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« CE QUE NOUS VOULONS AU SÉNÉGAL ET PLUS TARD EN AFRIQUE DE L’OUEST »

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C’est un couple de jeunes gens de nationalité française, mais issus de la communauté africaine qui font leur business en France. Il s’agit de Daouda Sidibé et Bineta Sy qui développe la marque « Kwenda » qui veut dire « Aller » en swahili. C’est une épicerie fine qui donne le goût des saveurs africaines. En visite dans nos locaux, le couple lève un coin du voile sur la gamme de produits, très diversifiés, qu’il propose.

Présentez-vous à nos lecteurs et parlez-nous de votre cursus ?
Je m’appelle Bineta Sy, j’ai 30 ans. Je suis une franco-sénégalaise, originaire de la région du Fouta. J’ai un master II en ressources humaines et j’ai une dizaine d’expériences dans ce domaine. Actuellement, mon mari et moi avons lancé un projet relatif à l’épicerie fine. Avec notre marque « Kwenda » qui donne le goût des saveurs africaines, notre l’objectif est de mettre en valeur des produits et des matières d’origine africaine. Et « Kwenda » signifie « Aller » en swahili, nous avons opté pour ce nom parce que le swahili est l’une des langues les plus importantes en Afrique. Si nous avons opté pour « Kwenda », c’est parce qu’il s’agit pour nous d’une invitation au voyage culinaire. Voilà pourquoi on a choisi cette langue car elle est ancrée dans le cœur de l’Afrique.

Comment est née l’idée de ce projet culinaire ?
Nous avons eu l’idée lors de la période de confinement. Nous en avons discuté avant de le concrétiser. On a utilisé le carnet d’adresse de mon époux, qui est dans l‘import-export pour entrer en contact avec les coopératives de fabricants, de petits producteurs. Grâce à ces derniers, on pouvait avoir de la matière première mais, on n’arrivait pas à la transformer. C’est à partir de là qu’on s’est dit qu’il fallait qu’on crée une marque pour mettre en avant les trésors culinaires d’Afrique et le savoir-faire français. On a associé des coopératives de femmes au Sénégal pour la fourniture de toute la matière première. C’est-à-dire, le bissap, le bouye, le maad qu’on emmène en France pour ensuite les transformer.

Comment avez-vous eu l’idée de vouloir allier les deux cultures à travers des plats ?
C’est moi qui ai eu l’idée parce que je suis gourmande (Rire). Mais, au-delà, je suis une passionnée de la cuisine. Toute petite, j’improvisais des vinaigres de « madd » pour des salades ou déglacer des viandes… Et nos invités, quelle que soit leur culture, en raffolaient. Notre projet, c’était de faire découvrir aux personnes qui ne connaissent pas nos produits sous une forme différente. Et ceux qui les connaissent déjà, de les leur faire redécouvrir sous une forme innovante. Nous avons une gamme très diversifiée. On a une gamme de vinaigre au « bouye », au « maad », au « bissap », à la mangue, à la vanille, etc. Nous avons également des préparations culinaires qui nous permettent de faire des gâteaux. Nous avons aussi développé une gamme de confiserie artisanale.

Allez-vous investir au Sénégal ?
Au départ, on voulait développer ce côté de la double culture. Mais aujourd’hui, on s’aperçoit que faire les produits en France et les réimporter au Sénégal a des coûts. Or, ce que nous voulons, ce sont des marchés sociaux afin de créer des emplois. Nous voulons des unités de production au Sénégal pour pouvoir s’implanter en Afrique de l’Ouest.

En quoi consiste le projet réellement et quelles sont vos motivations ?
La première motivation, c’est de faire découvrir nos produits sur différents aspects innovants qui sortent de l’ordinaire. Quand on parle de la transformation du « bissap », on pense souvent à des confitures, du sirop. Donc notre objectif, c’est d’apporter la différence en proposant des gammes variées. La deuxième chose, c’est d’être dans l’entreprenariat et d’avoir cette démarche sociale de pouvoir travailler avec des coopératives de femmes en achetant le produit à leur juste valeur, pour les renuméroter et les aider dans leur développement. Et à côté de ça, c’est de pouvoir s’implanter en Afrique, tout d’abord au Sénégal et après en Afrique de l’ouest.

