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AUX VOLEURS DE COLÈRE

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Iront-ils ainsi vers demain ? Ils n’écoutent plus les silences des vivants et ne comprennent rien à la censure des morts. Leurs tumultes troublent-ils leur raison et affectent leurs sens ? Des dépits qu’ils suscitent sont manifestes. Faut-il ressusciter Aby Gana, qu’elle les initie au liital (devise chantée pour extérioriser sa préférence) ? Qu’ils découvrent que ce qu’ils croient être des cris de ralliement à leur cause n’en sont pas. Des cam-cam bëgguma loolu (non, ça me dégoûte) des populations, disent leurs réprobations, leur ras-le-bol à cette radicalité à la mode. Une hérésie, une ignominie que l’on justifie par une colère dont on n’a pas le monopole et qui est noyée dans des paroles qui ne changent pas des vies. N’est-ce pas que des personnes vouées au mal possèdent des vertus viriles pour resplendir et s’enfoncer sans plainte dans leur lucidité de victimes qu’elles se veulent à travers leurs « chants de gloire », leur goût d’en découdre ?

Dénoncer des casses, s’adonner aux rapines
Des populations frémissent d’indignation. Irritées par ces hommes et ces femmes qui, sournoisement, usurpent leur colère. Dénoncent des casses et s’adonnent à des rapines. Des jouisseurs aux méthodes éculées, faussement bénis comme des robin-des-bois. Couverts par un nihilisme, ils s’en font à cœur joie pour satisfaire leurs desseins. Se servent de leur aura maudit, avilissant davantage des victimes de cette arnaque politico-sociale. Dictent des agendas médiatiques… Et, le malaise des populations de se corser. Elles sont excédées par cette cupidité faite religion, ces partis, ces syndicats et autres associations qui poussent comme des herbes folles… Des revendications faciles et croissantes, des grèves multiples et abusives aux effets éprouvants et préjudiciables pour des gens qui guettent un diable à qui tirer sa queue. Des populations sont malades de cette gymnastique du faux, des ergoteurs, rhéteurs, sophistes et autres prêcheurs du dernier acabit.

Des usagers sont incommodés, étouffent et se plaignent des prestations de ces services où le travail n’est plus un sacerdoce. Ils sont angoissés d’aller se soigner, payer une facture, envoyer leurs enfants à l’école ou au daara… prendre des transports… ester en justice… Alarmés par une insécurité, un crime gratuit, outrés par des déballages et des mensonges, écœurés par des polémiques, un foisonnement d’affaires scabreuses, une banalité que même une bestialité fascine… Un voyeurisme, un libertinage, une sexualité qui rend fou que des ébats sont filmés… Des addicts au sexe ignorant que des spécialistes du Chu de Fann pourraient les aider à guérir… comme ils l’ont déjà fait avec d’autres cas de pathologies sexuelles.

Une bienveillance qui désarçonne
Des populations sont mécontentes d’une gouvernance qui s’emmêle pour apaiser leurs inquiétudes, calmer leurs souffrances, élever leur niveau de vie, créer des emplois… restaurer une justice sociale, sortir des calculs politiciens et tactiques à la petite semaine… Sidérées des élus, parangons de vertus, qui ne renoncent à aucune prébende, flambent l’argent public en voitures, en milliers de litres de carburant... Le pillage continue sans scrupule. Des prédateurs en tout genre pullulent en toute impunité. Pouvoir comme opposition étalent une insolence à travers des cortèges, entre autres, un service de sécurité qui dévoile une couardise d’une caste qui demande à des hommes et des femmes libres et courageux de leur confier leur destin. Hypocrites, ils hurlent de fausses émotions qui importent moins aux populations. Elles laissent macérer dans un choix raisonné et une bienveillance qui désarçonne. Ce n’est pas de l’indifférence, dirait Didier Van Couweleart. Selon lui, cette bienveillance qu’on pourrait considérer comme une mollesse, c’est un humour protecteur, une gentillesse offensive, une économie de rancune. Ce dont des acteurs du champ politico-social se montrent incapables.

L’histoire n’est pas à refaire. Avec des radicaux, non tiraillés par un doute, un changement s’est souvent réduit au ôte-toi que je m’y mette. Des populations n’ont jamais pris des vessies pour des lanternes parce qu’elles avaient envie de pisser. Elles ne croient pas au fétichisme des panacées vendues à coups de slogans. Elles ont combattu contre les colons et leurs suppôts. Contre Senghor et le « senghorisme », contre Diouf et le « dioufisme », contre Wade et le « wadisme ». Elles se battent contre Macky et le « mackysme ». Elles continueront à se battre sans appeler à brûler leur pays. Elles l’aiment envers et contre tout et font d’une préservation de vies humaines une éthique de leurs combats. Quand Mamadou Dia et autres avaient été emprisonnés, la bataille pour leur libération était portée par des politiques et autres syndicalistes victimes du « diaisme » dont certains sont encore en vie pour en témoigner. D’autres l’ont fait à d’autres occasions, portant haut une lutte pour une démocratie apaisée dans une responsabilité et une dignité non partisane. Une spécificité sénégalaise est dans cette tempérance, cette patience, cette bienveillance, moteurs des compromis qui ont jusqu’ici sauver le pays des dérives redoutées. Un héritage lourd à porter pour garder le Sénégal sur son axe de stabilité.

Assane SAADA

31 octobre 2022


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