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« BIEN CONDUIT, LE CONTENU LOCAL PEUT DÉVELOPPER L’ÉCONOMIE SÉNÉGALAISE » (EXPERT)

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Le dernier numéro du Jury du dimanche (JDD) du mois de mars dédié aux femmes donne la parole à la présidente de Women in mining (les femmes dans le secteur minier, en français) Sénégal, Aïda Diop Ndiaye. Géologue de formation, elle capitalise une expérience de treize ans dans le secteur extractif avec respectivement les postes de géologue d’exploration, de chargée de projet, de cheffe de service stratégique et développement de projet minier, de consultante et chercheure.

Ayant pris part à l’élaboration des codes miniers, gaziers, pétrolier, et de la loi sur le contenu local dans la perspective de l’exploitation commerciale des ressources du pétrole et du gaz prévue en 2023, elle apprécie le « tournant important » pris, depuis 2014-2016, par le Sénégal, dans le secteur extractif. Elle souligne que « l’avènement des découvertes du pétrole et du gaz de Sangomar, de Saint-Louis et de Kayar a permis de déclencher un certain nombre de réformes de politiques publiques » dont le code minier de 2016 « avec quelques innovations qui permettent de maximiser davantage les parts de l’État. »

D’autant plus que, relève-t-elle, le « premier code minier, c’était beaucoup plus incitatif mais avec le nouveau code minier, l’une des innovations majeures, c’est l’introduction par exemple de contrats de partage de productions. Le développement du contenu local et de certaines dispositions fiscales, l’inclusion de la dimension genre à travers les articles 109 et 115 », entre autres « réformes comme la révision du secteur pétrolier, en 2019, le code gazier de 2020 ainsi que la loi sur le contenu local et la loi sur le partage des revenus. »

Aujourd’hui, le processus se poursuit, avec « des dispositions spécifiques (qui) ont été prises comme par exemple la clé des répartitions, (affectant) 90 % au budget national et 10% au fonds intergénérationnel. » Par rapport à ce fonds réservé aux générations futures, elle estime « qu’on pourrait l’augmenter entre 15 et 20%. » Mais, « le plus important », s’empresse-t-elle d’ajouter : « ce fonds doit servir à investir dans le développement. Ces fonds devront être investis dans des projets structurants et même renforcer les capacités de la structure qui va gérer ces fonds à savoir le Fonsis. Parce qu’à l’entame, ce n’était pas son rôle de gérer ces genres de fonds. Il est important d’anticiper sur les mécanismes de gestion, la transparence, les procédures de décaissement, d’épargne, entre autres. »

Un pourcentage pour les femmes ? « C’est notre plaidoyer. Il serait important d’avoir un pourcentage spécifique dédié aux financements des projets d’autonomisation à l’image de ce qui est prévu avec le Code minier de 2016. L’article 115 qui recommande à ce que de tels projets soient pris en compte. »
Par ailleurs, souligne la spécialiste qualité, sécurité, environnement et gouvernance des industries extractives, « le challenge, aujourd’hui, c’est de ne pas faire l’erreur d’investir que dans un seul secteur. Il faudrait qu’on puisse diversifier les activités économiques, pour une meilleure gestion des revenus. » Elle espère aussi que la volonté exprimée par le chef de l’État, Macky Sall, que « les ressources tirées du pétrole et du gaz ne servent pas à payer les salaires », va se matérialiser. « Mieux investir sur les investissements que sur les charges de fonctionnement », appuie-t-elle.

Plus de 500 milliards F CFA aux fournisseurs étrangers et moins de la moitié, 200 milliards F CFA, pour les locaux
Elle ajoute : « d’après le rapport de l’ITIE, le secteur minier a pu générer 585 milliards F CFA dont les 165 ont été affectés au budget de l’État. Les achats et les prestations de services, c’est vraiment les domaines où il y a beaucoup de choses à faire. En termes de contenu local surtout, c’est moins de 29% pour les achats locaux ; la plupart, c’est les exportations et les achats avec les multinationales. La stratégie nationale de développement du contenu local, que ça soit dans le secteur des hydrocarbures ou minier, devrait davantage permettre d’accélérer la croissance des entreprises locaux, de promouvoir davantage de champions nationaux, mais également promouvoir les transferts de compétences et de technologies. Parce que c’est cela qui va porter le développement. »

Par conséquent, tranche-t-elle, « la RSE (Responsabilité sociétale d’entreprise), c’est une contribution volontaire mais le contenu local, s’il est bien conduit, peut développer notre économie ».

Dié BA
Abdoulaye SYLLA (Photo)

27 mars 2022


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