image

CE COCKTAIL EXPLOSIF QUI A SONNÉ LE DÉBUT DE LA FIN DE L’ÈRE WADE

image

Il y a 12 ans, le Sénégal a frôlé le pire avec le projet de loi de Wade. Tout est parti le 22 juin 2011, quand des leaders de l’opposition se sont réunis pour voir quelle stratégie faut-il adopter pour contrecarrer le projet de révision constitutionnelle du président Wade. Le 23 juin, les jeunes et les membres de la société investissent la devanture de l’Assemblée nationale et font face aux forces de l’ordre.

Des manifestations ont eu lieu dans différentes villes. A l’époque, l’actuel président Macky Sall avait fustigé cette situation et avait même déploré l’arrestation de ses militants. « Qu’il ouvre les prisons, car nous y serons tous, cela ne va pas empêcher les gens de manifester parce que c’est la démocratie qui l’exige. Un pays n’accepte pas la dictature. Ce qui se passe à Dakar, Tivaouane, Kaolack, le sera partout sur le territoire. Et lui va quitter », avait promis Macky Sall, sous l’acclamation des militants prêts à braver les interdits. Face à la colère de la rue, le président Wade a renoncé in extremis, jeudi 23 juin, à son projet controversé de réforme constitutionnelle qui devait assurer son élection et le passage du pouvoir à son fils après son départ. Bien avant le projet constitutionnel de Wade, la tension était latente dans le pays et palpable à Dakar, compte tenu de la situation sociale et économique qui se dégrade. Les nerfs étaient tendus, les manifestations et marches se multiplient et s’annoncent un peu partout dans le pays. Jeunes, vieux, hommes et femmes, tout le monde se plaint de la hausse des denrées de première nécessité. D’aucuns, sur les promesses non tenues du président Wade. D’autres, sur le chômage des jeunes. Mais les coupures intempestives d’électricité qui peuvent durer 12 heures avait surtout envenimé la situation.

Naissance d’autres mouvement activistes
Y en a marre face à une nouvelle force de « Frapp »

Y en a marre, le mouvement de jeunes rappeurs, journalistes, activistes, avait joué un grand rôle dans ce refus populaire du 23 juin. Et le processus pour le départ de Abdoulaye Wade. Ils incarnaient l’expression d’un ras-le-bol face à l’injustice, la corruption et la mal-gouvernance du régime d’alors. Fou Malade, Thiat, kilifeu, Fadel Barro, Aliou Sané, Simon… c’étaient là les figures de proue de la contestation populaire. Leur arrestation et les coups de matraque qu’il sont reçus à la place de l’indépendance, le 22 juin, ont présagé de la chaude ambiance qui devait régner devant les grilles de l’Assemblée nationale. Dans la matinée du 23 juin, la gronde était immense. Des jeunes, t-shirts attachés à leur visage pour se protéger de la fumée, balançaient des pierres sur les éléments de la police. Le Centre-ville de Dakar était à feu. Plusieurs manifestants ont été blessés. Parmi eux, des personnalités comme Serigne Mbaye Thiam du Ps ou encore Alioune Tine, alors leader de la Raddho, qui étaient admis à l’hôpital principal. Pas de mort, mais le bilan faisait état d’une centaine de blessés.

Plus d’une décennie après ce jour fatidique du régime libéral, Y en a marre est encore là mais moins séduisant. Parce qu’il y a eu des départs, des déboires pour certains qui ont sans doute mis à l’épreuve leur crédibilité. L’histoire de trafic présumé de passeports ou de visa dans laquelle Simon et Kilifeu sont impliqués. « Ce qu’est devenu Y en a marre, nous le laissons à l’appréciation du public », a déclaré Thiat. Concernant ses « amis », Simon et Kilifeu qui ont toujours en maille à partir avec la justice, il exige la tenue rapide de leur procès. « Nous demeurons convaincus que c’était une traque très bien organisée pour atteindre notre mouvement. C’est une énième façon de vouloir dissoudre Y en a marre. Mais la dissolution de notre mouvement ne sera pas pour demain », a déclaré le membre du groupe de rap Keur Gui.

« Fadel Barro, ancien coordinateur du mouvement, est allé faire la politique, cela n’a pas empêché le mouvement d’avancer. Il a tout notre soutien. Et nous pensons qu’il va apporter l’esprit Y en a marre dans la sphère politique », a-t-il prié. Le membre du groupe de rap Keur Gui d’ajouter : « Le fait qu’il y ait des départs et que le mouvement soit toujours là, montre à suffisance, notre force de frappe. » Sauf qu’il y a une autre force de « Frapp » avec d’autres activistes. Même si Guy Marius Sagna n’est pas un novice, il s’est imposé sur le paysage. Les analyses sont convaincus que Y en a marre est rangé dans cette phrase de Fanon. « Chaque génération doit, dans une relative opacité, affronter sa mission : la remplir ou la trahir. » Et, apparemment Aliou Sané et Cie ont déjà accompli une mission, celle de faire partir Abdoulaye Wade.

Mouvement des forces vives de la Nation
Quand Macky Sall proposait l’appellation M23

« Ce qu’il faut surtout retenir de cette réunion d’évaluation (du 23 juin), c’est qu’elle accoucha d’une nouvelle dénomination sous la forme d’un semi acronyme choc, proposé par le leader de l’Apr qui sera plus tard élu président de la République (Macky Sall). A son baptême de l’assemblée générale constitutive du 22 juin à Daniel Brottier, le Mouvement des forces vives de la Nation portait un nom trop long, sans acronyme, il fallut lui en inventer : il devint le M23, Mouvement du 23 juin. La presse s’empara du nom qu’elle popularisa », rapportent Mamadou Mbodj et Alla Dieng dans leur contribution à l’ouvrage collectif.

Par F. Bakary CAMARA, Babacar FALL, H. KANE

23 juin 2022


------------------------------------

Vous pouvez réagir à cet article