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CERCLE DE FEU AUTOUR DU SÉNÉGAL

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Le coup d’Etat en Guinée Bissau a échoué. Mais, quelles que soient les motivations de ses auteurs, il arrive dans un contexte où l’Afrique de l’Ouest est frappée par des putschs. Mais surtout alors que le Mfdc fait parler de lui après son accrochage avec l’Armée en Gambie. On est vraisemblablement dans un cercle de feu.

Le virus des coups d’Etat se propage à la vitesse d’Omicron. Il n’y a pas encore de cas de décès chez les présidents déchus, mais ces cas sont déjà graves. Alors que l’on n’a pas encore fini de s’émouvoir du putsch contre Roch Marc-Christian Kaboré, que Goïta prolonge son « mandat », que Doumbouya ne songe même pas encore à la fin de la Transition, Bissau est devenu un cas à surveiller depuis hier avec la tentative de renversement de Umaro Sissoco Embalo. C’était un mois de février 2020 qu’il avait été élu. Et c’est ce mois de février qu’il a failli être déchu. Il faut rappeler que son élection a été très compliquée. Au premier tour, il était arrivé deuxième derrière Domingos Simões Pereira du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (Paigc). Mais au second tour, il avait pu obtenir une large coalition autour de lui en s’octroyant le président sortant José Mário Vaz, l’ancien Premier ministre Carlos Gomes Júnior et Nuno Gomes Nabiam. Son élection est même contestée et la Cedeao a dû mettre la pression sur la Commission électorale. La tension était telle qu’aucun chef d’Etat n’a assisté à son investiture, y compris son « ami » et « frère », Macky Sall.

Bissau, un « bastion » devenu étroit pour le Mfdc

Si on peut mettre ce coup d’Etat dans cette vague qui fait sa loi en Afrique de l’Ouest depuis quelques années, le populisme des militaires et les manifestations populaires qui les dopent, on peut aussi prendre ce nouvel épisode sous l’angle d’un cercle de feu qui, petit à petit, ceinture le Sénégal. En effet, cette tentative de prise du pouvoir n’est pas pour rassurer dans un contexte aussi chaud que vit notre pays ces derniers jours. La Guinée Bissau, voisin du Sud, est bien influente dans le processus de paix en Casamance. Elle a souvent été le repli des rebelles dans l’histoire de ce conflit qui dure depuis 40 ans. L’accalmie notée ces dernières années et confirmée par le démantèlement des bases militaires historiques du Mfdc avait fait oublier cette tension. C’est que la diplomatie du bon voisinage du Président Macky Sall avait aussi été un paravent contre des velléités des dirigeants gambien ou bissau-guinéen de laisser les branches du Mfdc faire de leurs pays leurs bases-arrières.

L’amitié Embalo et Macky

Embalo, c’était l’ami revendiqué et assumé du Président Sall. Il avait réservé son premier déplacement à l’étranger au Sénégal, après son élection. Et lors d’un entretien avec la Rts, il avait dit : « En 2009, quand nous étions en guerre civile, il (Macky Sall) m’avait hébergé. Il me disait : ‘’Embalo, il faut apprendre ici au Sénégal. Après tu iras en Guinée-Bissau. Aujourd’hui, je peux dire que c’est mon marabout parce que c’est en 2009 qu’il me l’avait dit. Aujourd’hui, je suis devenu président de la République de Guinée-Bissau. » Preuve encore que c’est le grand amour avec le Sénégal, Embalo a, contre vents et marées, signé, en décembre dernier, un accord avec son homologue sénégalais pour l’exploitation des hydrocarbures dans la zone économique commune, prévoyant 30% pour la Guinée Bissau et 70% pour le Sénégal, rapportait L’Observateur. Son Premier ministre, l’Assemblée nationale, y compris le groupe parlementaire du parti au pouvoir, Madem, s’y étaient opposés. Mais lui, est resté droit dans ses bottes en promettant qu’« il n’y aura plus de coup d’Etat en Guinée-Bissau » et qu’il sera « à la tête de la Guinée-Bissau pendant cinq ou dix ans ». Cet accord pétrolier impopulaire a-t-elle pesé dans ce coup de force manqué ?

Banjul à surveiller

Dakar avait su profiter de la tentative de forcing de Yahya Jammeh de rester au pouvoir malgré sa défaite en s’investissant pour l’arrivée de Adama Barrow sous couvert de la Cedeao. Ce qui explique d’ailleurs les relations huilées entre les deux Présidents au point de frustrer certains gambiens, notamment les proches de Jammeh qui en ont fait un sujet de campagne lors de la Présidentielle de décembre dernier. Mais le Sénégal vit ces derniers jours un regain de tension à la frontière avec l’accrochage entre son détachement militaire en Gambie dans le cadre de l’Ecomig dans lequel les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance se sont illustrés de la manière la plus violente en tuant et prenant en otage des soldats. Cette attaque, qui a eu lieu, en territoire gambien, a bien de quoi susciter des interrogations tant la coïncidence est troublante. Barrow joue le jeu en faisant barrage au Mfdc. Mais jusqu’à quand ?

Hamath KANE

3 février 2022


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