BOUILLON D’INITIATIVES

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EDITORIAL Par Mamadou NDIAYE

L’Afrique bouillonne d’initiatives, notamment dans sa partie orientale où se joue une partie de son destin. Pour avoir presque touché le fond, cette région renait, se réorganise et, progressivement, se mettent en place à un rythme soutenu les mécanismes d’une détermination tournée vers le long terme. Le Prix Nobel de la paix 2019 décerné au Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed projette une lumière éblouissante sur la réconciliation de son pays avec l’Erythrée. Cette nouvelle donne change tout en Afrique.

Le Comité Nobel norvégien salue les efforts en faveur de la paix et « l’initiative décisive » de Abiy Ahmed ayant résolu ce vieux conflit frontalier. Magnanime, le récipiendaire a dédié le Prix à l’Afrique. Jeune, à 42 ans, il entre par la grande porte dans la coure des grands et bouscule de ce fait des schémas établis. La réélection de Macky Sall à la tête du Sénégal en février dernier avait poussé certains analystes à lui prédire une carrière internationale. Les plus enhardis d’entre eux lui taillaient déjà le costume de Secrétaire Général de l’ONU à la fin de son second et… dernier mandat présidentiel.

Sans être à ce point pertinent, le scénario n’en était pas moins plausible au regard du dispositif diplomatique mis en place au lendemain du remaniement ministériel qui a entraîné la suppression du poste de Premier ministre. En revanche le moindre signe d’une ambition onusienne n’est guère perceptible chez le Chef de l’Etat sénégalais qui, pour y prétendre un jour, devra pacifier l’espace politique national, ouvrir le jeu et consolider les acquis de la stabilité dont jouit le Sénégal dans une zone de crise sans rémission.

Le G5 du Sahel, essoufflé par les avatars d’un terrorisme sans tête ni queue, révise sa position à l’égard du Sénégal et n’exclut plus l’intégration de son armée dans le commandement opérationnel. Le processus est presque enclenché. Même si le Tchad et la Mauritanie (encore elle) n’affichent pas à ce sujet un franc enthousiasme. Le retour en grâce de Dakar sur la scène régionale coïncide avec l’immobilisme institutionnel face à l’hydre terroriste qui tire sa force de la faiblesse d’autorité et s’y engouffre pour commettre des forfaits pour le moins surprenants. Le Mali et le Burkina Faso payent un lourd tribut avec des morts qui se comptent par dizaines.

Les bilans sont lourds. Avec l’intégration prochaine d’officiers supérieurs sénégalais, très appréciés au demeurant, les enjeux se précisent davantage : restaurer un sentiment de toute-puissance et assurer la cohérence des leviers de décision au sein des instances de pilotage stratégique. Si la conjoncture politique est relativement souriante au Sénégal, elle demeure crispante à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest où, face à la menace terroriste, l’idée d’une résistance populaire, armée de surcroît, fait son chemin, notamment au Burkina Faso dont les habitants manifestent de plus en plus des signes d’exaspération devant les tueries.

Dans ce contexte de réorganisation des forces de défense de ce côté-ci de l’Atlantique, dans l’océan indien la page de violence se tourne tandis qu’un nouvel air du temps se propage dans tous les pays de la corne de l’Afrique : Ethiopie, Somalie, Erythrée, Djibouti, Dans ces pays l’engagement collectif prospère avec une impulsion venue d’un leadership conquérant et séduisant à l’mage du Premier Ministre d’Ethiopie qui a affiché sans ambiguïté sa farouche volonté de pacifier les relations avec l’Erythrée. Aux yeux d’observateurs avertis, l’initiative relevait d’une gageure. Il avait fait du règlement du contentieux frontalier un marqueur fort de son mandat.

L’effort finit par payer. En devenant effective, la réconciliation ferme la douloureuse parenthèse du conflit armé en même temps qu’elle ouvre un horizon socioéconomique inespéré. Ce tournant marque l’amorce d’une reconfiguration géopolitique de l‘est de l’Afrique. A 42 ans, Abiy Ahmed voit non seulement son action politique couronnée de succès mais, mieux, il acquiert grâce au Nobel du prestige et de la notoriété dans une Afrique en quête de leadership éclairé.

Les dirigeants de cette trempe manquent parce qu’ils enjambent les générations pour inscrire leurs actions dans la longue durée. Paul Kagamé du Rwandais s’impose comme une figure de constance omniprésent sur le terrain de l’innovation politique et très actif dans la promotion des initiatives de rupture et de progrès. Il ne rate aucune occasion de rendre son pays visible tant dans l’assemblage de voitures électrique ou de tablettes « made in Rwanda » que de servir de vitrine à une Afrique qui s’assume et se veut performante.

Par contre les autocrates prolifèrent. Âgés et très chancelants, ils s’accrochent vaille que vaille au pouvoir cherchant par des artifices qui frisent le scandale à modifier les constitutions à leur guise. L’horizon s’assombrit en Guinée avec le silence fielleux du Président Alpha Condé qui s’entête à vouloir rester au pouvoir en tripotant la loi fondamentale. A l’appel de l’Opposition réunie au d’un Front national de défense de la Constitution (FNDC), les Guinéens épris de démocratie et de liberté protestent bruyamment ces jours non sans crainte de dérapages des forces de l’ordre. Le pays et la sous-région retiennent le souffle.

Au Cameroun, trône un dinosaure en place depuis plus de quarante ans ! Sans gêne aucune, Paul Biya tente de reprendre l’initiative malgré le poids des ans et des artères qui l’abandonnent à vue d’œil. Le sort peu enviable de Robert Mugabé au Zimbabwé n’inspire guère les autocrates d’Afrique enivrés par le pouvoir absolu et très peu portés vers l’ouverture ou l’alternance de génération. Faure Gnassimbé du Togo joue les prolongations à l’abri des médias lassés de ses turpitudes et autres facéties qui ont fini d’épuiser les acteurs politiques de moins en moins audibles et de plus en plus neutralisés. Son cynisme politique se joue dabs l’indifférence générale. La même indifférence s’observe en Côte d’Ivoire ; pas sur le plan politique cette fois mais sur le front environnemental plutôt. Le pays découvre avec étonnement que son couvert végétal (forêts et tapis herbacé) a disparu à près de 80 % du fait d’une conjonction de facteurs imputables à une flagrante imprudence de gestion planifiée. Géographiquement éloignées, les régions d’Afrique se frayent des chemins qui se ressemblent. Finiront-ils par s’assembler ?

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