BÉCAYE CISSOKO : « LA VIE D’UN ÉTUDIANT SÉNÉGALAIS EN CHINE »

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ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Président de l’Association des étudiants sénégalais en Chine, Bécaye Cissoko évoque, dans cette interview les différentes étapes de la vie estudiantine en Chine pour un étudiant venu du Sénégal. Même si des difficultés existent, notamment sur les plans administratif et financier, il estime qu’avec un peu d’organisation, une maitrise de la langue et le soutien de l’association, le jeune étudiant qui débarque a rapidement de quoi tirer son épingle du jeu.


Aux origines de la création de l’association
« L’association a été mise sur place en 2006. Elle regroupe tous les étudiants sénégalais régulièrement inscrits dans les universités chinoises. Nous sommes au nombre de 350 à peu près. »

Le sort des étudiants sénégalais de Chine
« Globalement, ils vont bien. Ils suivent normalement les études même si de temps à autre, nous avons des cas sociaux à gérer. Mais nous n’avons pas énormément de soucis dans les universités. »

Débuts en Chine
« Ce n’est pas trop facile au début mais une fois la barrière linguistique franchie, ça devient plus facile. Et on s’accommode. Personnellement, je n’ai pas eu de problèmes parce que, d’abord, avant de venir, j’étais en contact avec des Sénégalais, via notre ancienne école. Nous avons eu des discussions à propos des études, comment cela se passait, (ainsi que) la vie de tous les jours. Ils nous ont balisés le chemin en quelque sorte. Une fois en Chine, également, l’association nous a accueillis, et accompagnés dans nos démarches. Comme nous continuons de le faire d’ailleurs. »

Les difficultés rencontrées sur place
« Les difficultés, c’est surtout du côté des finances. Il y a également celles administratives. Côté finances, c’est dû aux charges liées aux études. Parce que c’est excessivement cher. Si on n’est pas bien préparé, une fois ici, on risque d’avoir des soucis à payer ses études. Là, cela peut causer des situations assez désastreuses. Parce que le prolongement de notre visa est soumis au paiement des études. Les Chinois sont intransigeants là-dessus, le non-paiement entraîne des cas de détention ou de déportation. Donc ça, c’est un réel problème. Le côté administratif, c’est surtout avec nos passeports. Ce qui constitue une situation compliquée que vivent les étudiants en Chine. Parce que pour renouveler notre passeport, nous sommes obligés, d’aller jusqu’au Sénégal, ou dans les autres pays, comme la France ou les Etats-Unis pour le faire. Alors que dès fois le calendrier académique ne nous le permet pas, ou les moyens financiers. Les autres difficultés reviennent toujours aux finances. Parce qu’en un certain moment, si on n’est pas boursier, et si la famille n’est plus en mesure de subvenir aux besoins, on se retrouve dans des situations de dénuement qui posent problème. »

Le nombre d’étudiants boursiers
« Chaque année, nous avons une cinquante d’étudiants boursiers. Cette année, nous en avons 49. Mais la majorité des étudiants, ici, en Chine, est non boursière. »

Les solutions face à ces difficultés
« Nous avons des systèmes de prêt que nous faisons. Il y a aussi une levée de fonds d’aide qu’on fait si la situation l’exige entre Sénégalais. Mais le plus souvent, au niveau de l’association, on procède par des prêts ou des aides. »

Relation avec les services diplomatiques sénégalaises
« D’abord, toutes les difficultés sont immédiatement remontées au niveau de l’Ambassade. Donc, nous travaillons en étroite collaboration avec elle, et très souvent elle nous appuie sur des cas d’étudiants. Ensuite, pour les problèmes liés au passeport, nous avions émis une demande pour une mission. L’Ambassade, à son niveau, a également transmis la demande. C’est au ministère de prendre en charge la question, pour nous envoyer les missions régulièrement. Maintenant, c’est à ce niveau que ça bloque un peu. Ce problème a été même soulevé devant le président, qui nous avait reçu ici l’année dernière. Il avait donné sa parole, disant que c’est un problème qu’il allait essayer de résoudre. Mais jusqu’à présent, nous attendons, et nous aimerions que la situation soit résolue définitivement. »

