ANNÉE UNIVERSITAIRE 2019-2020 : LA VOIE DE LA RÉSILIENCE FACE À LA COVID-19

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CONTRIBUTION

est regrettable de constater qu’il y a encore beaucoup d’hésitation dans la recherche et/ou mise en œuvre de solutions pour la gestion de l’année académique 2019-2020, dans ce contexte de Covid 19. Tous les acteurs de l’enseignement supérieur comprennent-ils que « franchises universitaires » et « libertés académiques » signifient aussi faculté de s’appuyer sur la science et les techniques pédagogiques pour aider la société à construire la résilience face à l’adversité ? En tout cas, certains discours, qui poussent à l’attentisme, portent à croire que tel n’est pas le cas.

On parle beaucoup des initiatives prises par l’Etat pour l’élémentaire et le moyen-secondaire – même si ces initiatives pèchent parfois par manque de maturation. En revanche, il y a peu de visibilité sur ce qui se passe dans le supérieur, une situation qui s’explique, en partie, par une tradition faisant de l’université un temple assez fermé, hors de portée du « citoyen ordinaire ». Cet éloignement indésirable entre le contribuable et l’institution universitaire – qui est censée le servir – est, paradoxalement, protégé par un certain respect qui a pour source la place accordée au savoir. Cette considération quasi-mythique deviendrait un inconvénient si ses attributaires ne se montraient pas à la hauteur. Les acteurs de l’enseignement supérieur doivent rassurer la société en proposant des solutions concrètes, dans cette ambiance d’épidémie. Et le premier gage à offrir est l’élaboration de stratégies adaptées pour permettre aux enseignements de se faire sans exposer les étudiants et les personnels à la maladie.

Lorsque l’on entend dire que l’Université Assane Seck de Ziguinchor a fait moins d’un mois de cours avant l’éclatement de la pandémie, que certaines facultés de l’UCAD accusent encore des retards plus ou moins importants et qu’à l’Université Gaston Berger certains établissements avaient invalidé une année académique il y a à peine deux ans, etc., peut-on alors s’autoriser, moralement, à aggraver ces décalages ? Ceux qui parlent d’égalité des chances et d’éthique pour justifier l’invite à l’inaction se souviennent-ils que les premières victimes de ces dysfonctionnements et piétinements, ce ne sont pas les enfants des citoyens les mieux nantis, mais bien ceux des personnes les moins fortunées qu’ils prétendent défendre par … l’attentisme : « en attendant que tout le monde ait une connexion internet » ; « en attendant que des ordinateurs soient disponibles », etc. Ces préoccupations sont certes légitimes et doivent faire l’objet d’attention particulière, mais elles ne sauraient justifier l’inaction.

L’université publique sénégalaise a des atouts majeurs pour réussir ses missions : des ressources humaines compétentes et de haut niveau ainsi qu’une longue tradition universitaire. A l’inverse, elle héberge des facteurs bloquants, à savoir des acteurs qui manquent d’engagement, avec une propension à tout rejeter, sans proposer d’alternative. Et, malheureusement, cette dernière catégorie tend à devenir très influente.

Un fléau aussi redoutable que la covid 19 offre l’opportunité de se ressaisir, en étant constructifs et unis dans le même combat. Il faut se féliciter du large consensus qu’il y a sur le principe d’écarter toute idée de cours en présentiel dans le contexte actuel : tout le monde comprend aisément qu’il serait « génocidaire » de rassembler des milliers d’étudiants dans un des amphis de l’UCAD, par exemple, pour un cours magistral. En outre, en attendant d’observer une descente ferme de la courbe épidémique, il est risqué de fixer des échéances pour la reprise de ces cours. D’où l’importance de se focaliser sur ce qu’il est possible de faire maintenant.

Aujourd’hui tout le monde s’accorde à dire qu’il faut privilégier les cours à distance. Mieux, certaines structures sont déjà très avancées sur les programmes et quanta horaires en utilisant les TICs. Cependant, ces initiatives restent minoritaires. La grande majorité des étudiants des universités publiques sont « en vacances » depuis bientôt trois mois malgré les annonces d’utilisation des TICs pour faire au moins les cours magistraux. Une perte de temps énorme.

Le plus urgent est de couvrir l’essentiel des programmes d’ici à octobre. Pour ce faire, les conseils d’administration et les assemblées d’université doivent donner des directives claires et libérer les initiatives à la base. Il n’y a pas de doute qu’avec la bonne volonté et l’engagement de tous, nos établissements ont le potentiel nécessaire pour trouver les meilleures formules. La réflexion doit être décentralisée : dans chaque département, enseignants et représentants d’étudiants pourront s’entendre sur les méthodes les mieux adaptées à leur situation.

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