AMORCE DE DIALOGUE

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

La beauté du jeu politique réside dans la prévenance qui l’entoure. Trop peu de règles écrites, mais une conduite sur fond de bienséance gouverne les pratiques et le comportement des hommes politiques à des moments clé de la marche du pays. L’élection présidentielle du 24 février a livré ses résultats cinq jours plus tard au terme d’un faux suspense. D’ordinaire, au soir du scrutin, les tendances lourdes révèlent le sens du vote des Sénégalais.

Le vaincu a toujours félicité le vainqueur : le coup de fil de Abdou Diouf à Abdoulaye Wade est resté dans les mémoires. De même que celui du président Wade à Macky Sall en 2012 résonne encore. Cette tradition, bien établie, n’a pas eu cours pour la présente édition de la présidentielle. Idrissa Seck , arrivé second au premier tour, n’a pas daigné appeler Macky Sall. Plutôt s’est-il fendu d’une déclaration de rejet des résultats qu’il conteste, lui et ses soutiens tout en se gardant de porter le contentieux devant la plus haute juridiction du pays, à savoir le Conseil constitutionnel. Comprenne qui pourra.

Dans le cadre de la présidentielle de 2019, Idrissa Seck est tout de même dans une posture de challenger, donc différente quand Macky, candidat sortant, rempile. L’essentiel consiste à inscrire cet acquis dans les valeurs résiduelles de notre culture démocratique.

Dans quel état l’opposition sortira-t-elle du récent vote ? Il est sans doute tôt pour spéculer. Ousmane Sonko, véritable révélation, a donné le ton : il reprend ses tournées en allant sur le terrain « rencontrer le peuple », comme il l’a dit dans son adresse à la presse. En clair, il a tourné la page de l’élection présidentielle. Il s’attèle désormais à transformer son succès électoral en un levier de capitalisation en direction des consultations à venir.

Pour avoir mené proprement une campagne dépouillée d’anathèmes, d’invectives et de polémiques stériles, Sonko a gagné en crédibilité et en respectabilité face à une opposition gagnée, elle, par la dispersion qui risque de se produire plus vite que prévu. Car, les ténors qui avaient soutenu Idrissa Seck vont devoir se réorganiser individuellement. Leur incapacité à surmonter les querelles d’égo vient ajouter une autre maladresse à leur démarche du moment. C’est dire qu’une stratégie claire n’apparaît pas. Tout au plus une stratégie fluctuante au gré « des petits jeux politiciens… »

En revanche, la stratégie conquérante est à l’actif du Président sortant qui a mené tambours battants une campagne de précision basée sur une approche graduelle de positionnement qui, à l’arrivée lui a valu le plébiscite des Sénégalais à plus de 58,27 % des suffrages exprimés. Le score est plus qu’honorable. Il reflète le calcul millimétré des forces en présence à l’image de la « mère des batailles » à Dakar remportée au prix d’une intense occupation du terrain.

Même dans les zones où il a perdu, sa progression a traduit une habile réduction des écarts si bien que les résultats obtenus dans ses bastions traditionnels lui ont permis de s’imposer avec panache au premier tour. Le triomphe de Macky Sall, pour réel qu’il soit, n’occulte pas pour autant « la voix des Sénégalais qui n’ont pas voté pour le Président » comme le rappelle à bon escient le Parti socialiste. Autrement dit, même réélu avec brio, Macky ne peut rester sourd à 42 % de suffrages qui se sont exprimés en sa défaveur. Passé le moment des émotions fortes, il devra tenir compte de cette donne dans l’amorce du dialogue politique qu’appellent de leurs vœux les Sénégalais de tous bords.

Il n’ y a pas d’affrontement entre deux géographies : d’un côté » le « peuple » de Benno et de l’autre le camp de l’opposition. L’échiquier politique va néanmoins évoluer sous l’effet du vote de dimanche. La tournure du scrutin sonne ainsi le réveil. Il revient aux acteurs de premier plan de se montrer moins naïfs en s’affranchissant des positions de radicalité afin de construire le pays dans la durée. Puisque le président réélu retrouve un peu de prise sur les événements, gageons que les prochains actes qu’il posera seront attentivement scrutés.

Un courageux travail de clairvoyance est attendu du Président Macky Sall qui connaît mieux que quiconque les enjeux du futur : poursuite et extension des infrastructures pour davantage mailler le pays, équité des terroirs, accroissement des facteurs incitatifs en faveur de l’emploi des jeunes, réformes des institutions et équilibre des pouvoirs avec un renforcement de pouvoir des contrepouvoirs dans une dynamique de consolidation des acquis démocratiques.

Une césure se profile à l’horizon dans les rangs de l’opposition doublée d’une lutte âpre voire féroce que certains leaders vont mener pour empêcher le nouvel élu de « gouverner en rond ». En perspective, une rude bataille n’est pas à exclure avec de nouveaux paramètres issus du vote de dimanche 24 février. Ce déchaînement d’adversité, s’il est tempéré, relève de l’ordre démocratique normal pourvu simplement qu’il ne mette pas en péril la cohésion nationale, objet de toutes les attentions de la puissance publique. De part et d’autre, le cercle de la raison doit prévaloir et entretenir l’espérance. Il n’est que temps.

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