déracinées”, regrette Mme Agnès Callamard. Tous ces désastres font que les droits de l’Homme sont piétinés au Mali.

Cependant, la délégation d’Amnesty internationale remarque avec satisfaction “les dialogues francs” qu’il y a eus avec le ministre malien de la Justice et les représentants du ministre de la Défense. Sur le plan de la lutte contre l’impunité des exactions, AI se félicite des avant-projets sur la réforme du code pénal, sur la réforme du code des procédures pénales avec “des dispositions essentielles sur la protection des victimes et des témoins”. Il y a aussi l’avant-projet portant sur le code militaire et le Circulaire du 13 septembre 2022 pour faire face respectivement aux crimes d’ordre militaire et les crimes de droit international.
La délégation de Amnesty constate les avancées et estime que le gouvernement malien peut mieux faire.

Les Sociétés Civiles, tables d’honneur et félicitations...

La secrétaire générale de l’Ong internationale s’est enthousiasmée des travaux que réalisent les Sociétés civiles pour défendre les libertés individuelles et les droits de l’Homme. Elle souligne “l’activité remarquable” de la Société Civile qui “se mobilise sans relâche et non sans risque pour que les Etats respectent leurs engagements en matière de protection des droits humains”.

Par ailleurs, elle a aussi remercié les journalistes pour leurs œuvres et les risques qu’ils prennent partout à travers le monde pour informer malgré les risques encourus.

Harouna DIENG (Stagiaire)

30 octobre 2022


------------------------------------

Vous pouvez réagir à cet article