Les avantages de la coopération Sino-africaine pour les étudiants sénégalais
« Bien sûr que la coopération profite aux étudiants sénégalais. Parce que moi-même, j’ai bénéficié de la bourse de la coopération Sino-sénégalaise. Chaque année, beaucoup d’étudiants en bénéficient. Récemment, il y a eu d’autres types de bourses comme (celle) de la nouvelle route de la soie. Ce qui est intéressant, c’est que ces bourses couvrent tous les frais d’études, et quotidiens. »

Des étudiants sénégalais en prison ?
« Actuellement, il n’y en a pas. Et la communauté sénégalaise a un comportement assez respectueux, et respectable, vraiment, en Chine. Depuis notre arrivée à la tête de l’association, nous en avions qu’un seul. C’était un cas spécial. Le concerné a très bien traité, et il a rejoint son domicile au Sénégal. »

Un appel à lancer à aux autorités
« Ce serait, d’abord, le suivi des étudiants qui sont en Chine. Parce que ce qu’on note, c’est que les étudiants, dès qu’ils viennent ici, il y a une coupure entre les autorités au niveau du Sénégal, et eux. C’est-à-dire, après leur formation, ils peuvent être utiles au Sénégal dans beaucoup de domaines. Malheureusement, on dirait que les autorités ne sont pas au courant après de la spécialisation de ces étudiants-là, alors que le Sénégal leur a donné des bourses pour continuer leurs études. Ils doivent le minimum de retour au Sénégal, et cela passe par les autorités. Ensuite, l’autre chose concerne l’appui au niveau des papiers administratifs. Parce que c’est très compliqué ici en Chine. Une fois qu’on a besoin d’un papier, c’est la croix et la bannière. Je finirai, enfin, par le problème des passeports, qui est vraiment un problème, qui pose énormément de soucis aux étudiants. »

L’emploi et le retour au pays
« Ce que nous notons, c’est qu’il y a un souci patriotique assez développé, ici, en Chine. Les étudiants, lors de nos journées culturelles, on échange sur beaucoup de choses. Il y a beaucoup de thèmes, et celui portant sur le patriotisme revient souvent. Les étudiants aimeraient apporter leur contribution, leur pierre à l’édifice, mais malheureusement, l’emploi n’est pas assez facile à trouver. Ce qu’on note surtout, c’est que c’est les Chinois finalement qui les embouchent alors qu’ils pouvaient faire profiter de leur savoir faire à leur pays. Ça, c’est une situation qui nous désole. Et on essaie de promouvoir, à côté, l’entrepreneuriat, mais ce n’est pas facile sans accompagnement, sans financement. »

Quel accueil pour les étudiants qui souhaitent venir en Chine ?
« Je leur dirai bienvenue mais… Parce que c’est un autre système. D’abord, il faut être conscient de cela, connaître les lois du pays, et être prêt financièrement. C’est les maitres mots qu’il faut avoir en tête avant de venir. En Chine, nul n’est censé ignorer les lois parce que le traitement des cas d’infractions diffère de celui au Sénégal. Très souvent, c’est la prison garantie ou le rapatriement. Il faut être au courant de ça, d’abord. Ensuite, financièrement, parce que tout est cher, et ça, on ne pardonne pas. Si tu dois payer ne serait-ce qu’un yuan, si tu ne le fais pas, il n’y a pas de négociation possible. Avant de choisir de venir, il faut savoir combien coûte les études en Chine, non seulement pendant un semestre mais pour tout le cursus. A combien s’élèvent les frais de logement, et ceux de la nourriture. Tout cela, si on n’a pas de bourse, c’est à nos frais. Nous sommes tenus de les payer, et à temps ».

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