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BAABA MAAL À COEUR OUVERT ET SANS LANGUE DE BOIS

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Podor a battu le rappel du monde culturel sénégalais et sous régional à l’occasion du festival « Les Blues du Fleuve », du vendredi 10 au dimanche 12 décembre. Emedia a saisi cette occasion pour interpeller le promoteur de ce grand rendez-vous culturel. Entretien.

Vous aviez participé au Forum international sur la paix et la sécurité qui s’est tenu à Dakar, quelle appréciation faites-vous d’une telle rencontre ?

Participer à ce forum me conforte dans mon engagement pour une paix durable en Afrique. Durant ce forum, tout un chacun a compris que nous sommes dans une période où l’Afrique doit relever le défi de la sécurité et de la paix. Moi, en tant que fils du Sahel, je sais ce qui se passe dans le Sahel actuellement. C’est tout le Sahel qui a besoin de sécurité. On ne peut pas parler de développement sans parler de paix. Sans la paix, il n’y a pas de développement, sans paix il n’y a pas de bonheur, sans paix, on ne peut pas s’engager à accompagner les femmes. Sans paix, on ne peut pas se projeter dans le futur. La lutte contre le terrorisme, l’insécurité, nous interpelle tous. Moi en tant qu’artiste, la voix du peuple, je dois élever cette voix pour informer d’abord et essayer d’accompagner et de donner mon avis sur cette actualité brûlante.

En tant que leader d’opinion pensez-vous que les leaders africains ont la volonté de faire sortir la jeunesse sahélienne de la pauvreté, pour éviter l’immigration et le terrorisme ?

Je pense que ça doit être un engagement de tout le monde d’abord, puisque nous tous nous sommes interpellés. Il est vrai que les leaders sont les premiers responsables. D’abord, il leur faut, comme ils l’ont fait durant ce forum, se parler et trouver des solutions. C’est désolant de voir cette jeunesse fragilisée par la corruption, les conflits, le manque de soutien de la part de certaines autorités. Alors qu’on dit que l’Afrique c’est le futur, c’est le continent qui regorge de ressources naturelles et humaines. Cette jeunesse a besoin d’aide, elle a besoin d’une écoute attentive, de s’exprimer et de dire ce qu’il veut et comment il veut que le monde de demain soit. Elle doit être au début et à la fin de tout processus de développement. On ne trouvera pas de solution si on ne s’écoute pas entre générations, entre communautés.

“Nos richesses doivent d’abord profiter aux Africains”

Le débat autour du retrait des français et d’une éventuelle arrivée de Wagner au Mali, fait rage. Est-ce que nous sommes obligés de sous-traiter notre sécurité ?

On n’est pas obligé de coopérer. L’Afrique a besoin des gens qui viennent s’asseoir autour d’une table et discuter d’égal à égal sur des questions de l’heure. Je pense que nous devons chercher à comprendre la base de tous nos maux. Chercher à savoir qui manipule les africains, qui cherche à profiter de nos richesses naturelles quand il y a chaos. Rien ne montre que les richesses des Africains profitent aux Africains. Tout le monde doit se mobiliser. Je lance un appel aux artistes pour qu’ils jouent leur partition dans l’éveil citoyen.

La 14ème édition du festival « Les Blues du fleuve », a vécu (l’entretien a été réalisé avant le démarrage). Peut-on avoir une idée sur ce qui a le plus marqué l’événement ?

D’abord la population de Podor s’est mobilisée pour accueillir ce festival. Cela fait deux ans que ce festival n’a pas eu lieu. Ils étaient pressés de retrouver les invités et de leur montrer que Podor est une ville d’hospitalité. Beaucoup nous disent que Podor est une belle ville, bien lotie et propre. C’est vrai qu’il nous manque plein de choses, mais de fil en aiguille on arrivera à mettre sur pied beaucoup de choses. Avec ce festival, il s’agit de magnifier le cousinage à plaisanterie pour retrouver la paix entre sérère, Diola, Hal pular, nos cousins soninkés, les maures de l’autre côté, etc. Le cousinage à plaisanterie est la charte du continent africain. Cette année, j’ai eu la chance de recevoir la collectivité léboue avec le Jaraaf Youssou Ndoye et d’autres dignitaires du Cap vert. Comme on dit en pulaar, eux ils sont les pêcheurs dans l’eau salée et nous (thioubalo), les pêcheurs en eau douce. Donc nous allons nous retrouver pour magnifier cette parenté. Il y aura des formations qui sont proposées, des échanges sur des exemples concrets des projets de développement en l’occurrence Nanka qui regroupe l’élevage, l’agriculture, entre autres. Et l’UJAG (Union des jeunes agriculteurs) qui existe depuis presque 25 ans et qui a accompagné beaucoup de jeunes agriculteurs qui ont réalisé des projets importants. On va aborder le problème de l’accès à l’eau potable. Parce qu’à Podor, il y a des villages qui n’ont pas accès à l’eau potable. Ce qui n’est pas normal. Et c’est le moment de parler de tout cela afin de trouver des solutions.
Toutes les facettes de la culture traditionnelle ont été au rendez-vous. De la Casamance jusqu’au Cap vert, de Kaolack avec le Ngoyane jusqu’au Sénégal oriental. Il y a eu vraiment de la matière avec les prestations des divas, Abou Thioubalo, les frères Guissé, la culture urbaine avec des jeunes comme Ngaaka Blindé, Fata, Adviser de la Mauritanie, etc.