Comment pensez-vous attirer une clientèle de connaisseurs sur vos produits vu la concurrence qui existe dans ce domaine ?
Nous créons des produits qui sortent de l’ordinaire. Nous créons des produits sans conservateur, ni additifs. Nous travaillons aussi sur le packaging. Celui-ci est fait de verre et il est réutilisable. C’est un matériau qu’on peut recycler à l’infini. Sur nos différentes plateformes, on a proposé toute la diversité de nos produits dont la qualité est unique. Le consommateur devient aussi acteur en nous proposant des idées de création.
Est-ce à dire donc que vous êtes les meilleurs dans ce marché ?
Ce n’est pas à nous le dire mais, nous sommes dans une démarche d’amélioration. On a travaillé d’arrache-pied pour que nos produits soient compétitifs. Pour nous, le but c’est de faire évoluer l’image de l’Afrique à travers l’épicerie fine. Nous travaillons énormément pour présenter nos produits de la meilleure façon, mais c’est aux clients de dire si nous sommes les meilleurs. Notre démarche, c’est d’être dans un secteur de niche, c’est-à-dire l’excellence à travers la découverte culinaire de nos produits.

Avez-vous évalué le coût de l’investissement ?

On a investi sur fonds propres. On n’a pas fait de prêt à la banque. On voudrait développer des unités de production. On aura très probablement besoin de financement. Aujourd’hui, la politique du chef de l’État Macky Sall favorise ce type d’investissement en faveur des populations locales, pour qu’elles puissent avoir de l’emploi. Donc, on demandera des financements pour développer ce projet ici.

Comment se fait la transformation des produits ?
La transformation se fait par des artisans spécialisés que nous avons sélectionnés. Ces derniers, au début, ne connaissaient que le « bissap ». En sus, on travaille avec un maître confiseur, un maître vinaigrier, il y a des personnes qui font des chocolats coulés à la main… Donc, nous avons sélectionné les meilleurs artisans français pour développer une gamme de produits qui n’existe nulle part ailleurs.

Quels sont vos plus grands succès parmi toute cette masse de produits ?
C’est le vinaigre de madd et le vinaigre de baobab. On ne les trouve nulle part ailleurs. Quant au sucre d’hibiscus proposé en petit et en grand format, sa spécificité est qu’il n’existe pas ailleurs non plus, car c’est notre invention. En ce qui concerne nos bonbons en sucre cuit et non gélifiés, sa composition est faite de sucre de glucose, de sucre, de poudre d’hibiscus et d’essence d’hibiscus naturel. Nous vendons aussi des gousses de vanille et du caviar de vanille. On travaille avec de petits producteurs qui font tout le travail manuel qui consiste à gratter l’intérieur des gousses pour récupérer des graines qui constituent donc le caviar.

Avez-vous rencontré des personnes pour pouvoir développer ce projet ici au Sénégal ?
Nous sommes en train de rencontrer des personnes pour voir comment développer nos gammes de produits au Sénégal. Par exemple, nos vinaigres, on n’a pas encore trouvé de prestataire capable de transformer ici au Sénégal mais, on va continuer quitte à faire venir un formateur pour former les personnes sur place et développer cette gamme de produit ici.
Est-ce que l’entreprenariat est facile pour un jeune ?
Non ! C’est très difficile. Mon mari, au-delà de l’import-export, a d’autres activités. Je suis responsable Rh. On a aussi une petite fille. Du coup, c’est très compliqué. Souvent ça empiète sur la vie de famille mais, on s’accroche. C’est le choix qu’on a fait.

Certains jeunes, au lieu de se lancer dans l’entreprenariat, préfèrent braver la méditerranée. Quel conseil donneriez-vous aux candidats de l’émigration clandestine ?
Je leur dis que l’Europe n’est plus l’eldorado. La vie là-bas aussi est compliquée maintenant. Je leur conseille de se lancer dans l’entreprenariat. Il faut aussi essayer de se lancer dans l’agriculture qui est porteur aujourd’hui. Mais malheureusement, c’est d’autres populations qui viennent exploiter nos terres, où transformer nos matières premières. Il faut essayer de se battre parce que l’herbe n’est pas plus verte qu’ailleurs. C’est vrai qu’on n’est né en France, mais le cadre de vie n’est pas celui qu’on a au Sénégal. On travaille, constamment, on ne profite de rien du tout. Le conseil que je leur donnerai, c’est de rester ici.

Adama Aidara et Pape Doudou Diallo

Adama Aïdara KANTÉ
Pape Doudou DIALLO (Photo)

29 août 2022


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