AUDIO - « LES ENTREPRISES SÉNÉGALAISES DE BTP CROULENT SOUS LA DETTE »

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CRI DU CŒUR

Invité de ’’Dakar direct’’, la matinale d’iRadio (90.3), Babacar Ndiaye, le vice-président du syndicat des Bâtiment et des travaux publics (BTP), aborde les difficultés que rencontrent les entreprises sénégalaises surtout dans le domaine en question. Le prétexte est l’annonce faite par le Consortium des entreprises (CDE) du licenciement de 200 travailleurs.

Est-ce la crise dans les BTP ? Catégorique, Ndiaye répond par l’affirmative. Pourquoi ? Il indexe la dette publique intérieure et la concurrence étrangère. « Les entreprises du BTP ont beaucoup d’argent dehors, surtout avec l’Etat d’une part. D’autre part, il y a que les entreprises de BTP n’arrivent plus à travailler parce que les travaux ont été confiés à des entreprises étrangères. Ce qui fait aujourd’hui que beaucoup d’entreprises n’arrivent plus à travailler. »

Selon lui, « les chiffres (de la dette due aux BTP) varient » car « il y en a qui parlent de 100 milliards F CFA, d’autres de 200 milliards F CFA. » Une situation lourde de conséquences : « Quand on n’a plus de quoi payer les travailleurs, on est obligé de les licencier. Mais le problème le plus grave qui guette aujourd’hui nos entreprises, c’est le fait que nos entreprises ne travaillent plus, et le savoir-faire qu’il y avait dans nos entreprises est en train de nous quitter. Parce que quand vous n’êtes plus à l’œuvre, finalement vous allez devoir licencier, vous débarrasser de votre matériel, le personnel qui avait le savoir-faire part. De telle sorte qu’aujourd’hui les entreprises perdent leur mémoire technique. »

« LES ENTREPRISES SÉNÉGALAISES ONT CONSTRUIT L’AFRIQUE »

Est-ce dû au manque de compétitivité des entreprises sénégalaises face à celles étrangères ? « Non, là n’est pas la question. Parce que ce sont les entreprises sénégalaises qui ont construit l’Afrique. Du Sénégal au Gabon, tous les bâtiments que vous voyez. CDE dont vous parliez tout de suite, était en Sierra Leone, au Libéria, même à Lomé, c’est eux qui ont construit le siège de la BOAD. C’est donc un faux prétexte. Le problème, c’est que nos États empruntent de l’argent à des pays, qui demandent à ce que leurs entreprises exécutent leurs travaux. Et ces entreprises ont leur banque derrière elles. C’est ça qui fait qu’aujourd’hui nos entreprises ont du mal à travailler. Il y a aussi les banques et le Code des marchés, qui a affaissé toutes les entreprises sénégalaises. Parce que les entreprises étrangères mettent pratiquement les prix qu’elles veulent. Ce n’est pas le cas pour les nôtres. C’est les moins disant qui gagnent. Quand vous soumissionnez avec un bénéfice de 10%, et que la Banque au finish, avec les agios, les intérêts sur les cautions etc., vous prend 15%, et que vous achetez 10, vous vendez 5. Ça aussi, c’est un problème que les entreprises sénégalaises vivent.

« L’ÉTAT DU SÉNÉGAL N’ACCOMPAGNE PAS LES ENTREPRISES SÉNÉGALAISES »

Quid des reproches faits par l’Etat du Sénégal aux entreprises peinant à livrer leurs travaux ? « Quand vous achetez 10 et que vous vendez 5, mais là, ce n’est pas possible. Déjà vous soumissionnez comme moins disant, pour gagner avec le Code des marchés sénégalais, il faut soumissionnez moins disant. Une fois que vous avez soumissionné, vous avez les cautions (avance de démarrage, garantie, etc.) à payer. Mais tout ça ne fait pas moins de 15 %. Et celui qui soumissionne avec plus de 10% au Sénégal ne gagne pas le marché. Les entreprises sénégalaises veulent se rassembler pour avoir des travaux beaucoup plus importants. Mais quand vous vous rassembler pour avoir de gros marché et que ces marchés-là aillent dans l’escarcelle des entreprises étrangères, que voulez-vous que les entreprises sénégalaises fassent ? »

Fort de ce fait, le syndicaliste persiste et signe : « L’Etat du Sénégal n’accompagnent pas les entreprises sénégalaises qui plient sous le poids des difficultés. On n’en parle depuis des années mais jusqu’à présent aucune solution ne pointe à l’horizon. Il faut faire comme tous les pays qui se respectent. Même les grands pays comme les Etats-Unis quand ils voient que leurs entreprises piquent le nez, alors ils les accompagnent pour les relever. » Par exemple, en les exonérant de caution pendant 2 ans.

Vous pouvez écouter l’entretien de Babacar Ndiaye, réalisé par Alassane Samba Diop

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