Atelier 221 : « Labelliser le made in Sénégal »

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Culture

Dix-sept (17) designers ont décidé de se regrouper dans le but de labelliser le « made in Sénégal ». Ce, dans tous les secteurs, que cela soit la maroquinerie, les vêtements, les bijoux, etc. Touty SY, styliste-designer, fait partie des initiatrices et des membres du collectif atelier 221, qui se tient à l’hôtel Terrou-bi. « Il y a un peu de tout, précise-t-elle. On a décidé de se regrouper et d’organiser des événements de ce genre que ce soit des ventes privées et plus tard, organiser des panels pour faire des échanges sur les difficultés qu’on a, faire du renforcement de capacités, du développement personnel, beaucoup de coaching par la suite pour essayer vraiment de labelliser le made in Sénégal. Il s’agit surtout de sensibiliser les Sénégalais parce que le challenge maintenant, ce n’est plus ’’je porte telle ou telle marque’’. On s’efforce de travailler sur des standards internationaux avec des matières vraiment adaptées à notre climat surtout. »


« Une mode africaine de qualité »

Alya Baré, designer du Niger installé au Sénégal depuis quatre (4) ans qu’elle a créé sa marque de vêtements hommes et femmes 100% made in Sénégal, a embarqué, dit-elle, dans l’aventure « avec joie ». « Je pense vraiment que l’avenir de la mode en Afrique, s’extasie-t-elle, c’est à travers des initiatives comme ça. C’est la force. On a chacun des univers différents (mais) ce n’est pas de la concurrence. On est tous amis et, il y a largement de la place pour une mode africaine de qualité. Les gens s’approprient nos tissus. En Chine par exemple, il y a énormément de tissus qui sont réutilisés. Si nous-mêmes Africains, on n’arrive pas à se le réapproprier, à mettre au cœur de nos valeurs les traditions, les savoir-faire, insuffler un vent nouveau, en les modernisant, on sera voué à se faire manger comme d’habitude. Vraiment, l’avenir de la mode mais également de l’artisanat et de la culture africaine repose sur ce genre d’initiatives. C’est possible. Au Sénégal, en tout cas, on montre l’exemple. »

Les vérités d’Hélène Daba, costumière de la série ’’Maîtresse d’un homme marié’’

Hélène Daba, la designer de la marque ’’Sisters of Africa’’ est en même temps costumière. C’est récemment qu’elle a commencé, indique-t-elle, avec le ciné. « J’ai commencé avec la série ’’Maîtresse d’un homme marié’’ et ’’Golden’’. L’idée, c’était d’intégrer le ’’made in Sénégal’’ dans nos séries comme cela se fait au Nigéria, au Ghana et, dans d’autres pays. Je pense qu’on est en 2019, on ne devrait plus s’arrêter à juste coudre nos vêtements à l’atelier et les exposer à la boutique. Il faut aller au-delà de cela. »

Toutefois, à ceux qui opposent la cherté du concept ’’made in Sénégal’’, la designer réplique que la qualité a un coût. « Ils disent que c’est cher. Déjà, que ça soit à Abidjan, à Brazzaville et en Côte d’Ivoire, c’est encore plus cher qu’à Dakar. Cela fait pas mal de temps qu’on y est, donc les gens, ils aiment. A Dakar, ça commence à changer. Je pense que le problème, ce n’est pas la cherté mais le fait que les gens, avant, ne croyaient pas au concept ’’made in Sénégal’’. C’est le fait de savoir que ce vêtement est fait à Dakar et que moi je peux le prendre et l’amener chez mon tailleur qu’il me le fasse. C’est les mentalités qui n’ont pas changé. Parce que le prix que nous proposons est en deçà du travail fait derrière. Tout l’effort qu’on met derrière, on ne met pas le prix qui s’aligne. Parfois, tu mets tes prix, tu sais que tu vas y gagner juste 5 mille F CFA mais tu le fais parce que tu es passionné, tu aimes ton travail et tu sais que les Sénégalaises vont te dire que c’est cher. Cela fait six (6) que j’ai ma boutique que j’entends c’est cher mais heureusement que ce n’est pas tout le monde. On a une base de clientèle qui nous suit, qui achète nos produits, que ce soit ici ou à l’international. C’est un vrai business, on fait nourrir des pères et des mères de familles, qui travaillent et qui ont un salaire à la fin du mois. Les vêtements qu’ils n’achètent pas ici chez nous, quand ils sortent ailleurs, ils vont l’acheter à mango, zara et eux, les marges qu’ils se font, c’est multiplié par cent (100). Ils vont les reproduire à bas prix, quatre (4), même pas cinq (5) euros et qu’ils revendent à cinquante (50) euros. Les Sénégalaises vont l’acheter quand elles voyagent. De retour, elles sont fières de porter des Zara, Gucci ou autres. Ce n’est pas une question de manque d’argent mais c’est les mentalités au fait. »
Aussi, elle partage l’avis de ses collègues. « Je crois en la synergie, le travail de groupe, montrer ce que l’Afrique a de beaux jours. »

Le plaidoyer de Paola

De nationalité camerounaise, Paola Koaci épouse Coly, vit au Sénégal depuis une quinzaine d’années. Elle a adopté le concept « made in Sénégal ». « J’y crois, confirme-t-elle. J’ai adhéré parce que les Sénégalais font des choses extraordinaires. C’est dommage que ce soit très peu connu. A Dubaï, je portais une robe (tissu brodé) de Touty et, j’ai été arrêtée je ne sais pas combien de fois par des femmes qui voulaient savoir où j’avais fait ma tenue. Pareil, j’ai été en Afrique du Sud, pendant les trois (3) jours, je n’ai porté que des robes (basin et wax) et, là-bas aussi, cela a fait un carton. »

L’anecdote, souligne-t-elle, « c’est qu’à Dubaï, les gens ne connaissait pas le Sénégal. A chaque fois que je disais « it’s from Sénégal » (c’est fait au Sénégal), ils ne savaient pas. A partir de cette tenue, ils ont su que le Sénégal existait et qu’il y avait de bonnes choses ici. C’est une très belle vitrine pour vendre la destination Sénégal. »

Les exposants ont reçu la visite de Soham Wardini, la mairesse de Dakar. Qui s’est engagée à les soutenir pour les prochaines éditions. « Nous le ferons », a-t-elle répondu suite à la sollicitation de Touty SY.
En attendant, la coopération allemande, GIZ, soutient le projet dans le cadre de son programme « Réussir au Sénégal » à travers l’entrepreneuriat.
De passage, Khalima Gadji, l’actrice de la série ’’La maîtresse d’un homme marié’’, s’est emparée d’une robe en tissu brodé qu’elle s’est empressée d’essayer.

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