ATELIERS DE LA PENSÉE : POURQUOI NOUS COUPER DE LA FRANCE

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CULTURE

« Nous aimer entre nous s’impose comme la plus urgente des révolutions et des ruptures décoloniales ». C’est la conviction du Dr Abdourahmane Seck, anthropologue- historien, dans la Section Centre d’étude des religions (CER)- UFR CRAC de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (UGB). Qui intervenait lors d’une session aux Ateliers de la pensée, du 30 octobre au 2 novembre, au Musée des civilisations noires, à Dakar.

Sur la thématique « Tomber en morceaux », Dr Seck estime que « le plus inquiétant est là où nous rejouons le lien. C’est pour cette raison, il nous faut prendre soin de nous. Je veux évoquer la première condition qui libérera, d’abord nous couper de la France. Le problème est juste, en toute simplicité et en toute lucidité, que notre rapport avec la France est le couteau qui nous tient en morceaux, d’appeler ce qui, sans cesse, nous éloigne de nous, et des soins que nous nous devons depuis notre si mauvaise rencontre. La notion de mauvaise rencontre se dit en wolof ’’Djomi’’comme un éblouissement, (trouble de la vue provoqué, par une cause interne (faiblesse, congestion), ou externe (lumière trop forte, choc), souvent accompagné de vertige), et dans la culture wolof, devenir fou, tant le choc est brutal ».

Il ajoute : « Dans le projet indépendantiste dont nous sommes aussi bien des otages que des acteurs, les fonctions y compris celle que nous incarnons ici, là, ne sont pas simplement des achèvements personnels, elles sont des positions dans les chaînes d’inégalités structurelles. »

En conclusion, Dr Seck retient cette « résolution », celle de dire que « nous éloigner de la France, ce n’est pas donc perdre du temps. C’est moins nous confronter avec une ancienne puissance impériale devenue une puissance moyenne que nous débarrasser de la colonialité qui structure nos rapports sociaux. Cet ensemble de manières, de langages et de toges, dispositifs d’écrasement et de vol. S’il faudra pour nous trouver, c’est d’abord nous retrouver, être de nouveau ensemble, et nous aimer sera nécessairement aussi un programme politique ».

Sous la direction de Achille Mbembe et Felwine Sarr, la 3e édition des Ateliers de la pensée, intitulée « Basculement des mondes et pratiques de dévulnérabilisation », est la continuité des précédentes sessions dont l’objectif était de tracer de nouveaux chemins dans la pensée et dans la pratique, et de scruter le présent et le futur du monde à partir de l’Afrique.

La dernière séance dite la Nuit de la pensée (NDLP), réunira, demain samedi, 2 novembre, à l’Institut français de Dakar, des acteurs, autour, entre autres questions, celle d’un monde commun à inventer.

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