APPÉTENCES

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

Au Sénégal, et sans doute partout ailleurs, l’emploi nourrit les fantasmes. Pour échapper à l’emprise d’une réalité pesante, le Président du Conseil d’administration de la Senelec lâche des boules puantes qui ont empesté les réseaux sociaux. Khalifa Dia, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’a trouvé rien de mieux à faire pour évacuer son revers de fortune politique que d’entretenir une surenchère sur l’emploi devant un public d’affidés désœuvrés, réceptifs au discours et conquis par leur leader en quête de rédemption.

Au plan local, son propos fait mouche. Et paie. Puisqu’il fait comprendre à ses mandants l’effet d’aubaine qu’aurait pu engranger sa nomination à la tête de la société publique d’électricité. Chiffres à l’appui, l’élu, également maire de NGoumba NGuéoul, aligne les opportunités qui auraient pu impacter sa zone : emplois donc, revenus, pouvoir d’achat, regain de vie économique. Et pourquoi pas le nirvana, pendant qu’on y est ! Hélas le lait ne s’est pas caillé… Car une telle perspective devrait libérer ses « compatriotes » de la souffrance en aiguisant tous les désirs étouffés. A qui la faute ? A personne visiblement…

Cette question, le maire Khalifa Dia ne se la pose. Mais ses silences osés dissipent toute illusion dès lors qu’il révèle une confidence que lui aurait faite le président de la République sur l’imminence de sa nomination en qualité de Directeur Général de la Senelec. Lâchée tardivement –calcul politique ?- mais maladroitement livrée, l’information renseigne sur l’état psychologique de l’intéressé. Ne se suffit-il pas de son moelleux poste de PCA ? Lorgne-t-il encore celui qu’occupe l’actuel DG dont le tort est de lui avoir ravi le fauteuil et brûlé la politesse ? Ambiance…

Difficile cohabitation en vue au sein de l’opérateur d’électricité qui a des sujets de préoccupation autrement plus aigus et intenses. La lancinante crise née de la rupture du contrat avec Akilee débouche sur une pénurie de compteurs alors que la demande se fait pressante et ne cesse d’augmenter. Pour ne rien arranger, un appel d’offres lancé et remporté fait l’objet d’un recours lui-même suspensif de l’opération d’acquisition du précieux appareil.

Toujours est-il que « l’appel de Nguéoul » dévoile un homme jusque-là connu pour sa réserve et ses états de services. Brillant élève de lycée, Khalifa Dia a réussi avec le même brio ses études supérieures couronnées par un niveau de compétence rare pour être souligné. En clair il a du mérite. Ses qualités ne parvenaient toutefois pas à dissimuler ses défauts, rédhibitoires aux yeux de certains qui lui reprochent son irrépressible désir de toujours être premier de la classe, sa soif de reconnaissance et son appétence insatiable.

Introduit en politique par une famille réputée de NGuéoul, Khalifa Dia bénéficie ainsi d’un soutien de poids pour se faire adouber des populations qui voient désormais en lui le... chef. Il gravit certes des échelons mais se heurte à une adversité qu’il digère mal. Or en politique les victoires d’aujourd’hui préparent les défaites de demain et inversement.

Le tout se résume à une habileté qui fait défaut au PCA. Comment comprendre qu’une confidence présidentielle soit réduite à une simple conversation de salon ? Ce manque de hauteur fait désordre en haut lieu qui n’apprécie pas. En clair l’absence de sérénité, à l’aune de ce fait, compromet les chances d’un séjour prolongé du PCA. Naturellement, l’actuel DG engrangerait les dividendes des impairs et des sorties hasardeuses de son « patron ». Ses atouts maîtres : son silence et sa réserve. Pour aller loin, il faut ménager sa monture…

A une autre échelle, continentale plus précisément, la pandémie du covid-19 achève de faire comprendre à l’opinion internationale l’état d’impréparation pour acquérir le vaccin. Sur l’étendue de l’Afrique, pas un laboratoire capable d’en fabriquer un, ne serait-ce que sous licence. Une telle carence freine toute ambition d’émergence. Parce que la première richesse d’une nation c’est la santé de sa population. Avec la fermeture des frontières et le confinement progressif, nos dirigeants se trouvent confrontés à des stratégies tatillonnes pour endiguer un fléau qui ne lâche pas prise et menace même d’apparaître avec plus de virulence sous la mutation du virus. En ordre dispersé, les Etats s’adonnent au-sauve-qui-peut.

L’Afrique du Sud s’est adressée à l’Inde peuplée de plus d’un milliard d’être humains. New-Delhi a injecté de puissants fonds dans la recherche qui est sur le point d’aboutir à des inoculations de masse. L’Union Africaine, au nom du continent, indique que l’acquisition du vaccin occidental est hors de portée en raison du prix auquel il est cédé. Cet aveu d’échec, exprimé publiquement, a pour but de sensibiliser la communauté internationale sur le sort peu enviable des populations africaines.

L’incurie et l’incompétence ont eu pour effets de faire grossir l’inquiétude -et qui sait ?- de provoquer des troubles à une vaste échelle. Très peu d’hôpitaux répondent aux normes dans nombres de villes africaines dépourvues par ailleurs de plans de riposte éprouvés. Face à une crise d’ampleur mondiale les élites africaines se cramponnent à des égos au lieu de dégager des élans de solidarité en conjuguant les moyens et en combinant les approches de survie. Ailleurs les grosses fortunes financent les opérations. Ici les riches se cachent. Par pudeur ou par honte ? Couchés sur le divan, ils devraient livrer des pensées profondes sur leur excès de discrétion.

L’état d’esprit des Africains est aussi à sonder. A la faveur du covid-19, la carence et l’incurie sautent aux yeux. Plus encore qu’aujourd’hui, ces manquements notoires devraient inciter à une hâtive prise de conscience de l’ampleur des défis auxquels sont exposés nos pays. Qui pour prendre la mesure du malaise ? Pas un chef d’Etat n’entreprend une tournée de pilotage stratégique de la riposte africaine. Tous se confinent et se barricadent. Ils s’enferment. Pour une fois, la prison est salvatrice.

Pour preuve : le traditionnel sommet de l’UA à Addis-Abeba n’aura pas lieu. La capitale éthiopienne respire : pas de ballets de limousines, pas de surchauffe à l’aéroport avec cet autre ballet interminable d’avions présidentiels. Devant cette situation, tous les continents s’évertuent à trouver des réponses aux équations qui se posent à eux. Pas l’Afrique. Qui se vautre, elle, dans l’attentisme, presque à l’abandon. Très peu de dirigeants ont en ce moment une parole audible. L’espoir repose sur le plaidoyer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Celle-ci, un moment échaudée par la sortie des Etats-Unis sous administration Trump, se voit requinquée par la perspective de retour annoncée par l’actuel locataire de la Maison Blanche, Joe Biden. Le démocrate voit dans l’OMS, un bras séculier pour orchestrer la stratégie planétaire afin de sauver l’humanité d’une menace imprévisible.

Pendant ce temps, la route de la soie se précise. La Chine encercle l’Afrique et l’enferme dans sa stratégie au coût pharaonique : 1000 milliards de dollars ! On concède davantage en retardant les décisions politiques qui s’imposent…

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