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CES DOSSIERS BRÛLANTS SUR LA TABLE DE ALIOU SOW

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Après un magistère de 6 ans, Abdoulaye Diop est remplacé par Aliou Sow. Sixième ministre de la Culture sous l’ère Macky Sall. il hérite ainsi d’une patate chaude, mais suscite de l’espoir. Bés bi a donné la parole à des acteurs du secteur.

Journaliste culturel à la Rts2, Abdourahmane Mbengue constate d’emblée que le ministre de la Culture sortant a fait l’objet de beaucoup de critiques acerbes. Cependant, il souligne que le contexte n’était pas favorable. « Le Covid lui a coupé les ailes. A son actif, il y a le fait que presque tous les acteurs culturels ont bénéficié des fonds de soutien du Fonds force Covid. Mais la culture n’est pas sortie de la léthargie imposée par la pandémie », note-t-il.

Concernant Aliou Sow, il pense qu’« il doit être le ministre qui va relancer effectivement le secteur de la culture ». Il ajoute : « Il y a déjà une structure existante sur laquelle il peut s’appuyer pour la relance. L’Etat doit encourager les initiatives privées et surtout renforcer les différentes manifestations dont il a la charge, notamment le Recidak pour le ciné, le salon national des arts, le grand prix du chef pour les Arts et les Lettres, le Fesnac, la Fildak pour la littérature et l’économie du livre. » Il estime que « c’est à travers ces manifestations d’envergure que l’État pourra booster la production culturelle et faire vivre le secteur de la culture ». M. Mbengue a cité également des manifestations d’envergure comme la Biennale, les fonds de soutien à la création, tels que le Fopica, le Fonds d’aide à l’édition qui sont des instruments d’aide à la production culturelle. « Ces fonds doivent cependant être audités et surtout mieux orientés, afin d’impacter tous les acteurs et toute la chaîne de production », a-t-il indiqué.

Éviter la politisation à outrance des institutions culturelles
Pour le comédien, artiste, metteur en scène et entrepreneur culturel Pape Meissa Gueye, « il faut éviter la politisation à outrance des institutions culturelles ». Il attend donc du nouveau ministre qu’il poursuive les chantiers déjà en place. « Pour le théâtre, nous avons élaboré et validé un plan stratégique pour le développement du théâtre. Il y a également la danse qui a son plan stratégique. En outre, il y a un dossier dormant sur la table du président de la République, c’est le statut de l’artiste qu’il faut régler », indique-t-il.

Parmi les chantiers qui attendent le nouveau ministre, M. Guèye cite le toilettage dans certains services. « Mais s’il essaye de venir, comme l’ont fait ses prédécesseurs, avec sa propre politique, ses propres idées et projets, on risque encore de rester 18 mois sans rien faire. Je lui demande de continuer les chantiers que les techniciens du ministère ont élaborés », a-t-il ajouté.

Djiby Guissé : « Un changement qui nous réconforte »
Pour sa part, l’artiste musicien Djiby Guissé se réjouit du départ d’Abdoulaye Diop. « Cela fait 2 ans que le chef de l’Etat a donné des directives telles que l’audit de la Sodav…, mais que le ministre n’a pas exécutée. On assiste aujourd’hui à une vague d’émigration des acteurs culturels, surtout des musiciens vers l’Europe et le Canada. Personne ne veut rester parce que la situation est difficile, parce qu’ils sont considérés jusque-là comme des amuseurs publics. Dès lors, s’il y a un changement de ministre, ça ne peut que nous réconforter. Car, depuis 6 ans, rien n’a bougé avec Abdoulaye Diop. Il y a problème avec la subvention que l’Etat avait accordée aux artistes. L’argent n’a pas été distribué jusqu’à présent, alors que cela fait plus 500 millions. Ce sont des actes qu’on ne comprend pas », dénonce-t-il.

Ainsi, il demande au nouveau ministre des mesures fortes. « Parce que nous avons des problèmes pour l’application de la loi. Pour le décret d’application de la copie privée, aucun rond n’est entré dans nos caisses, alors que c’est à hauteur de 4 milliards. C’est là où on attend le nouveau ministre. Autre chose, la loi sur l’audiovisuel, il y a un pourcentage entre 1 et 10% qui appartient aux artistes, alors que les recettes publicitaires dans les télévisions tournent autour de 20 milliards, ceci appartient aux acteurs culturels », dit-il.

« Nous attendons de voir ce que le nouveau ministre nous apporte »
Il met donc sur la table du ministre Aliou Sow quelques idées. « Il faut un comité de suivi des projets culturels ou d’application de la loi. On prend des décisions à la place des acteurs sans leurs avis, or on ne peut pas soigner une personne sans l’ausculter. L’autre idée, c’est la reconversion des acteurs culturels. Car, après autant d’années sur le terrain, l’acteur culturel doit pouvoir servir en tant qu’animateur ou conseiller culturel. Un animateur culturel ce n’est pas seulement les bureaux, il faut éviter de vouloir faire fonctionner l’art entre 4 murs », suggère l’artiste.

De l’avis de l’acteur culturel Guissé Péne, le ministre sortant a « abattu un travail considérable ». Toutefois, dit-il, « le problème de la culture, c’est que nous n’avons pas de rapport d’autorité ou d’employeur ou d’employé entre le ministre et les acteurs culturels. Nous sommes des acteurs libres qui savons aussi réfléchir. Le ministre n’est qu’un manager, s’il se positionne comme manager, je crois qu’il pourra réussir sa mission. Mais le cas échant, ça sera toujours le jeu de chaises dans ce ministère qui a connu 6 ministres en 10 ans ». Il ajoute : « Nous attendons de voir ce que le nouveau ministre nous apporte. Nous attendons surtout de le voir lever tous ces blocages connus avec l’ex-ministre, à savoir le statut de l’artiste, la copie privée et décliner une forte politique culturelle. C’est ça les chantiers urgents », termine-t-il.

Adama Aïdara KANTE

20 septembre 2022


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