#MeTOOINCESTE : AGATHE, 26 ANS, TÉMOIGNE

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INTERNATIONAL

Depuis hier, des milliers de messages ont été postés sur Twitter de la part de victimes d’inceste. Le mot-clé #metooinceste révèle l’importance du phénomène, dont on estime qu’il touche 10% de la population, tout en restant un tabou. Parmi ces victimes, Agathe a choisi de s’exprimer.

Le hashtag #metooinceste suscite désormais des milliers de témoignages diffusés sur Twitter. Après la publication du livre de Camille Kouchner, "La familia grande", accusant le politologue Olivier Duhamel d’inceste, les internautes prennent la parole sur ce phénomène encore tabou pour dénoncer des agressions et des harcèlements sexuels subis durant leur enfance.

Agathe a 26 ans et est infirmière à Rennes. Elle a subi des attouchements de manière répétée de la part de son ex beau-père, qui est aussi le père de ses deux frères. Elle avait alors entre 13 et 14 ans.

C’était donc il y a treize ans : "Quand j’en ai parlé à maman, elle l’a tout de suite foutu dehors", explique la jeune femme, et elle considère qu’elle a eu de la chance, de "tomber sur des gendarmes qui ont su l’écouter".

"Pourquoi les agresseurs continuent-ils de travailler, d’être vus comme des parents ou des employés modèles ?"

Un procès a eu lieu et "il y a eu un jugement mais comme c’était la première fois, et comme il a tout reconnu, il a été condamné à 18 mois de prison avec sursis". Ce qui a frappé l’adolescente à l’époque, c’est que "le même jour, dans ce tribunal, un homme a été condamné et est parti en prison par ce qu’il avait fraudé la SNCF. Ça m’avait beaucoup marquée : je trouvais ça étonnant qu’on aille en prison pour fraude à la SNCF, et pas pour atteinte à une adolescente".

Agathe a continué sa vie. "J’ai fait avec" dit-elle "puis j’ai rencontré de plus en plus de gens qui ont vécu la même chose que moi." Elle a fini par se demander "pourquoi les agresseurs continuent-ils de travailler, d’être vus comme des parents ou des employés modèles".

"Heureusement il y a quelques victimes qui voient leurs agresseurs partir en prison" poursuit-elle. "Moi, pendant des mois, il a fallu que j’accompagne mes frères qui devaient voir leur père, malgré tout. Cela n’avait aucun sens"

"Il n’y a pas de familles types"

Pourquoi avoir témoigné sur Twitter ? "Parce que j’en suis capable, il y a tant de gens qui n’ont pas la force de le faire, qui culpabilisent. On est tellement nombreux à avoir vécu ça. Si seulement un quart des gens qui ont vécu ça témoignent, si la société se rend compte de l’ampleur du problèmes, les politiques, verront peut-être que ce ne sont pas des cas isolés, ou de familles dysfonctionnelles".

Elle se dit "assez optimiste", car "à force, les choses vont évoluer". "Mais je ne veux pas mettre trop d’espoir non plus, ça demandera des années, ceux qui pourraient changer ça savent déjà ce qui se passe, c’est dans toutes les classes sociales, il n’y a pas de familles types, et donc ils connaissent des gens à qui c’est arrivé".

Elle a conscience que les choses ne peuvent pas changer du jour au lendemain, que "c’est plus facile de se voiler la face et que c’est un phénomène tellement ancien, que c’est le tabou ultime". Agathe dit comprendre que la société ait du mal à entendre, "ça met mal à l’aise d’écouter cela, mais les victimes devraient pouvoir être écoutées".

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