Le nom de Baaba Maal est aussi dans l’Aménagement du territoire, peut-on avoir une idée des actions que vous êtes en train de mener ?

Je viens de signer un partenariat avec le Puma (Programme d’urgence pour la modernisation des axes et territoires frontaliers) pour repeupler le fleuve Sénégal de poissons et de pisciculture. Je vais travailler avec beaucoup de jeunes pour planter des arbres au bord du fleuve, Podor vert, Thilogne ville verte mais aussi accompagner tout ce qui est plan de développement au niveau du territoire. Je fais de mon mieux pour faire comprendre aux populations qu’il est de rigueur qu’on s’attèle à suivre ce plan d’aménagement. On vit dans un monde moderne et cette modernisation fait que nous devons savoir comment utiliser nos terres. Je suis aussi ambassadeur de la lutte contre la désertification, c’est un démembrement du système des Nations unies qui est en Allemagne.

Qu’est ce qui a poussé Baaba Maal à s’intéresser au Cinéma avec la musique de film ?

J’aime beaucoup le cinéma. J’ai beaucoup d’amis qui sont des réalisateurs de films. J’aime surtout les films où on trouve un très grand nombre de participants. C’est ce qui m’impressionne moi. Quand je regarde ces films, je vois toujours la place de la musique. Et celui qui m’a donné l’opportunité de pouvoir m’y atteler, c’est Sembène Ousmane. C’est lui qui m’a libéré. Il m’a demandé de regarder le film et de ressortir ce que je ressens en moi. Il m’a dit que je suis un artiste et il sait que je peux le faire. C’est ce qui m’a permis de comprendre que pour faire de la musique de film, il faut se libérer. Ça m’a permis de comprendre avec l’émotion, avec la voix, avec l’amour, (…) on peut toujours faire de la musique. Les gens se sont rendu compte que ma voix marchait beaucoup avec l’image. J’ai fait « Black Panther » que je n’ai pas regretté d’ailleurs. Mais j’ai failli ne pas le faire. Parce qu’on m’avait demandé d’accompagner l’écriture de la musique avec les instruments. Vous savez j’ai fait un essai et c’est cet essai qui est resté dans le film. Pour vous dire que tout est possible en Afrique.

“Je suis prêt à prendre une troisième dose de vaccin”

Quel message lancez-vous pour une meilleure prise de conscience face à la pandémie ?

C’est vrai que nous vivons dans une époque de rumeur, de fake news, dans une époque où tout le monde peut s’investir dans la communication et dire du n’importe quoi. Il faut que les gens sachent que cette maladie existe. Moi-même je me suis vacciné et s’il faut prendre la troisième dose pour être beaucoup plus en sécurité je suis prêt à le faire. Pour ce festival, j’ai dit qu’il est de rigueur que les gens respectent ces consignes de sécurité sanitaire. Si on parle de la pandémie, on a vu qu’on a mis l’Afrique australe dans un coin alors que l’Afrique a fait preuve de sa capacité à pouvoir faire face à une pandémie.

La société sénégalaise est gangrénée par la violence, quelle appréciation faites-vous d’un tel phénomène ?

Ça fait peur. Les jeunes ne sont pas les seuls responsables. Il y a beaucoup d’adultes. Il n’y a pas seulement la violence physique. Il y a aussi la violence verbale qui blesse au même titre que la violence physique. Ça ne reflète pas notre « sénégalité ». Tout le monde nous envie. C’est un pays d’hospitalité, de culture, de paix, etc. Tous les grands forums sont organisés ici grâce à notre stabilité. Il faut qu’on le fasse comprendre aux plus jeunes parce que tout cela leur sera légué. Mon père nous faisait souvent comprendre qui il est, par où il est passé, etc. Il faut que les parents parlent avec leurs enfants. Mais il n’est jamais trop tard pour corriger cela.

Entretien réalisé par Mandiaye THIOBANE
Abdoulaye SYLLA (photos)

13 décembre 2021


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