C. BADJI ENCOURT 10 ANS DE PRISON POUR UN VOL DE 1547 SACS DE FARINE

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JUSTICE

Si le juge de la Chambre criminelle de Dakar, en rendant sa sentence, suit le réquisitoire du parquet, Cheikhouna Badji ne sortira de prison qu’en 2027. Ce dernier a été attrait à la barre ce lundi, pour association de malfaiteurs et vol en réunion commis la nuit, avec usage de moyens de locomotion.

Les faits remontent au 25 avril 2017. Badji et son complice Moustapha Mbaye jugé par contumace, sont accusés d’avoir volé 1547 sacs de farine au préjudice de la société "Les Grands Moulins de Dakar" qui a évalué sa perte à 21 658 000 F CFA. La marchandise volée, selon les faits, a été embarquée à bord deux camions que Moustapha Mbaye avait affrété.

Ainsi, 20 tonnes ont été acheminées à Touba là où 948 sacs ont été déchargés dans un magasin à Tivaouane. En effet, le rôle de Cheikhouna Badji dans cette affaire consistait à faciliter le vol. Usant de ses prérogatives de chef de service du gardiennage de la société, il avait fait changer de poste ses collègues pour les éloigner de l’endroit où le vol était perpétré.

Devant le prétoire, l’accusé n’a pas cherché à nier les faits. Il les a reconnus mais, selon lui, pour des raisons qu’il a tenté de justifier. Son salaire, dit-il, est dérisoire et ne lui permettait pas de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Souffrant d’anomalies cardiaques chroniques, il avait besoin de 6 millions de francs CFA pour subir une opération cardiaque. Un montant dont il ne disposait pas. « J’avais besoin de sous pour me soigner et j’ai tenté le coup. Aujourd’hui, je me suis rendu compte que je l’ai raté parce que, non seulement j’ai perdu mon travail mais également je ne me suis pas soigné et je suis en prison », regrette-t-il.

Poursuivant, il indique qu’il n’est pas un délinquant et n’avait jamais eu maille à partir avec la justice. « J’ai agi ainsi parce que je voulais sauver ma vie. Je prends du poids et j’étouffe. J’avais peur pour ma vie. Je suis incapable de dire la quantité de sacs de farine qui a été volée. Ce que je voulais, c’était encaisser l’argent et aller me soigner », a-t-il souligné pour expliquer son acte.

Cela ne suffira pas à le dédouaner aux yeux du maître des poursuites qui pense que laisser passer un tel acte serait la porte ouverte à toutes les dérives. Même s’il est malade, il devait, de l’avis du procureur, garder sa dignité et ne pas prendre pour prétexte sa maladie pour commettre un vol au préjudice de son employeur.

Sur ces entrefaites, le procureur requis 10 ans de réclusion criminelle contre le sieur Cheikhouna Badji. Avocat de la défense, Me Babacar Ndiaye juge le réquisitoire du parquet trop sévère. L’avocat pointe du doigt l’Etat comme étant le responsable de ce qui arrive à son client. « Si on avait un État beaucoup plus juste, un État où les ressources étaient équitablement partagées, il ne volerait pas pour se soigner », a fait constater la robe noire, ajoutant que son client a besoin d’être assisté médicalement.

« Il faut le sauver des affres d’une maladie cardiaque », a renchéri Me Abdoulaye Tall, l’autre avocat de la défense. Pour lui, son client a agi ainsi parce qu’il voulait sauver sa vie. Il était animé par le sentiment de se débarrasser de cette malédiction. Et, martèle la robe noire : « La vie Cheikhouna Badji vaut plus que les milliards des "Grands Moulins de Dakar" même si je ne cautionne pas le vol ». Ainsi, les avocats de la défense plaident la clémence.

L’affaire est mise en délibéré pour jugement qui sera rendu le 12 avril prochain.

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